SANTÉ

Un utérus artificiel pourrait sauver des grands prématurés

Un utérus artificiel pourrait sauver des grands prématurés

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Il y a peu, des chercheurs américains ont maintenu un fœtus d’agneau dans un utérus artificiel. L’animal a grandi, comme dans le ventre de sa mère. On vous explique

Une étude parue mardi pourrait révolutionner le monde de la médecine, et de la périnatalogie. Car selon la Food and Drug administration (FDA), administration américaine des denrées alimentaires et des médicaments, les résultats obtenus chez les agneaux pourraient être dans leurs premiers essais cliniques d’ici trois ans.

Des chercheurs de l’hôpital pour enfants de Philadelphie ont conçu un utérus artificiel. L’appareil est constitué d’une poche en plastique remplie de fluide, avec un système qui fournit de l’oxygène relié au cordon ombilical, reconstituant ainsi le milieu dans lequel le fœtus évolue avant la naissance (voir schéma).

Grâce à ce dispositif, ils sont parvenus à faire se développer pendant quatre semaines un fœtus d’agneau. L’animal a été choisi car son développement des poumons in utero est «très proche» de ce qui se passe chez les humains, rapporte l’étude, publiée dans la revue Nature Communications.

Les fœtus d’agneau ont été introduits dans l’appareil après 15 à 16 semaines de gestation, un stade où le développement de leurs poumons est équivalent à celui d’un fœtus humain prématuré extrême, de 23 à 24 semaines, a expliqué Alan Flake, l’un des auteurs de l’étude.

 

 

Repères

 

La prématuritéest tardive de 32 à 37 semaines; La grande prématurité, de 28 à 31 semaines; la prématurité extrême, -28 semaines.

La limite de viabilité du fœtus est estimée à 22-23 semaines de grossesse. La mortalité quand le bébé pèse moins de 600 grammes, reste de 50% à 70%.

 

25 jours dans l’utérus artificiel

Sept fœtus ont pu être maintenus plus de 25 jours dans l’utérus artificiel. C’est la première fois qu’un système externe parvient à maintenir les fonctions vitales et assurer le développement d’un fœtus animal pendant aussi longtemps.

Transposer ce dispositif chez les bébés prématurés extrêmes, en les y maintenant jusqu’à leur 28e semaine de «gestation», permettrait de faire chuter leur taux de mortalité de 90% à moins de 10% et le risque de séquelles, de 90% à 30%, souligne Alan Flake.

Les chercheurs doivent approfondir leurs tests chez l’animal avant d’envisager de passer à des essais chez l’homme, d’ici «trois à cinq ans», a-t-il toutefois prévenu.

Si l’agneau est adapté pour étudier le développement des poumons, il l’est beaucoup moins pour estimer le risque d’hémorragie intra-crânienne, l’une des principales complications chez les très grands prématurés, car leur cerveau est mature plus tôt que celui des fœtus humains.

 

 

«En néonatalogie, on essaie d’imiter la nature»

 

Un utérus artificiel pourrait sauver des grands prématurés
EPA
«Prolonger la grossesse, c’est le grand défi de la périnatalogie, explique le Dr Kalenga, chef du service néonatalogie au CHR de Liège, car la nature est bien faite. Il souligne trois points essentiels de la nouvelle recherche.

1. Le cordon ombilical.Actuellement, les grands prématurés sont nourris non pas par le cordon, mais par une voie ombilicale. «Elle amène tous les nutriments que l’enfant aurait reçus dans le ventre de sa maman: vitamines, protéines, sucres, eau, électrolytes.» La réalité n’est donc pas si loin de l’agneau, alimenté par le cordon ombilical dans un utérus artificiel.

2. L’oxygène. Dans l’utérus, le fœtus reçoit l’oxygène par le sang, et donc par le cordon ombilical. Cet élément n’est pas reproduit aujourd’hui dans les soins de prématurés: le bébé doit être intubé et soumis à une ventilation assistée. «Ça les sauve, mais c’est sources de complications. Car les poumons sont immatures et la pression, le volume et la voie orale provoquent des lésions inflammatoires qui freinent le développement du poumon. Elles peuvent aussi provoquer des lésions à d’autres organes, comme le cerveau et le cœur

Le système d’oxygénation sanguine n’appartient pas à la science fiction. «Pour les chirurgies à cœur ouvert, on utilise déjà un système externe d’oxygénation du sang, par une circulation extracorporelle», précise le Dr Kalenga, montrant ainsi que le pas pourrait être franchi sans trop de difficultés. Mais il ajoute «Il faut aussi épurer le sang, parce que le placenta élimine les déchets

3. Le milieu aqueux. Quel est l’intérêt de maintenir le fœtus une poche d’eau? Le milieu aqueux a quatre avantages, selon le Dr Kalenga. Le 1er étant d’amortir les traumatismes et diminuer la pesanteur pour le bébé. Ce qui amène au 2e avantage « Cette espèce d’apesanteur permet à l’organisme de se mouvoir et se développer: au niveau des articulations, les mouvements sont importants. Sans cela, le bébé naîtrait avec une sorte d’atrophie, ou d’ankylose.» Au niveau pulmonaire, le liquide amniotique est vraiment essentiel. «Dans l’utérus, le fœtus a déjà des mouvements respiratoires. Sa cage thoracique bouge, sans inhaler du liquide amniotique. Ces mouvements sont importants, parce que les poumons produisent du liquide in utéro. Un liquide pulmonaire qui est différent du liquide amniotique. Et ce liquide, quand il est comprimé grâce aux mouvements du fœtus, permet de faire développer les tissus pulmonaires, et permet au poumon de grandir.» L’eau est également importante pour la peau du bébé. «Le liquide amniotique est chaud, il maintient le bébé à bonne température: le fœtus évite de perdre du liquide et de la chaleur.» C’est pourquoi les couveuses modernes sont comme des mini-hammams. Elles sont humidifiées, parfois jusqu’à 80%.