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Charles Michel: l’oreille cassée

Charles Michel: l’oreille cassée

Charles Michel, la princesse Astrid et Yvan Mayeur: sur le kiosque des 20 km de Bruxelles, tous font la grimace au moment du coup de pistolet mais seul le Premier ministre en subit les conséquences. BELGA PHOTO LAURIE DIEFFEMBACQ BELGA

Charles Michel en a fait l’expérience brutale: une exposition unique à un bruit violent peut causer des dommages auditifs. Réversibles ou pas? Le point avec une spécialiste.

Concerts, casques, etc. On sensibilise de plus en plus le jeune public à cet égard: pas d’exposition excessive au bruit sous peine de subir une série de dommages auditifs, ponctuels ou durables.

Pour notre Premier ministre Charles Michel, c’est le départ de la 38e édition des 20 km de Bruxelles dimanche qui lui laissera un mauvais souvenir dans l’oreille. Le coup d’envoi donné par la princesse Astrid l’a suffisamment assourdi pour qu’il s’en inquiète.

Le Pacte national d’investissement, qu’il devait présenter ce mardi çà la Chambre, attendra un peu: il a annulé son intervention en commission pour bénéficier d’un suivi médical.

Que se passe-t-il dans l’oreille lorsqu’on se retrouve dans la même situation que le Premier ministre? Les explications du Dr Sandrine Machiels, chef de service ORL au CHR de Liège.

1. Détonation: la pire exposition pour l’oreille

Une déflagration, une alarme qui s’enclenche soudain… «On appelle ça un traumatisme sonore. C’est un son de plus de 100 dB unique (mais un traumatisme est déjà possible à partir de 80 ou 90 dB). Un son brutal, intense, entraîne une montée rapide des ondes sonores. On est devant la situation la plus traumatisante pour l’oreille. C’est hyperagressif», confirme le Dr Machiels. Les vibrations sonores se transmettent à l’oreille interne et peuvent faire des dégâts. Lesquels?

2. Quels dommages potentiels?

Les ondes sonores rencontrent les cellules auditives qui tapissent l’oreille interne. Ces cellules sont équipées de cils vibratiles. Une mécanique fragile. «Des cellules peuvent mourir, la vascularisation peut aussi ne plus se faire correctement», précise le Dr Machiels. Des cellules mortes, c’est une partie de l’audition perdue pour de bon. Effet irréversible.

Mais les dégâts peuvent aussi prendre d’autres formes. «Des acouphènes, très souvent. On peut avoir la sensation d’entendre moins bien. On parle alors d’hypoacousie. On peut avoir une sensation désagréable face à certains sons, des distorsions, etc. C’est de l’hyperacousie. Certains patients se plaignent même de vraies douleurs», poursuit la spécialiste du CHR liégeois.

3. Quel accompagnement médical?

«Dans le cas d’un traumatisme sonore, les choses peuvent évoluer dans les 8 jours après le traumatisme. Le mieux pour faciliter une guérison, c’est une prise en charge rapide. C’est le conseil qu’on peut donner: consultez rapidement, dans les 24 heures», prévient le Dr Sandrine Machiels.

Le Premier ministre a donc été bien conseillé. Il a eu un premier suivi médical lundi et un deuxième ce mardi. La prise en charge typique dans ce cas de figure: un examen des tympans, suivi de tests auditifs.

On ne peut pas «voir» si des cellules sont endommagées. «Un prélèvement provoquerait plus de dégâts encore. Et l’imagerie médicale n’est d’aucun secours à ce niveau.»

Un traitement médicamenteux peut être administré. Des corticoïdes notamment, par voie générale ou par injection, pour désenflammer l’oreille. «On choisit le traitement en fonction des dégâts. Et si on constate une perte d’audition, le suivi sera rapproché.»

4. Quelle récupération potentielle?

«On se donne un mois pour avoir des certitudes. Pendant ce mois, on peut avoir une évolution, dans le bon sens ou dans le mauvais sens. C’est le contrôle auditif qui nous permet de noter cette évolution. Certains patients se plaignent parfois de phénomènes très perturbants. Mais ça ne veut pas toujours dire qu’il y a une perte d’audition définitive. On peut récupérer à 100%. Mais nous ne leur promettons jamais rien», souligne la spécialiste ORL.

5. Des sensibilités différentes d’une personne à l’autre?

«Oui, certains terrains sont plus sensibles que d’autres. Si la personne a eu des otites à répétition pendant l’enfance, par exemple, s’il y a eu une chirurgie de l’oreille ou si la personne travaille dans le bruit tous les jours, ça peut rendre l’oreille plus fragile, en effet.»

Le même coup d’envoi que les autres années

Chaque année, le signal de départ est donné de la même façon. Un coup de canon au Cinquantenaire et un coup de pistolet à blanc, confirme Carine Verstraeten, la présidente de S.I. Brussels Promotion, qui organise les 20 km de Bruxelles.

«On n’a rien changé par rapport aux autres éditions. J’étais sur le kiosque moi aussi», raconte Carine Verstraeten. Qui n’a subi aucune gêne. «Je pense qu’il était trop près du pistolet.»

Elle se tient au courant de l’évolution de l’état de santé du Premier. «Le plus important, c’est qu’il aille bien. Et que ça n’entame pas nos bonnes relations avec tout le monde», conclut-elle.