MOLENBEEK

CitizenMap, l’app qui géolocalise les défibrillateurs: «Des points comme aux Pokémon»

CitizenMap, l’app qui géolocalise les défibrillateurs: «Des points comme aux Pokémon»

«Les ambulances transportent leur propre défibrillateur. Mais si un médecin ou un citoyen prend en charge le patient avant leur arrivée, il faut pouvoir l’orienter», explique le Capitaine Evrard, responsable technique du 112 Bruxelles qui a aidé MolenGeek à développer «CitizenMap». - EdA - Julien RENSONNET

Bruxelles ne disposait jusqu’ici d’aucun recensement fiable et pratique des défibrillateurs sur son territoire. Les jeunes développeurs de MolenGeek comblent cette lacune: l’app «CitizenMap» géolocalise et actualise ces infos pour le 112 et les citoyens. Grâce à votre aide aussi. Ça sauvera des vies.

«Les cardiopathies ischémiques, ou maladies coronariennes, sont la première cause de décès dans le monde. Elles causent près de 9 millions de décès par an. En Europe, c’est 60 cas pour 100.000 habitants».

Philippe Heuchamps, directeur médical adjoint du service 112 bruxellois, est formel: dans le cas d’un infarctus, les premières minutes sont alors capitales. «La fibrillation ventriculaire doit être prise en charge le plus vite possible. Un choc électrique dans les 4 premières minutes augmente le taux de survie». Celui-ci est autour des 40% dans la première minute mais déjà à 30% dans la 2e.

«Certains emplacements dont on dispose sont obsolètes»

CitizenMap, l’app qui géolocalise les défibrillateurs: «Des points comme aux Pokémon»
Aucune cartographie fiable des défibrillateurs bruxellois n’existait jusqu’ici. EdA - Julien RENSONNET
D’accord: reste à se tourner vers le défibrillateur le plus proche en cas de pépin. C’est là que ça se corse: la carte à disposition du 112 «n’est pas fiable», comme le confie le Capitaine Evrard, responsable technique du 112 Bruxelles. «Quand on part en ambulance, on a les nôtres. Mais si un médecin ou un citoyen prend en charge le patient avant notre arrivée, il faut pouvoir l’orienter. Or, certains emplacements dont on dispose sont obsolètes suite à des travaux dans les bâtiments. Ou inaccessibles pendant la nuit car ils se trouvent dans un magasin».

On comprend donc pourquoi un recensement actualisé des défibrillateurs peut aider les urgentistes dans leur mission. C’est ce qui a poussé les équipes de MolenGeek à offrir leurs services au SIAMU au lendemain du 22 mars 2016 (lire ci-dessous).

CitizenMap, l’app qui géolocalise les défibrillateurs: «Des points comme aux Pokémon»
Ibrahim Ouassari, fondateur de MolenGeek: «Une fois connecté, je peux renseigner un défibrillateur via mes coordonnées de géolocalisation. CitizenMap complète donc automatiquement longitude et latitude». EdA - Julien RENSONNET
«Dans CitizenMap, nous avons intégré tous les emplacements repris sur les bases de données bruxelloises», détaille Ibrahim Ouassari, fondateur de MolenGeek, en pianotant dans l’app. Celle-ci va permettre de vérifier leur existence et d’enrichir la carte de nouvelles entrées. Ce qui sera fait dans un premier temps par les bénévoles de la Croix Rouge avant le lancement public en septembre.

«On saura si l’appareil est au bord du terrain ou à l’extérieur du stade»

«Une fois connecté, je peux renseigner un défibrillateur via mes coordonnées de géolocalisation. L’app complète donc automatiquement longitude et latitude. Ensuite, je peux préciser toutes sortes de critères comme le nom du lieu, l’étage, le modèle d’appareil, l’accessibilité 24h/24, la date d’entretien... Je peux aussi ajouter des photos sous tous les angles pour que l’opérateur du 112 ou l’utilisateur en situation d’urgence puisse le dénicher rapidement». Ces détails ne le sont pas tant que ça: «un défibrillateur à 200m est parfois plus éloigné qu’un autre à 500m parce qu’il est derrière une porte fermée à clef», précise le développeur.

Toutes ces infos remontent alors à MolenGeek où les programmeurs actualisent eux-mêmes les fiches des défibrillateurs. «On veut garder la main car ce sont des infos sensibles qui peuvent sauver des vies: il ne s’agit pas de blaguer», prévient Ibrahim Ouassari. Philippe Heuchamps, directeur médical du 112, abonde: «si un joueur s’écroule sur le terrain de foot, vous saurez désormais si le défibrillateur se trouve en bord de tribune ou à l’extérieur du stade». Et gagnerez un temps précieux à ne pas le chercher.

