QUEVY

Quévy: la plus vieille auberge de jeunesse belge restera un chancre

La commune vient de voir filer sous son nez un subside de 701.076 euros octroyé par la Wallonie pour rénover le bâtiment. Elle devait formellement accepter cet argent avant ce 31 mai, ce qu'elle n'a pas fait. Extrême incompétence ou extrême prudence?

Le 1er décembre 2016, le Ministre wallon de l'aménagement du territoire Carlo Di Antonio réservait un subside de 701.076 euros à la commune de Quévy. Son objet: la réhabilitation du site de l'Auberge Louis Piérard à Bougnies, qui représente "un témoin précieux de l’histoire sociale de cette région puisque cette Auberge de jeunesse fut la première ouverte en Belgique", rappelait le communiqué du Ministre.

L'argent devait permettre une première intervention visant à rénover la structure du bâtiment et les parois extérieures de celui-ci. Le terrain devait être aménagé afin de remédier aux problèmes d’humidité du bâtiment. Excellente nouvelle, cela fait des années que le dossier de réhabilitation du site de l'auberge est sur la table, il a été classé en 2012 comme "site à réaménager" par la Région wallonne.

Une condition toutefois: pour que le subside soit définitivement acquis, la commune devait renvoyer au ministère un document signifiant qu'elle acceptait le subside. Le Collège communal avait jusqu'au 31 mai pour s'exécuter: tout devait être bouclé avant l'entrée en vigueur du nouveau code d'aménagement du territoire et le changement de législation qui en découle. Ce 1er juin, le CWATUPe (Code wallon de l'urbanisme) a disparu et le CODT (Code du développement territorial) est entré en vigueur.

"A partir de cette date, je ne peux plus valider des subsides de l'ancienne législation qui n'existe plus", explique le Ministre Carlo Di Antonio. Et Quévy n'a pas rentré le formulaire demandé: l'argent s'est donc évaporé!

De quoi mettre en rogne l'opposition GénérationS Quévy, qui avait pris une part active dans le processus de réflexion sur le réaménagement du site et se félicitait de l'octroi du subside. David Volant, conseiller d'opposition, s'interroge: "Pourquoi alors avoir introduit une demande de subside? Pourquoi avoir accepté la demande de GénérationS Quévy de créer un groupe de travail pour rénover ce site? Les querelles intestines au sein de la majorité sont-elles la cause de cette décision irrationnelle (NDLR: le 1er échevin vient d'être débarqué) ? Est-ce un manque de projet, un manque de vision politique, un manque de compétence?"

D'autant que ce subside était la panacée selon lui, toutes les garanties ayant été fournies par le cabinet du Ministre et l'Administration Régionale à la majorité. Il s'agissait d'un subside sans quote-part communale à payer pour cette sauvegarde : tout était à 100% pris en charge par la Région Wallonne. Une deuxième tranche de subside pouvait être obtenue. "Ce type de subsides pour un SAR (site à réaménager), on n'en reverra plus".

Les options de réaffectation étaient ouvertes: il y avait la possibilité de vendre le bâtiment après restauration et bénéficier du montant de la vente, celle de faire un partenariat public-privé pour développer un projet touristique, ou encore réaménager des logements publics et disposer de subsides complémentaires. 

Des frais imprévus

Alors, une bande d'incapables à la majorité? L'opposition n'est pas loin de le penser, voire le pense déjà. La Bourgmestre Florence Lecompte rétorque de son côté que le Collège communal n'a pas refusé le subside, mais a demandé une prolongation, nuance-t-elle, demande envoyée par courrier mercredi 31 mai. Car entre décembre 2016, où l'enveloppe fut validée, et aujourd'hui, de nouveaux problèmes ont été détectés dans le bâtiment, alourdissant le coût d'une réhabilitation. 

"Un autre devis nous est parvenu et nous annonçait la présence d'amiante et le 'cancer du béton'....Donc pour remettre ce bâtiment en état, rien qu'à l'extérieur, il nous faudrait environ 1.500.000 euros sans bouger à l’intérieur!" La question fut soulevée en mars dernier lors d'une réunion du Conseil communal. 

Florence Lecompte dit avoir recherché des investisseurs privés, mais ces nouveaux coûts les ont faits fuir. "Va-t-on utiliser cette enveloppe d’argent public pour ne rien pouvoir faire dans ce bâtiment par la suite?" interroge-t-elle. "La solution la moins coûteuse envisagée par la majorité eut été de pouvoir y faire du logement et non de l’hébergement, mais comme nous sommes en zone de parc, on ne pouvait pas", soutient-elle.

