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Journée mondiale du pipi au lit: les conseils du spécialiste

Journée mondiale du pipi au lit: les conseils du spécialiste

Les traitements médicamenteux contre l’énurésie nocturne ne sont remboursés qu’à l’âge de 7 ans. mais déjà avant, cela peut poser un problème pour l’estime de soi. Reporters/

Ce 30 mai, c’est la 3e journée mondiale de l’énurésie nocturne, le «world bedwetting day». Le Docteur Axel Feyaerts, urologue aux cliniques saint Luc, nous en parle.

Pour marquer le coup à l’occasion de la 3e Jounée mondiale de l’énurésie nocturne, l’ASBL Nuits Sèches a mené une enquête auprès de 500 accompagnateurs de jeunes en Flandres. L’enquête montre que 88% des répondeurs avaient été confrontés aux pipis au lit. 80% des jeunes demandent systématiquement aux parents si l’enfant a des problèmes d’énurésie. 87% prêtent attention à l’absorption d’eau pendant le camp. Mais 70% des camps prévoient quand même les vêtements de rechange.

Pour le Dr Axel Feyaerts, urologue pédiatrique aux cliniques universitaires saint Luc (UCL), c’est une période de consultation fréquente: «Avant les camps, les classes vertes… Car l’énurésie peut être un handicap social, et provoquer des troubles de l’estime de soi.» Le site nuits sèches (https ://www.nuitsseches.be/) donne des pistes aux parents, médecins et animateurs pour lutter contre l’énurésie.

QUELLES SONT LES CAUSES?

1. Un problème de réveil

On parle souvent d’un sommeil trop profond, mais c’est inexact pour le Dr Feyaerts: «la polysomnographie ne montre pas un sommeil plus profond. Ce sont par contre des enfants pour qui le réveil est plus difficile.»

2. Un déséquilibre entre la production d’urine par les reins et la capacité de la vessie

Soit l’enfant a une vessie de petite taille et une production normale des reins; soit il a une vessie de taille normale, mais souffre d’hyperdiurèse nocturne (il produit trop d’urine la nuit)… Mais certains cumulent les deux problèmes. «Eux, font plusieurs fois par nuit et de grande quantité» dit le Dr Feyaerts.

3. Psychologique? Non…

Dans 99% des cas, il n’y a rien de psychologique à l’énurésie, selon le spécialiste. Il distingue l’énurésie primaire, un enfant qui n’a jamais passé des «nuits sèches», et l’énurésie secondaire: un enfant «propre» pendant six mois, puis qui recommence à faire pipi au lit. «Dans ce cas, cela peut être dû à une infection urinaire, à un diabète, ou à un problème psychologique» précise l’urologue.

LES REMÈDES

1. Le carnet de mictions

Ce petit journal des pipis sur 48 heures aide à établir le profil de l’enfant. «On regarde à quel moment il dit “Je dois faire pipi”, et compare cela à une vessie normale pour son âge. On demande aussi de peser les langes pendant quelques jours pour voir quelle est la production d’urine nocturne.»

2. Les règles hygiéno-diététique

Éviter de boire tard le soir: réduire la consommation de liquide à partir de 17 h, 18 h. «Mais par contre, bien s’hydrater en journée. Sinon, l’enfant rentre chez lui et a très soif».

Uriner régulièrement en journée. «L’enfant qui attend toujours la dernière minute a une vessie plus nerveuse, plus musclée, qui se laisse moins détendre, et contient moins d’urine.»

Vider sa vessie avant d’aller dormir.

Éviter certains aliments:

Ce qui contient de la caféine ou de la théine: le coca, l’ice tea, le cacao (le chocolat est un irritant vésical).

Il faut éviter de consommer ce qui contient beaucoup d’eau: des potages le soir, des fruits gorgés d’eau comme le melon, la pastèque, les agrumes.

Il faut éviter les produits laitiers (fromage, yaourt) le soir, car ils augmentent la diurèse.

Le Docteur Feyaerts remarque que ces conseils diététiques suffisent parfois à apporter une réelle amélioration chez certains enfants.

3. L’alarme

Il s’agit d’un dispositif qui sonne lorsqu’il est en contact avec l’urine de l’enfant. On le trouve dans les endroits où l’on prête habituellement du matériel médical: mutuelles, pharmacies, boutiques spécialisées.

C’est plus efficace que de réveiller son enfant tous les soirs en allant dormir, car l’enfant ne se repose pas sur ses parents. C’est plus éducatif. «C’est une solution non-médicamenteuse qui fonctionne très bien et montre des effets durables.»

4. Les médicaments

Pour réduire la production d’urine la nuit

Si les langes sont très pesants, cela veut dire que les reins produisent trop d’urine. Dans ce cas, le médecin prescrit de la desmopressine, qui est un médicament de synthèse qui mime l’action de l’hormone antidiurétique.

Normalement, le corps humain freine de lui-même la production d’urine pendant la nuit, comme l’explique le Dr Feyaerts. «L’individu qui n’a pas de polyurie nocturne a une augmentation de sa sécrétion d’hormones antidiurétique la nuit.» .

Pour agir sur une vessie petite et nerveuse

L’énurésie peut être monosymptomatique, quand l’enfant n’a aucun autre dysfonctionnement urinaire. «Pas de problème la journée, il ne doit pas courir à la toilette, il n’a pas “d’accident”, de constipation, de trouble digestif… Juste de l’énurésie nocturne.»

L’énurésie polysymptomatique, c’est l’enfant qui fait pipi au lit, mais a aussi des symptômes la journée: il se dandine sur place, il va d’urgence aux toilettes, a des gouttes d’urine dans les sous-vêtements… Pour ces enfants, il y a un traitement de fond au niveau vésical. «Comme des médicaments anticholinergiques ou de la kiné vésicale», précise l’urologue.