SAINT-GILLES

Brouwerij Hendrix devient L’Annexe: quand une grande brasserie flamande annexe l’étiquette d’artisans de Saint-Gilles

Brouwerij Hendrix devient L’Annexe: quand une grande brasserie flamande annexe l’étiquette d’artisans de Saint-Gilles

La «Brouwerij Hendrix» a dû changer de nom à Saint-Gilles suite à une demande de la consœur brugeoise bien connue De Halve Maan. Grégoire Berthon (à droite) et Maxim Lagrillère, les deux Bruxellois qui brassent la Saison de Bruxelles, ont donc rebaptisé leur brasserie en «L’Annexe». EdA - Julien RENSONNET

Une nouvelle brasserie est née à Saint-Gilles. D’abord appelée «Brouwerij Hendrix», elle doit se rebaptiser en «L’Annexe». C’est un confrère brugeois qui oblige ce revirement. Ses créateurs l’avalent difficilement.

Dans leur petite cuisine de la rue du Métal, Grégoire Berthon et Maxime Lagrillière s’appliquent. Sur la nappe en toile cirée, ils décollent une multitude d’étiquettes de pages autocollantes fraîchement imprimées. Puis les appliquent avec soin sur le logo des bières qui patientent dans leurs cartons. Le nom «L’Annexe» efface alors au-dessus de deux volatiles la typographie à empattements de la «Brouwerij Hendrix», brasserie mort-née avant même d’avoir accueilli ses premières cuves.

En cause: un différend avec la brasserie brugeoise De Halve Maan. Dans le centre historique de la Venise du Nord, celle-ci produit la Brugse Zot et la... Straffe Hendrik. C’est lors du dépôt de marque que ces touristiques producteurs de triple froncent les sourcils. «Même si la confusion reste impossible à mes yeux, ils ne voulaient pas qu’on s’appelle “Hendrix”», regrette Grégoire Berthon, qui confesse avoir toutes les peines du monde à digérer. «Ils estimaient notre nom trop proche. Pour qu’on comprenne bien, tout en restant cordiaux, ils nous ont envoyé plusieurs lettres prouvant qu’ils n’ont pas l’habitude de perdre leurs procès».

Brouwerij Hendrix devient L’Annexe: quand une grande brasserie flamande annexe l’étiquette d’artisans de Saint-Gilles
Les fondateurs de «L’Annexe» confessent du mal à digérer l’obligation de changer de nom. EdA - Julien RENSONNET

 

 

Brouwerij Hendrix devient L’Annexe: quand une grande brasserie flamande annexe l’étiquette d’artisans de Saint-Gilles
Il faut coller 9000 étiquettes à la main. EdA - Julien RENSONNET
9000 étiquettes à coller à la main

Le revers est d’autant plus difficile à avaler que la «Brouwerij Hendrix» devait être une histoire de famille. «Dans les années 80, le grand-père de ma femme était le dernier d’une génération de brasseurs établis à Peer dans le Limbourg depuis 1797», retrace Grégoire Berthon, qui a quitté le monde de la mode bruxelloise pour se lancer dans la bière. Qui a choisi d’avancer. «On pouvait lutter pendant 2 ans pour protéger la marque. Mais on est brasseurs-fermenteurs, pas juristes». Les deux gars doivent aussi faire vivre leur famille puisque Maxim a pour sa part abandonné un job à l’EFQM.

Le hic, c’est que les compères avaient déjà embouteillé... 9000 bouteilles chez leurs amis de la brasserie Millevertus, à Tintigny, histoire de faire goûter quelques gorgées de leur Saison de Bruxelles avant de la brasser à Saint-Gilles. «Alors tous les jours, on se retrouve ici. On colle 16 bacs à l’heure. On en a 360 à faire», se dépite Maxim Lagrillère, tout aussi déçu que son ami d’enfance. «On avait déjà un lien émotionnel avec cette étiquette. Et on était à un jour d’avoir les verres! Quand on la voit couler, on repense forcément à l’ancien nom».

