Initiatives citoyennes

VIDEO | Une colocation solidaire pour sans-abri

L’ASBL Lazare permet à des personnes ayant vécu dans la rue de partager un logement avec des jeunes actifs. Une maison Lazare ouvrira prochainement à Liège, la première en Belgique.

Lazare est une ASBL qui existe depuis 2011 en France. Aujourd’hui, elle entend se développer en Belgique. Créée en mars 2017, Lazare Belgique ouvrira très prochainement sa première maison à Liège.

«Je me souviendrai toujours du cri du responsable du service social de l’Accueil-Botanique à Liège lorsqu’il m’a rencontrée pour la première fois. Il m’a pris les mains et il m’a dit: “ Il faut Lazare à Liège, on a besoin de vous ”», raconte la jeune Sibylle de Malet, qui s’occupe du développement de Lazare en Europe.

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La solidarité, pour nous, c'est grandir ensemble.

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Mais au juste, c’est quoi Lazare? Cette ASBL ouvre des appartements partagés, non mixtes, de six à dix personnes. Chaque appartement est habité par des personnes qui ont vécu dans la rue et par des jeunes bénévoles, âgés de 25 à 35 ans, qui veulent donner du sens à leur vie.

L’idée est qu’ils partagent un logement en colocation. Tous les résidents disposent d’une chambre individuelle et le reste du logement est commun. À Liège, la maison accueillera une famille et six femmes.

«On remarque qu’il y a une montée du nombre de femmes dans la rue et en situation d’exclusion à Liège. Alors on s’est dit qu’on allait accueillir des femmes», indique Sibylle de Malet.

Quant à la famille, celle-ci disposera de son propre appartement et veillera à ce que le tout soit harmonieux.

L’humain au cœur du projet

Les personnes en situation d’exclusion sont accueillies pour une durée illimitée. Pour favoriser le vivre ensemble, cinq règles de vie ont été établies par Lazare.

« Les résidents doivent payer un loyer et donner 70€ par mois pour la nourriture, un repas entre colocataires est organisé chaque semaine, chacun a une tâche spécifique dans l’appartement (laver le salon, faire les courses, etc.), la violence, la drogue et l’alcool sont interdits», précise Sibylle de Malet.

Chacun est donc responsabilisé à son échelle.

À travers ce projet, les membres de l’ASBL ont pour objectif de lutter contre la solitude et l’exclusion des individus en situation de précarité. Ils veulent également permettre à des personnes qui étaient à la rue de se réinsérer socialement et pourquoi pas professionnellement. Selon eux, Lazare est un projet plus humain que social.

«Des personnes qui ne se seraient pas rencontrées ailleurs vont vivre ensemble une expérience qui va permettre à certains de se réinsérer socialement et à d’autres de vivre une histoire humaine, souligne Sibylle de Malet. Nous voulons que les résidents vivent ensemble dans la paix, la joie et qu’ils profitent de la vie malgré les différences d’âges, d’origines ou de passé.»

Si Lazare commence tout doucement à se développer à Liège, l’ASBL ne compte pas s’arrêter là. Actuellement, une dizaine de bénévoles Bruxellois œuvrent pour ouvrir Lazare dans la capitale. Et l’association espère développer plusieurs maisons en Belgique, aussi bien du côté francophone que néerlandophone.

Une chaîne de dons

Une fois que l’association Lazare a trouvé un immeuble pour héberger les colocataires, celle-ci le restaure grâce à des financements obtenus auprès des entreprises ou de collaborations. Les maisons Lazare fonctionnent uniquement grâce aux dons. « On est au cœur d’une chaîne de solidarité. Chacun rend des services ou donne du matériel comme des couverts, des assiettes, de la peinture », expliquent les bénévoles. L’ASBL met également en place des systèmes et des actions écologiques. Tri des déchets, ampoules LED, extinction des lumières dans les lieux où il n’y a personne, récupération… Bref, tous les résidents sont sensibilisés à l’écologie et au respect de l’environnement.

Le portrait de Sibylle de Malet

Age : 26 ans

Fonction : Responsable de la gestion journalière Lazare Belgique

Après avoir étudié la gestion hôtelière internationale en Espagne et avoir effectué un master en humanitaire et social, cette jeune Française a décidé de se tourner vers l’ASBL Lazare. Son but ? Essayer de grandir avec des personnes qui ont des fragilités et qui vivent dans la rue. Sibylle de Malet est partie du constat que lorsqu’elle marchait dans la rue, tout citoyen lambda observait les sans-abri. Mais elle aussi était en galère et pourtant, cela ne se remarquait pas. Alors, en 2015, elle décide de vivre dans un appartement Lazare en France afin de prouver que les sans-abri et les jeunes actifs sont égaux. C’est ainsi qu’aujourd’hui, Sibylle de Malet participe au développement de l’ASBL Lazare en Europe.