MONS

Mons: Micha, de la chocolaterie industrielle à la promotion des petits producteurs

Fin mai 2016, Micha Lauvaux ouvrait les Halles du Manège à Mons. Un marché couvert dédié aux produits locaux de qualité. Ce samedi, ce mini supermarché des produits locaux fête son premier anniversaire. Et dire que tout est parti d'un drame social...

Le 10 septembre 2015 à 14h, le ciel tombe sur la tête de Micha Lauvaux et de ses 29 collègues. Le directeur de la chocolaterie ADM à Manage, tout juste rachetée par l'Américain Cargill, annonce que le nouveau proprio ferme le site. Un événement choquant pour la jeune femme: "On était tous abattus et en colère".

Mais rapidement, Micha s'est reprise. "Dès le soir, je me disais: je le fais!" Quoi donc? Réaliser le projet qu'elle rumine depuis 5 ans: ouvrir un lieu qui soutient les petits producteurs indépendants proposant de la nourriture de qualité. "Pour moi c'est l'avenir. Il faut oublier les hypermarchés et les grosses structures et revenir à des choses plus petites qui permettent de faire vivre le petits producteurs".

Dès le lendemain, la Binchoise s'investit à 100% à la concrétisation de l'idée: "Si je ne le faisais pas à cet instant, je ne l'aurais jamais fait. C'était le bon moment. J'ai donc utilisé mon temps désormais libre et mes indemnités de licenciement à la création de ce projet." Qu'elle tient à développer à Mons: "Ca a toujours été ma ville de 'courses'. Mons, c'est ma deuxième résidence. A la fin de Mons 2015, il y avait une dynamique culturelle, qui m'a motivée à m'inscrire dans ce mouvement positif".

Micha a d'ailleurs construit son projet à côté du "kilomètre culturel", ou se trouve le théâtre du Manège, et juste en face du palais de justice, au Manège de Sury. Un bâtiment que l'intercommunale IDEA gère comme couveuse d'entreprises. "J'avais trouvé le lieu en me baladant, je l'ai trouvé magnifique. J'ai téléphoné et on m'a dit qu'il était à louer." Les planètes étaient bel et bien alignées...

De 10 à plus de 30 producteurs

"Je voulais revenir à une espèce de halle à l'ancienne, où chaque producteur a son étal et où le tout réuni forme un supermarché de produits locaux, où on retrouve avant tout l'aspect humain". Tisser des liens entre producteurs et consommateurs, c'est la raison d'être des Halles du Manège.

"Pour travailler avec un producteur, il y a trois critères. Un: il ne doit pas avoir une production industrielle. Deux: il doit être respectueux de la nature. Et trois: il doit participer au concept, y donner un peu de temps et ne pas juste y voir une opportunité commerciale". Un vendredi par mois est organisée une nocturne, où les producteurs sont invités à présenter leurs produits aux clients. 

Cet échange clients-producteurs se poursuit le reste du temps via des panneaux accrochés aux murs présentant l'éleveur de mouton, la coopérative qui fournit le jus de fruit, le zythologue qui sélectionne les bières...Au départ, ils étaient dix producteurs à s'être embarqués dans l'aventure avec Micha. Aujourd'hui, ils sont plus d'une trentaine.

De la région de Mons, mais pas seulement. "Il a fallu élargir. Il y a beaucoup de demande de produits bios et artisanaux, mais il n'y a pas beaucoup d'offres". On descend jusqu'à Chimay ou Havelange pour certains articles, voire la Sicile pour l'huile d'olive. Mais tous les produits répondent au même cahier des charges: faits avec respect et passion.

L'expérience industrielle au service de l'artisanat

D'employée dans l'industrie alimentaire à la promotion des artisans, Micha Lauvaux a effectué un changement de cap radical, mais son expérience passée lui est bien utile. "Dans l'industrie agroalimentaire, on apprend à être efficient. Le but, c'est de gagner de l'argent. Il faut donc être efficace, à éviter au maximum les pertes, les invendus...Et les petites structures ont parfois du mal à organiser tout cela". 

Si la rentabilité est essentielle pour que l'affaire puisse prospérer, pas question néanmoins de reproduire les travers de la grande industrie. "On ne va pas faire pression sur un producteur pour qu'il écrase ses prix. Le but, c'est qu'il puisse vivre de son métier. De même, si un produit ne se vend pas beaucoup, on ne va pas le mettre dehors".

D'un autre côté, pas question d'accepter n'importe qui. "J'en ai rencontré qui se sont dits: 'on va s'en mettre plein les poches ici'. Mais je leur ai vite fait comprendre que ce n'était pas trop la philosophie du concept..."

Un an après l'ouverture, les Halles du Manège semblent avoir réussi le plus dur: lancer une dynamique, qui permet à des producteurs de trouver un point d'appui et faire prospérer leur élevage, maraîchage..."Il y a plein de petites structures qui n'auraient pas pu commencer sans avoir un point d'ancrage." Les Halles du Manège en sont un désormais.

"Nous travaillons avec des passionnés, et cela se goûte dans la qualité des produits. On a fait une enquête de satisfaction auprès de nos clients en leur demandant pourquoi ils venaient aux Halles. La première raison, c'est pour la qualité du produit".

Fête d'anniversaire

La première bougie des Halles du Manège sera soufflée ce samedi 3 juin, avec une première fête de l'alimentation durable. Au programme, dès 11h, un atelier potager, un brunch, un atelier chocolat, des ateliers pains, des astuces de récup' ou encore un cours sur les méthodes de vinification naturelle. 

Des producteurs seront également présents pour faire déguster leurs produits, foodtruck, terrasse, buvette et animations pour enfants seront aussi de la partie. Toutes les infos sur la page Facebook de l'événement.

Bientôt une cantine?

Après une année d'existence, les Halles du Manège entendent bien développer leur activité. L'objectif à court terme: pouvoir proposer un service de cantine qui tienne la route, où les plats seraient préparés à partir des produits vendus en magasin.. Le lieu est idéal, car situé juste en face de la cours de justice. Mais pour cela, les Halles ont besoin d'un partenaire horeca fiable. Avis aux amateurs...