Selon la Bourgmestre, le collège a essayé d’obtenir un avis de principe pour pouvoir y faire du logement, mais "personne ne peut nous donner de certitudes!"

"Lorsqu'un site à réaménager est subsidié, il est possible d'y faire du logement, sous réserve d'obtenir les permis mais comme pour tout logement", répondait hier le Ministre Carlo Di Antonio, au micro de Télé MB. 

Le Collège au courant depuis des mois de la deadline  

Reste encore une question: pourquoi avoir attendu la dernière minute pour réagir côté quévysien? Dans son courrier envoyé au ministre, le Collège indique qu'il "vient de prendre connaissance via un mail de la DG04 que la convention du SAR site L. Piérard ne serait plus valable dès ce 1er juin". A l'en croire, le Collège serait tombé des nues et n'aurait pas pu réagir avant.

Ce que vient encore contredire le Ministre: "le 22 décembre 2016, ils ont reçu une notification de ma part, avec un document un remplir qui est une décision du Collège qui entérine le fait qu'ils acceptent le subside et qu'ils s'engagent à le mettre en oeuvre selon toute une série de conditions. Nous leur avons rappelé en avril, mai, hier (mercredi) matin encore..."

Carlo Di Antonio est on ne peut plus clair: le subside est définitivement perdu. Le site Piérard, témoin de l'utopie d'un homme, peut continuer à se désagréger.

Offrir des vacances à ceux qui ne voyagent pas

 

C'est en 1939 qu'est construit l'immeuble marqué par un esprit moderniste de style "paquebot". Cette réalisation vit le jour sous l'impulsion de Louis Piérard, député de l'arrondissement Mons-Borinage et bourgmestre de Bougnies. Sa volonté est de créer un centre de délassement et de loisirs destiné à la population de l’ensemble du Borinage.

"Nous ferons de Bougnies un des hauts lieux de l’éducation populaire, un centre de culture qui contribuera à augmenter encore la dignité ouvrière (...). Pendant leurs heures de loisir ou leurs congés, les travailleurs, s’ils ne voyagent pas,doivent déserter les corons empestés et se retremper au sein de la belle nature. Ils doivent changer d’air et de décor, se dépayser." expliquait l'homme politique à l'époque pour justifier son projet.

Le centre de délassement et de loisirs comprenait l'auberge de jeunesse avec quatre-vingts lits, un café restaurant, un petit musée du terroir, une plaine de jeux et de sports pour adultes et enfants, un étang pour la pêche à la ligne et un théâtre de plein air. Ce théâtre disposait de gradins pouvant accueillir 1000 personnes. 

Mais l'existence du centre de délassement fut brève. Son activité est logiquement ralentie entre 1940 et 1945. Il prend ensuite son essor, mais tout s'arrête en 1951, lors de la mort de Louis Piérard. L'école communale prend ses quartiers dans l'auberge de jeunesse et le théâtre cesse de vivre, à l'exception de l'espace sous la scène qui accueille un temps les activités du centre culturel local dans les années 70.

Mais dans les années 80, le théâtre est définitivement abandonné. Il en sera de même pour l'ancienne auberge 25 ans plus tard, insalubre. Des préfabriqués sont installés à côté du bâtiment de l'auberge et sont laissés en plan une fois qu'une nouvelle école fut construite, en 2013. Des meubles, bancs, chaises...traînent encore sur le site quatre ans après, ainsi que les préfabriqués ouverts à quatre vents. Signe du grand intérêt que porte la commune au site? 

 

Déjà un subside refusé

 

Cela fait des années que l'on parle de réaménager le site Louis Piérard. Il y a eu des tentatives avortées dans les années 80. Plus récemment, le gouvernement wallon a pris un arrêté ministériel en 2012 définissant le périmètre du site à réaménager. 900 000 euros avaient été octroyés à l'époque par le Ministre Nollet pour y aménager 4 logements, "mais la commune avait refusé car elle estimait que sa quote-part était trop grande", rappelle le conseiller d'opposition David Volant

Par la suite, un groupe de travail réunissant majorité et opposition fut mis sur pied. Trois options ont émergé : établir un partenariat public-privé pour recréer une activité Horeca, transformer le bâtiment en logement ou réhabiliter le bâtiment et le mettre en vente. Le subside wallon n’excluait a priori aucune option. Mais ce subside n'est plus...