BINCHE

Wanty et Gobert: les outsiders décomplexés

Si Wanty et Gobert existent depuis sept décennies, on n'en a jamais autant parlé depuis une semaine. Les deux entreprises wallonnes s'offrent une exposition exceptionnelle grâce à leur équipe cycliste, dont les coureurs jouent les trublions du peloton.

Les sponsors de l’équipe Wanty-Groupe Gobert pouvaient-ils rêver d’un meilleur début du Tour de France? Depuis la deuxième étape, l’équipe wallonne n’a pas manqué une occasion de se mettre en valeur. Ses coureurs ont été dans presque toutes les échappées, avec en point d’orgue une échappée en solitaire de Guillaume Van Keirsbulck sur 191 kilomètres durant la quatrième étape entre Verviers et Vittel. Un exploit qualifié par le directeur du Tour lui-même comme d'une échappée d'un autre temps.

Ce jeudi encore, deux Wanty/Gobert ont animé le peloton, créé une échappée sur 213 kilomètres, pour terminer dans le top 20 de l'étape et placer WGG au rang de la troisième meilleure équipe, sous les yeux de Ronald Gobert, administrateur délégué du groupe basé à Mons, et qui plane littéralement.

Grâce à ce début en fanfare, Wanty-Groupe Gobert a suscité une énorme adhésion de la part du public et des médias. «On fait le buzz depuis dimanche» se réjouit Benoît Soenen, administrateur délégué de Wanty, qui a vu la fan base de l’équipe cycliste exploser ses derniers jours: «On n’a plus de T-shirts, plus de casquettes…On n’a plus rien». 

«On reçoit plein de messages de sympathie, on téléphone dans nos dépôts pour nous remercier de ce qu'on réalise au Tour», s'émerveille Ronald Gobert. «On me dit: "tu ne te rends pas compte de ce que vous êtes en train de créer."»

La Wallonie cycliste s'est trouvée de nouveaux héros: des petits poucets disposant d'un budget ridicule (3,5 millions d'euros) comparé aux grosses machines du peloton, mais professionnels, combatifs et sans complexes. Excellent pour la notoriété des deux entreprises hennuyères, qui ont investi dans le cyclisme pour deux raisons : la passion et la stratégie.

 

Le Tour, une vitrine en or

 

Quand Jean-François Bourlart, manager de l’équipe, sollicite Wanty pour sponsoriser son team, c’est le cœur de Benoît Soenen, passionné de vélo, qui dit oui. A l’époque, l’entreprise de BTP binchoise n’est qu’un petit sponsor. Mais quand le manager revient vers lui pour lui demander de devenir sponsor-titre, la raison s’en mêle : il faut trouver un partenaire solide et développer une stratégie marketing autour de l’équipe.

En 2014 Wanty embarque le Groupe Gobert dans l’aventure. Il n'aura fallu qu'une demi-journée pour convaincre Ronald Gobert, passionné de sport depuis l'enfance, de rentrer à nouveau dans le jeu. 

Dès cette année, une nouvelle ère se dessine pour l’équipe wallonne, qui se professionnalise de plus en plus et qui lui permet d’enfiler quelques beaux trophées, dont l’Amstel Gold Race et l’UCI Europe Tour en 2016, et de décrocher le sésame ultime : une invitation pour participer au Tour. Dès ce moment, la notoriété explose : «Le jour où on a annoncé la participation au Tour de France, on a explosé le nombre de vues sur notre site» se souvient Benoît Soenen. Même constat pour Ronald Gobert.

Au niveau promo, le Tour est une occasion en or pour mettre en valeur une entreprise wallonne qui souhaite se développer en dehors de son territoire: Wanty fait son trou dans les marchés flamands et français via son activité de déconstruction de bâtiments. «Les Flamands sont fous de vélos. Et ils apprécient cette image de cyclisme renvoyée par une entreprise wallonne. Faire du vélo en Flandre, c’est hyper important, et on a sûrement marqué des points grâce à ça. Et en France, on y est régulièrement dans diverses courses avec l’équipe, on commence à être connu.»

