Société

Bien-être au travail: "mon job de directrice du bonheur"

Parce que bosser heureux, c’est un boulot en soi, Laurence Vanhée a décidé de transformer son poste de DRH et devint la première directrice du bonheur en Belgique. Interview.

Elle a troqué son «strict» job de Directrice des ressources humaines au SPF Sécurité sociale contre l’optimiste poste de CHO. Comprenez «Chief Happiness Officer», directrice du bonheur.

Élue «DRH de l’année en Belgique» en 2012, Laurence Vanhée nous explique sa démarche et ses résultats obtenus de 2009 à 2013.

D’où est venue cette envie de créer un poste de directrice du bonheur?

Je sortais d’un burn-out comme DRH et je réalisais l’importance de cultiver le bonheur en entreprise. Il semble normal de rechercher le bonheur à la maison, mais pas nécessairement au travail. Or, toutes les études de psychologie positive prouvent qu’un employé heureux est plus performant.

J’ai été recrutée comme DRH au SPF Sécurité sociale en 2009. Pour être en charge des «ressources», qui font référence à l’exploitation et manquent d’humanité. Alors, plutôt que de piloter des ressources, j’ai préféré considérer que je gérais un patrimoine, dont je devais prendre soin, et même rendre meilleur. J’ai transité par l’appellation de «Développeur de patrimoine humain», puis je me suis rapidement auto-administrée «CHO», qui fait clairement référence au bonheur. Autant appeler un chat un chat!

Ce titre apparaissait-il sur votre carte de visite?

Bien sûr. Mais à titre officiel, je ne signais pas d’arrêtés royaux avec ce nom…

Comment ce nom a-t-il été accueilli?

Bien accueilli par mon équipe. Mais en bousculant les codes de la fonction publique, j’ai par ailleurs été reçue par des moqueries et du scepticisme. On soupçonnait un coup marketing. Nous avons tenu bon, convaincus que le bien-être des salariés est le meilleur moyen de faire fonctionner le système.

Qu’avez-vous mis en place pour vous différencier d’un DRH classique?

Nous avons appliqué cette équation: liberté + responsabilité = bonheur + performance. Comme le bonheur est subjectif, nous donnons plus de liberté pour que l’employé définisse lui-même ce qui le rend heureux. Mais attention! Nous rappelons que notre liberté s’arrête là où commence celle des autres. On assume la responsabilité de ses choix.

Des exemples concrets?

Nous avons laissé le choix de télétravailler jusqu’à trois jours par semaine, de pointer ou non, d’avoir un horaire fixe ou flexible. Nous ne fixions plus d’objectif individuel mais collectif. Nous avons supprimé tous les bureaux individuels au profit de bureaux partagés.

Quel fut le résultat?

Nous avons enregistré une baisse de 26% d’absentéisme, une baisse de départ volontaire de 75%, un poste de cadre sur deux était attribué à une femme. La productivité s’est accrue de 20%. La réorganisation des espaces et de l’organisation du travail nous a permis d’économiser 12 millions d’euros par an en frais locatifs et associés.

Vous avez quitté le SPF mais vous vous définissez toujours comme directrice du bonheur…

J’ai créé en 2013 ma propre entreprise, «Happyformance», pour aider les entreprises à se transformer positivement, à adopter le bonheur comme levier de performance.