HENSIES

A Hensies, l'ancien charbonnage deviendra-t-il un village écolo?

950 logements devraient voir le jour sur le site du charbonnage des Sartis à Hensies. Le projet vient d'être labellisé "Quartier Nouveau" par le Ministre Carlo Di Antonio.

Actuellement, c'est un chancre envahi par la végétation. Demain, ce sera peut-être un village vert et moderne, entouré d'espaces verts et de zones aquatiques. Il y a un an, la commune d'Hensies déposait un projet de nouveau quartier et de transformation de l'ancien charbonnage des Sartis. Ce projet vient d'obtenir un coup de pouce de la part du ministre wallon de l'aménagement du territoire Carlo Di Antonio qui a labellisé "quartier nouveau" le projet immobilier de la commune frontalière.

Un projet qui consiste en la construction de 950 logements sur ce site autrefois dédié à l'exploitation houillère et situé en bordure de la commune d'Hensies, entre le centre de la commune et Pommeroeul (Bernissart). Un quartier d'habitations existe déjà à proximité: l'ancienne cité ouvrière, située juste en face de l'ancien charbonnage. 

Ce nouveau quartier augmentera de manière non négligeable la population d'Hensies, actuellement à un peu moins de 6800 habitants, et permettra de faire face à une "demande importante" de logements selon l'avis de la Conférence Permanente du Développement Territorial de la Région wallonne, qui a rendu un avis globalement favorable au projet de la commune.

Qui ne veut pas construire que des maisons: doivent aussi voir le jour des bâtiments publics, comme une pépinière d'entreprises sur 3000 m², un centre de services/maison pour indépendants , des commerces, de l'horeca, une maison médicale, un centre de formation, une école maternelle, une crèche, une maison consacrée à la mobilité douce..

Géothermie et plaisanciers

"L'idée est de créer un nouveau village orienté vers le développement durable et l'habitat écologique", explique le bourgmestre d'Hensies Eric Thiébaud. "L'endroit est situé à côté de l'eau, le long du canal, et d'une réserve naturelle de 380 hectares, une des plus grandes du pays. Nous voulons profiter de ces deux éléments pour créer un nouveau type d'habitat et bénéficier des technologies de pointe."

Par exemple, pour le chauffage, le bourgmestre compte s'appuyer sur la géothermie. "Comme c'est un ancien charbonnage, il y a plusieurs anciens puits de mine et nous avons une bonne connaissance du sous-sol pour aller chercher l'eau chaude."

Sur les 29 hectares définis dans le périmètre de ce nouveau quartier, 10,5 seront effectivement urbanisé, Afin de conserver une dimension champêtre dans cet écrin de verdure, ceinturé par le Canal Condé-Pommeroeul et la  réserve naturelle remplies de marais. Le canal justement, on entend bien en profiter.

"On va essayer de créer une ambiance de marina et de capter une population intéressée par le tourisme fluvial." Des aménagements le long de la voie d'eau sont également prévus à cette fin.

D'un point de vue mobilité, le projet sera greffé au Ravel, qui passe juste à côté. Un arrêt de bus sera aménagé en entrée de site, des poches de parking et de covoiturage seront prévues et des zones 30 aménagées. Le quartier sera situé à 5 minutes de la gare de Ville-Pommeroeul. 

Pas encore de calendrier

Maintenant, pour ce qui est du calendrier, Eric Thiébaud ne veut pas s'avancer. "Je ne vais pas lancer des dates dans le vent, c'est impossible de planifier actuellement. Mais l'obtention de ce label 'quartier nouveau' est un pas de franchi." Il permet à la commune de bénéficier d'un accompagnement logistique.

La prochaine étape sera la dépollution des sols, qui sera menée dans un cadre privé. Un seul propriétaire possède la totalité des 29 ha de la zone classée "quartier nouveau" et qui est demandeur de ce projet. Un atout bienvenu vu l'ampleur du projet.

Le dernier charbonnage du Borinage

L'an dernier, Hensies commémorait un événement important: la fin de l'activité du dernier charbonnage du Borinage. C'est le 31 mars 1976 que la société des charbonnages d'Hensies-Pommeroeul a renvoyé les dernières gueules noires chez elles. Après des sondages menés dès 1838, la construction du siège des Sartis et les opérations de creusement des puits débutent en 1913. Interrompues par la première guerre mondiale, elles reprennent en 1915 pour se terminer dès la fin de guerre. L'exploitation normale du charbon commence à la fin de 1918.

Ce premier siège est implanté dans un lieu inhabité, à mi-chemin entre les villages d'Hensies et de Pommeroeul, le long du canal Mons-Condé. Aux installations d'extraction se joignent un triage lavoir, une fabrique d'agglomérés, un centrale électrique et tous les services annexes du charbonnage.

Deux colonies de logements pour le personnel, à proximité immédiate du charbonnage, sont construites pour attirer la main d'oeuvre . La société de charbonnage construit également une ligne de chemin de fer électrifiée reliant les Sartis à la gare de Bernissart située sur la ligne Mons-Tournai. Grâce à ce raccordement ferroviaire, elle organise, comme à Bois-du-Luc, en plus de l'écoulement de sa production, le transport pour son personnel venant de loin.

Le charbonnage d'Hensies a recours assez rapidement à une mécanisation massive, ce qui lui permet de survivre aux deux premières vagues de fermetures, 1952-1954 puis 1959-1961. Mais en 1976, l'histoire s'arrête et le site, qui a employé jusqu'à 3000 personnes, tombe à l'abandon. La plupart des bâtiments sont rasés, et seuls subsistent les bâtiments administratifs et un ou deux ateliers. 

Qui ne seront pas tous rasés pour faire place nette au nouveau quartier: "Nous en garderons une partie debout. Nous valoriserons sans doute les anciens bains-douches. L'idée est de s'appuyer sur la prospérité du passé tout en s'inscrivant dans un nouvel avenir", conclut Eric Thiébaud.