Pour le Groupe Gobert, surtout cantonné en Wallonie et à Bruxelles, cette notoriété que lui offre le troisième événement sportif le plus suivi au monde peut poser les jalons d'une réinstallation outre-Quiévrai: «Si on veut réinvestir en France, on aura déjà une notoriété auprès d'un certain public», pense Ronald Gobert.

 

Chambéry aux couleurs de Wanty

 

Même si se montrer dans les rendez-vous cyclistes ne permet pas de conclure un marché, cela met indubitablement de l’huile sur les pignons : «Dans ceux qui nous suivent sur internet, il y a toujours bien un acheteur, un surveillant de travaux…Ce n’est jamais que grâce au cyclisme que l’on a une commande, mais je pense sincèrement qu’à prix égal, le côté sympathique dégagé par l’équipe peut faire pencher la balance» confie Benoît Soenen.

Médiatiquement, Wanty compte frapper un grand coup à l’arrivée de la neuvième étape à Chambéry, qui se fera près de l’ancien hôpital que la société est chargée de démolir : un maillot géant de l’équipe a été hissé au sommet du bâtiment. Les caméras ne devraient pas le manquer. Dimanche, on ne s’étonnera pas donc pas si les Wanty-Groupe Gobert attaquent comme des loups affamés …

Wanty, un géant wallon, mais petit à l'étranger

En Wallonie, Wanty est désormais incontournable. Qui n’a jamais vu des bâches Wanty le long des chantiers autoroutiers ? L’entreprise a connu une croissance ininterrompue, passant d’un effectif d’environ 120 personnes en 1998 à 950 personnes en 2017. En 2016, la société affichait un chiffre d’affaires de 150 millions d’euros, soit six fois plus qu’il y a 20 ans, quand le tandem Benoît Soenen-Christophe Wanty a intégré la gestion de la boutique.

«Nous avons connu une croissance naturelle, en effectuant des acquisitions. Nous avons toujours réinvesti les bénéfices dans la structure, pour en faire une société incontournable et multiservices» explique Benoît Soenen. Dernière acquisition en date : Castagnetti, société liégeoise de démolition, qui permettra de compléter l’offre de Wanty en la matière.

Car la force de la société binchoise aujourd’hui, c’est d’être capable de mener un projet de A à Z, démarrant de la conception du projet, passant par l’assainissement du site et toutes les étapes de réhabilitation jusqu’à la reconstruction et la livraison du chantier clé sur porte. La démarche est poussée jusqu’à l’installation de solutions énergétiques : Wanty vient d’investir dans une société proposant l’installation de panneaux photovoltaïque aux petites entreprises.

Cette diversification (Wanty compte aujourd’hui une vingtaine de filiales actives dans autant de domaines), c’est ce qui a permis au groupe de passer la crise sans encombre, une activité permettant toujours de compenser les pertes d’une autre.

Le village gaulois

Si Wanty fait figure de géant en Wallonie, au plan international, il n’est qu’outsider, comme son équipe cycliste. De quoi aiguiser les appétits de grands groupes étrangers? «Cela fait des années que l’on dit que l’on a atteint l’année-charnière, sourit Benoît Soenen. Et chaque année, on va un peu plus loin. On s’adapte, on est de plus en plus rigoureux, on s’entoure de gens compétents. Cela fait quinze ans qu’on nous dit que nous sommes à la croisée des chemins entre rester indépendants et se faire manger par un gros groupe, mais nous nous améliorons d’année en année. C’est notre force».

Groupe Gobert, les Montois qui ont conquis la Wallonie

Le Groupe Gobert partage beaucoup de points communs avec Wanty: entreprise familiale également active dans le secteur de la construction, elle a vu le jour il y a 70 ans à Thieusies, entre Soignies et Mons. Au fil du temps, elle a également diversifié ses activités. D’abord active dans le commerce du charbon, du mazout et dans le transport, l’entreprise regroupe à présent six sociétés actives dans les domaines du transport, des matériaux de construction, du génie civil, des travaux hydrauliques et de la location d'engins.

Aujourd'hui le Groupe Gobert compte 13 dépôts dans toute la Wallonie et emploie plus de 300 personnes au sein de ses 6 filiales. 

En terme de sponsoring, Gobert est également un des principaux soutiens du club de basket Belfius Mons-Hainaut, dont Ronald Gobert est le président.