MONS

Mons lance sa consultation citoyenne: vraie prise de conscience ou opportunisme?

Mons lance sa consultation citoyenne: vraie prise de conscience ou opportunisme?

La consultation citoyenne est lancée à Mons. Les habitants ont jusqu'au 31 août pour s'exprimer Ugo PETROPOULOS

La ville de Mons vient de lancer une consultation citoyenne, via le portail demain.mons.be. Tous les Montois sont invités à poster leurs idées pour alimenter le projet de ville Mons 2025.

Citizenlab est une start-up qui a le vent en poupe. Son business ? Proposer ses services pour organiser des consultations citoyennes. Citizenlab élabore des plateformes internet pour des collectivités afin de permettre à leurs habitants de s'exprimer et de suggérer des idées améliorant leur quotidien, leur cité, leur cadre de vie...

En moins de deux ans d'existence, Citizenlab a déjà développé 26 projets en Belgique, aux Pays-Bas ou encore au Danemark. Des villes comme Ostende, Hasselt et Liège ont fait appel à ses services, et tout dernièrement Mons, qui a lancé le site internet demain.mons.be.

L'ambition ? « Construire ensemble la ville de demain ». Dans la foulée de l'élan Mons 2015 qui a placé la commune sur la carte de l'Europe, le Bourgmestre Elio Di Rupo et le Collège communal veulent aujourd'hui travailler sur les 19 communes qui constituent l'entité de Mons et sonder leurs habitants afin de construire le projet de ville Mons 2025. « Ce projet, c'est un travail qui ne se fait pas qu'avec des experts, mais avec la population », estime Elio Di Rupo.

Déjà un cadre

Mais le projet de ville ne part pas de zéro : il aura 5 grands objectifs, définis suite à des ateliers de réflexion qui se sont déroulés en 2016 avec des "forces vives". Ces objectifs seront de:

-soutenir l'activité économique et la création d'emploi de qualité,

-atteindre la barre des 100 000 habitants,

-renforcer la dimension touristique et culturelle de la ville,

-devenir une « smart city », en terme de mobilité, développement durable,

-poursuivre la modernisation de l'administration.

270 propositions ont été formulées lors de ces ateliers, mais « nous gardons ce travail au frigo » a indiqué le Bourgmestre. « Cela sert de référence, mais ce qui importe aujourd'hui, c'est le citoyen. Nous voulons laisser la liberté au rêve, aux initiatives citoyennes, sans les contraindre à l'avance sur des projets précis, nous laissons venir les propositions ».

Des ateliers pour aider à l'émergence d'idées

Les Montois, mais aussi les étudiants et les travailleurs peuvent dès maintenant déposer une idée, en s'inscrivant sur le site demain.mons.be. Ils ont jusqu'au 21 août pour y poster des suggestions. Les habitants n'ayant pas accès à internet pourront remplir un formulaire papier, qui sera distribué avec le prochain bulletin communal.

Afin d'aider à l'émergence d'idée, des rencontres seront programmées avec Creative Valley, le hub créatif du coeur du Hainaut, de juin à septembre. Suivra un autre cycle de réunions avec les membres du Collège communal qui feront la tournée de toutes les 19 communes du Grand Mons de septembre à décembre. Et c'est en janvier 2018 que les résultats de la consultation citoyenne, intégrés aux grandes orientations du Projet de Ville de Mons seront dévoilés.

Comment ce fera le tri des idées, si ces dernières foisonnent? Le Collège appréciera d'une part leur coût et leur faisabilité, d'autre part le tri se fera de lui-même, entre usagers qui pourront voter en faveur des propositions auxquelles ils adhèrent. Les suggestions les plus plébiscitées seront en tête de gondole du site web : « nous verrons quelles sont les idées les plus appréciées et nous les inscrirons sur une ligne du temps, d'aujourd'hui à 2025 ».

Eviter l'effet "cause toujours, tu m'intéresses"

Si l'initiative de la ville peut réjouir les citoyens réclamant d'être impliqués plus activement dans la vie de la cité, reste à voir si cette consultation aura réellement un impact sur la politique générale, qui est déjà balisée via les 5 axes cités ci-dessus. Quid si une idée recueille un important soutien et va à l'encontre de ces axes ? Comment par exemple concilier une éventuelle volonté de préserver des espaces verts et la volonté communale d'augmenter la population, qui implique une urbanisation difficilement contournable ?

Proposer une consultation citoyenne, c'est un premier pas. Mais l'important, c'est que le citoyen participant ait le sentiment d'avoir été entendu à la fin du processus. Car dans le cas contraire, le fossé entre le monde politique et la population que ce genre d'initiative est supposé combler n'en sera qu'élargi.

Se détacher du calendrier électoral

Elio Di Rupo a insisté : ce projet de ville, c'est un travail qui doit être vu à long terme et qui se détache des échéances électorales. Et même si elles le rattrapent inévitablement. Car c'est en octobre 2018 que la population renouvellera ses assemblées communales et ce n'est que 10 mois plus tôt que les premières idées seront lancées sur la voie de la concrétisation. Le Bourgmestre ne craint-il pas, en lançant cette consultation, d'être taxé d'opportunisme en recueillant des idées populaires pour un futur programme électoral? Autre question, imaginons un basculement de majorité et qu'une nouvelle équipe s'asseye sur ce travail, n'y-a-t-il pas un risque d'avoir fait tout ça pour rien ?

« J'ai suffisamment travaillé pendant 15 ans pour avoir une certaine légitimité et pour projeter la ville au-delà de 2025, rétorque le bourgmestre. « On ne ne va pas tout arrêter car il y a prochainement des élections communales qui sont programmées en octobre 2018. D'ici là, nous avons le temps de travailler. Je sais qu'en certains endroits les élections sont une obsession mentale, mais pas question pour nous de nous mettre au point mort. Nous travaillons et nous faisons autre chose que critiquer ». Voilà qui est dit...