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Dans le nouveau QG de l’Otan, «les plus petits pays sont logés au sommet»

Renaud Chevalier, du bureau d’architectes bruxellois Assar, a donné 15 ans de sa vie au faramineux projet du nouveau QG de l’Otan. Avant l’inauguration de ce 25 mai, à laquelle il n’est pas convié, le Bruxellois nous résume l’esprit qui a guidé son équipe dans la conception de ces colossales «mains croisées».

Le QG de l’Otan. C’est pour ses deux mains croisées, dont on n’apercevra que des vues aériennes lointaines ou des conceptions en images de synthèse, que les puissants du monde affluent à Bruxelles ces 24 et 25mai.

Ce colosse de béton, de verre et de métal d’un «petit» 32m de haut mais d’un étourdissant 250.000m2 de superficie (lire notre infographie ci-dessous), sera inauguré ce jeudi dans l’après-midi. Les riverains de Haren, entité décentrée de la Ville de Bruxelles en bordure de Ring et des limons brabançons, auront l’insigne honneur de se voir réveillés de leur sieste par le défilé aérien prévu à 17h27.

Le bureau d’architectes Assar, basé à Uccle, a remporté en 2003 la conception de ces quartiers de haute sécurité. Renaud Chevalier, administrateur délégué d’Assar, a donc «donné» 15 ans de sa vie au projet. Même s’il n’est pas invité à serrer la main de Donald Trump et ses compagnons de jeu ce 25 mai, le Bruxellois ne cache pas sa fierté de voir «son» ouvrage inauguré en grande pompe sous les caméras du monde entier.

Dans le nouveau QG de l’Otan, «les plus petits pays sont logés au sommet»
Une immense agora de 45m de large et 250m de long se situe au confluent des 8 ailes abritant les ambassades des 28 pays membres de l’Otan. SOM/ASSAR

«J’aurais préféré le voir inauguré 6 mois plus tôt...»

Dans le nouveau QG de l’Otan, «les plus petits pays sont logés au sommet»
Renaud Chevalier et jusqu’à 30 architectes du bureau Assar ont travaillé conjointement sur le QG de l’Otan. Assar
Renaud Chevalier, quand vous remportez l’appel à projets pour la conception d’un nouveau QG de l’Otan, commence pour vous un rêve ou un cauchemar?

C’est très clairement un rêve qui se réalise. C’est le résultat d’un concours de plus d’un an, qui a enregistré 64 concurrents. C’est un beau rêve, mais il faut alors réussir à la réaliser. 15 ans plus tard, on y est arrivé. c’est une fierté.

En termes d’emplois ou de rayonnement, comment mesurez-vous l’impact d’une telle mission?

On a donné du travail à quelque 15 ou 20 temps pleins durant toute la longueur du projet, et même parfois jusqu’à 30 en même temps. C’est important. Quant à savoir si ça nous a permis de décrocher d’autres conceptions, ce n’est pas évident à déterminer. Notre compétence dans le domaine pointu de la sécurité des institutions internationales attire cependant inévitablement le regard désormais.

Cette sécurité exacerbée entourant l’Otan a sans doute généré des obstacles... D’autant que le bâtiment est couvert de vitres.

Le fait qu’il soit vitré est un défi, effectivement. Mais je le relativise car le verre est sans doute le matériau qui a le plus évolué dans les 20 ou 30 dernières années. Bien sûr, ces 40.000m2 de vitres devaient répondre à différentes contraintes. Certaines classiques, comme le soleil et la chaleur, d’autres liées à la fonction du bâtiment et donc plus sécuritaires.

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Pour visiter le chantier ou y travailler, un scan de l’iris était nécessaire. SOM/ASSAR
L’aspect sécuritaire ne s’arrête pas aux murs eux-mêmes...

L’échange d’information entre les différents concepteurs répondait à des contraintes strictes. Comment produire des plans et les transmettre, comment transmettre l’information alphanumérique, comment acheminer les matériaux sur chantier, les ouvriers...

Vous-même avez dû montrer patte blanche?

Toute personne travaillant sur le projet devait bénéficier d’une accréditation de sécurité. Ensuite, le chantier n’était accessible que via badge et «iris scan». Les GSM et appareils photo étaient interdits. 130 gardes de la sécurité de l’Otan veillaient à l’accès au site.

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Seules vues intérieures autorisées: des images de synthèse. SOM/ASSAR
Pour vous, cela signifie-t-il aussi l’impossibilité de faire publicité de ce travail colossal?

Les plans sont sauvegardés sur des serveurs sécurisés. Nous y avons accès mais ils doivent rester secrets. Les seules images dont nous pouvons user sont des photographies aériennes ou des vues de synthèse.

Mains, vagues...? L’architecture du site a-t-elle un sens?

L’idée de base, c’est effectivement deux mains qui se croisent en 8 ailes et une agora centrale. Les mains croisées symbolisent la diplomatie, la communication, la coopération internationale. Bien entendu, le concept devait être fonctionnel. L’agora est donc conçue comme un espace de rencontre où transiteront toutes les personnes qui entrent, quels qu’ils soient. Ils comprennent aussi des auditoriums, une salle de presse, un centre de conférence, des salles de 30 à 300 sièges, ainsi que des restaurants et des commerces de service comme une banque et une poste. Les ailes sont davantage des espaces de bureaux traditionnels.

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Le personnel de l’Otan et leurs familles pourront jouir d’installations sportives dernier cri. SOM/ASSAR
L’ensemble est aussi équipé, à l’arrière, d’installations sportives.

Il s’agit de bâtiments à part, destiné au personnel et à leurs familles. Ces lieux englobent un centre de formation, une piscine, des terrains de tennis, des salles d’arts martiaux..., ainsi que la logistique pour les livraisons et l’alimentation électrique.

Au contraire des tours que Trump est habitué à fréquenter, les pays les plus puissants n’occuperont pas les sommets.

C’est une caractéristique intrinsèquement liée à la forme du bâtiment: vu sa forme arrondie, ses plateaux rétrécissent en s’élevant. Ce qui signifie que les pays les plus «petits» établiront leurs ambassades aux étages les plus élevés, oui.

En tant que «créateur» de l’immeuble, que ressentez-vous à l’idée qu’il soit inauguré en présence d’un personnage aussi controversé que Donald Trump?

À titre tout à fait personnel, je dirais que si le bâtiment avait été inauguré 6 mois plus tôt, soit sous la présidence de Barack Obama, cela m’aurait davantage touché. mais ce n’est pas un bâtiment américain: je l’ai conçu pour une organisation internationale. D’autres personnes tout aussi importantes, comme Charles Michel ou Emmanuel Macron, seront présentes. Il se fait que cela se déroule sous la présidence de Donald Trump et cela cause de l’émoi, comme chaque fois qu’un Président américain débarque en Belgique. Mais dans 4 ans, il ne sera peut-être plus là alors que le bâtiment oui.

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Les habitants de Haren, petite entité de la Ville de Bruxelles connue pour ses chicons, ont de nouveau et imposants voisins. Photo News