Brouwerij Hendrix devient L’Annexe: quand une grande brasserie flamande annexe l’étiquette d’artisans de Saint-Gilles
Le logo de L’Annexe: deux coureurs indiens qui symbolisent une passion pour le jogging. EdA - Julien RENSONNET
Coureurs indiens

Il faut donc rebaptiser la brasserie. Elle prendra le blase des murs qui la verront naître: «L’Annexe». «Le bâtiment appartient à l’école de peinture Van Der Kelen , juste en face», expliquent les brasseurs sous les feuilles vert houblon qui tendent un porche sur leur hangar. «Les élèves ont accès à des ateliers aux étages après les cours. Qu’ils appellent donc “l’annexe”».

Comme les deux coureurs indiens qui se dandinent sur leur logo, clin d’œil à leur passion commune pour le jogging, Grégoire et Maxim veulent maintenant mettre toute cette histoire dans leur dos. Et se lancer dans la course au marché bruxellois.

 

4 saisons et des «apéritifs de fleurs»

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La Saison de Bruxelles et sa robe blond ambré, aux notes d’épices prononcées, plaira aux amateurs de bières belges traditionnelles. EdA - Julien RENSONNET
La Saison de Bruxelles est la première création de cette toute jeune brasserie saint-gilloise. Sans renier le houblon, cette bière de froment veut davantage se situer dans la tradition belge des bières de froment que dans la tendance actuelle pour l’amertume. «C’est une blonde ambrée à 6%. épicée, on y trouve des notes d’agrumes et de coriandre», avance Maxim Lagrillère.

Assez belge dans sa robe et son corps, on ne la rapproche d’aucune bière bruxelloise en vogue aujourd’hui. «J’avoue craindre le moment où la hype des microbrasseries et des modes anglo-saxonnes va redescendre. On a donc un peu prévu le coup», assure le barbu, qui retrace le parcours désormais classique du «brassin test de 20l dans des casseroles».

Sureau, orties, menthe-bergamote

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Les deux compères de L’Annexe, à Saint-Gilles, mijotent aussi des apéros aux fleurs. EdA - Julien RENSONNET
De quoi mitonner 4 recettes autour d’une même base de levure, jouant sur le maltage. Le top pour la dégustation et pour découvrir, au palais, le rôle de chaque ingrédient en fonction de ses proportions et de son traitement. «On espère vite lancer une “black saison” moins lourde à boire qu’un stout, une weissen à l’allemande et une ambrée», promet Maxim. «Pour plus tard, on pense aussi à une triple». Ce qui témoigne du goût des fondateurs de L’Annexe pour le patrimoine brassicole de chez nous. «Autant ça que d’aller boire une Leffe ou une Chimay», plaide Grégoire.

Mais les deux hommes se disent aussi «fermenteurs». Ils expérimentent donc des «pétillants de fleurs, équivalents au cidre ou au prosecco mais avec des fleurs». Les parfums en développement: sureau, ortie et menthe-bergamote. «Ces apéritifs légèrement alcoolisés n’existent pas sur le marché. Alors qu’ils étaient fréquents dans nos campagnes, ils sont tombés aux oubliettes. On veut les ramener en ville».

Pour sa cuvée 2017, L’Annexe a reçu de sa communauté Facebook les bons plans pour dénicher le sureau. Son «Amarilis», c’est le nom du pétillant, fermentera donc à base de fleurs de parcs et jardins bruxellois. On laisse Grégoire et Maxim partir à la cueillette.

+ La Saison de Bruxelles de L’Annexe est actuellement disponible à L’Union et à la Renaissance à Saint-Gilles, au Skievelavabo à Forest et au Belgomarkt à Ixelles. Prix conseillé: «entre 3,5 et 4,5€». Disponible aussi à la brasserie, rue du Métal 19 à 1060 Saint-Gilles (2€/bouteille de 33cl)

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La «Brouwerij Hendrix» a dû changer de nom à Saint-Gilles suite à une demande de la consœur brugeoise bien connue De Halve Maan. Grégoire Berthon (à droite) et Maxim Lagrillère, les deux Bruxellois qui brassent la Saison de Bruxelles, ont donc rebaptisé leur brasserie en «L'Annexe». EdA - Julien RENSONNET