ENVIRONNEMENT

Comment les éoliennes wallonnes sont bridées pour protéger les chauves-souris

Comment les éoliennes wallonnes sont bridées pour protéger les chauves-souris

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Alors qu’en Flandre, il y a un débat sur l’arrêt des éoliennes à certains moments pour protéger les chauves-souris, la Wallonie a un longueur d’avance. Explications.

L’Agence flamande pour la nature et les forêts, Natuur en bos, a demandé mardi, dans les journaux du groupe Mediahuis, à ce que les éoliennes puissent s’arrêter lors de certaines périodes afin de protéger les chauves-souris, en voie de disparition. Si la nouvelle fait réagir en Flandre, la Wallonie, elle, applique déjà ce genre de mesures. «Lors de l’étude d’incidence environnementale préalable à l’octroi du permis (de construire l’éolienne, NDLR), le bridage est analysé», explique un porte-parole du ministre wallon de l’Environnement, Carlo Di Antonio.

L’agence environnementale flamande plaide pour que les pales des éoliennes s’arrêtent de tourner lorsque les chauves-souris, dont beaucoup d’espèces sont menacées d’extinction, partent chasser. Soit de nuit, avec une température d’au moins 10° et sans ou presque pas de pluie.

Si le ministre flamand de l’Énergie, Bart Tommelein (Open Vld) a déploré cette demande, force est de constater que la mesure est déjà appliquée en Wallonie.

«Lors de l’analyse préalable à l’octroi d’un permis, une série de paramètres liés à la présence des chauves-souris sont évalués», explique un porte-parole de M. Di Antonio. Si la présence de ces animaux est détectée, le bridage ou l’arrêt de l’éolienne à certaines périodes peut être inclus dans les conditions de la délivrance du permis.

L’éolienne sera bridée ou arrêtée uniquement lorsqu’un risque existe que les chauves-souris partent chasser. Leur envol potentiel est lié à une série de conditions météorologiques: vitesse du vent, température de l’air et précipitations. «C’est lié aux possibilités que les insectes (nourriture des chauves-souris, NDLR) volent à hauteur des pales», souligne Fawaz Al Bitar d’Edora, la Fédération des énergies renouvelables.

«L’étude d’incidence va évaluer le risque réel pour les chauves-souris, la fréquence du bridage, l’impact sur la productivité et la rentabilité…», précise Benjamin Wilkin, secrétaire général de l’Association pour la promotion des énergies renouvelables (APERe).

«Selon l’espèce, le bridage sera plus ou moins important», ajoute M. Bitar. «Par le passé, le bridage demandé était excessif et représentait entre 5 à 10% de perte de productivité. Nous sommes maintenant parvenus à mieux l’ajuster pour qu’il ne s’opère que lorsque toutes les conditions sont réunies pour un dérangement potentiel des chauves-souris. […] Notre perte est désormais de l’ordre d’1,5 à 2%.»

Selon les journaux de Mediahuis, l’agence flamande pour la nature et les forêts demande également que les turbines s’enclenchent un peu plus tard, quand le vent atteint la vitesse de 6 mètres par seconde. Pour Edora, les raisons de ce souhait restent nébuleuses étant donné que les risques sont liés au moment de la journée.

Pour Benjamin Wilkin, il s’agirait d’un mauvais signal étant donné que beaucoup d’efforts sont réalisés «pour valoriser un vent plus faible, d’environ 3 à 4 m/s.» Des éoliennes plus hautes sont installées, qui permettent d’utiliser un vent plus faible «ce qui a des avantages économiques, avec une meilleure productivité mais aussi environnementaux car le nombre d’éoliennes nécessaires est réduit. Là où on mettait deux éoliennes moyennes, il n’en faut plus qu’une grande».