CitizenMap, l’app qui géolocalise les défibrillateurs: «Des points comme aux Pokémon»
Une «gamification» de l’app vous permettra qui sait de gagner une formation. Et pourquoi pas chez les pompiers? EdA - Julien RENSONNET
Pokémon

Bonus pas si anodin: l’app comprend une «gamification». «C’est comme avec les Pokémon», note le Capitaine Evrard: «plus vous entrez de données, plus vous gagnez des points». Qui vous permettront de remporter des cadeaux «comme des formations de secouristes chez les pompiers par exemple». L’idée est bien sûr de stimuler l’enrichissement de CitizenMap.

Qui pourrait ne pas s’arrêter aux défibrillateurs. «L’app s’appelle CitizenMap, pas CitizenDefibrillateur», glisse Ibrahim Ouassari. «Non seulement, elle pourrait déborder des frontières bruxelloises. Mais elle peut aussi évoluer pour rendre la ville plus intelligente. Elle pourrait intégrer les extincteurs ou les sorties de secours».

Dans les rangs des pompiers, on est prêt à répondre à l’appel.

«Ouille ouille, une bande de hackers de Molenbeek»

CitizenMap, l’app qui géolocalise les défibrillateurs: «Des points comme aux Pokémon»
Le Capitaine Evrard, responsable technique du 112 Bruxelles, a aussi changé son image sur Molenbeek grâce à sa collaboration avec Julie Foulon et les jeunes développeurs de MolenGeek. EdA - Julien RENSONNET

«Je suis arrivé en me disant: “ouille ouille, je vais me confronter à une bande de hackers de Molenbeek”» Le Capitaine Evrard, responsable technique du 112 Bruxelles, raconte son appréhension lorsqu’il débarque à l’incubateur de start-up MolenGeek pour le hackhaton qui a mené, un an plus tard, au lancement de la première app géolocalisant les défibrillateurs bruxellois. Pendant 48h, fin avril 2016, il allait se confronter aux idées des développeurs pour programmer le futur des services d’urgence de la Région. «J’ai vite levé mes doutes. Ils sont tous brillants ici. Et ultrapros. Ils voulaient changer l’image de leur commune: moi, en deux soirées avec eux, j’ai complètement changé ma vision de leur quartier. Et le seul souvenir que j’en garde, c’est cette bande de gamins tellement talentueux».

La création de l’app CitizenMapp, au-delà de son indéniable utilité, ressemble quand même à une belle histoire. Au lendemain des attentats du 22 mars, Ibrahim Ouassari et Julie Foulon, binôme à la tête de MolenGeek, rencontrent la Secrétaire d’État en charge de l’aide médicale urgente Cécile Jodoigne (Défi). Ils veulent mettre leurs compétences technologiques au service du SIAMU lors d’un hackathon, un week-end de programmation intense et collaboratif. «Je me souviens très bien. “ Ouh lala, c’est bien sympa ”, je me suis dit, “mais comment va-t-on concrétiser ça? Et aussi vite”. Pourtant, trois semaines après, on a lancé l’événement: et ça tenait!»

CitizenMap, l’app qui géolocalise les défibrillateurs: «Des points comme aux Pokémon»
La Secrétaire d’état Cécile Jodogne: «Cette expérience pourrait aider ces jeunes à répondre à d’autres commandes publiques». EdA - Julien RENSONNET
«La première fois que des citoyens se tournaient spontanément vers le service public»

5 axes sont offerts aux jeunes développeurs: géolocalisation, défibrillateurs, désengorgement des standards téléphoniques, évacuation et confinement d’une zone. «Des challenges passionnants», assure Ibrahim Ouassari. «Le CIRB nous a ouvert ses bases de données, une clef fondamentale pour ce projet. Autre fondement: notre collaboration avec le SIAMU. Car c’est bel et bien d’une cocréation qu’il s’agit. Il fallait que les pros de l’intervention urgente nous précisent les critères pertinents dans la description des défibrillateurs».

Au moment de lancer les tests de l’app avant une ouverture au public en septembre, Jodogne salue «le degré d’investissement et d’aboutissement de cette impulsion citoyenne. C’était la première fois que des citoyens se tournaient spontanément vers le service public pour proposer leurs compétences. C’est exemplaire! Et ça doit stimuler l’ouverture, la curiosité et l’audace. Et qui sait: demain, cette expérience pourrait aider ces jeunes à répondre à d’autres commandes publiques».