ETTERBEEK

«On ne veut pas que des plaintes pour des bricoles»: Etterbeek fluidifie la participation citoyenne en ligne via Fluicity

«On ne veut pas que des plaintes pour des bricoles»: Etterbeek fluidifie la participation citoyenne en ligne via Fluicity

Fluicity décline la participation citoyenne dans diverses villes via une plateforme web ouverte aux PC et terminaux mobiles. L’utilisation se veut intuitive et calibrée pour les «jeunes». Etterbeek vise ainsi les 25-45 ans. Fluicity

«Si on invite 6.000 personnes, 120 viennent. Que pensent les 5.880 autres?» Pour répondre à cette question, le Bourgmestre d’Etterbeek Vincent De Wolf lance Fluicity dans sa commune. Intuitif et gratuit, ce site se décline aussi en app mobile et doit booster la participation citoyenne via mur à idées et sondages. Et draguer les 25-45 ans.

En 2017, la participation devient un leitmotiv à l’échelle locale. On ne compte plus les appels à idées, les réunions citoyennes ou les applications mobiles destinées à améliorer les rouages entre pouvoirs locaux et riverains. On l’a vu après le lockdown et le 22 mars lorsque la Région a lancé Make.Brussels, couronnant 10 projets touristiques pour redynamiser le Pentagone. On le voit tous les jours avec des app comme Fix My Street où les Bruxellois signalent les incidents de voiries.

Une nouvelle preuve fleurit ce printemps avec la mise en ligne à Etterbeek d’une plateforme qui permet aux habitants et associations «de s’impliquer activement dans la démocratie locale». Le système fonctionne avec la technologie développée par la start-up française Fluicity, qui décline la participation citoyenne sur mesure pour les communes. Il tourne sur ordinateur fixe ou via l’app mobile à télécharger. Etterbeek s’est liée pour 1 an et 11.000€ à l’entreprise hexagonale, et «évaluera le renouvellement en cours d’année».

Un Facebook balisé

Le principe ressemble un peu à ces pages Facebook centrées sur des quartiers ou des communes, où les citoyens lancent des idées, s’échangent bons plans, foires aux questions et discussions de comptoir, mais en plus balisé. Sur le «mur» etterbeekois, vous pouvez déjà vous prononcer sur certaines pistes. Sorin espère un marché à Thiéfry; Delphine suggère des box à vélos; Éric aimerait des ralentisseurs rue Charles Degroux; Jean-Paul se voit bien fleurir les pieds d’arbres... Chaque suggestion s’accompagne d’un mini-sondage, histoire d’encourager ou non le collège à se pencher dessus.

Un flux d’infos va également apparaître sur la page de la ville, où associations, centres culturels, clubs sportifs, diffuseront leurs bulletins. La commune aussi, évidemment, s’activera sur Fluicity: elle invitera fréquemment les utilisateurs à se prononcer sur ses projets.

«On ne veut pas que des plaintes pour des bricoles»: Etterbeek fluidifie la participation citoyenne en ligne via Fluicity
De Wolf veut entendre les idées positives, pas uniquement l’avis «de ceux qui sont contre». EdA - J. R.
«Que pensent les 5.880 absents?»

Etterbeek n’est pas novice en matière de participation. Elle organise déjà des réunions d’info, ou poste des sondages via toutes-boîtes. «On interroge les citoyens sur des changements de sens de circulation, la construction d’immeubles, on fait des bilans annuels de quartiers avec les services concernés», détaille le Bourgmestre Vincent De Wolf (MR). Depuis un an, un service «participation» travaille aussi à des «diagnostics en marchant», ces promenades réunissant administration et riverains pour déminer les pépins dans les quartiers.

Avec un résultat mitigé. «Lors de ces marches exploratoires, on voit bien que c’est plutôt un public “mûr” qui participe, au-delà de 50 ans. Si on invite 6.000 personnes, 120 viennent. Et souvent, ce sont ceux qui ne sont pas d’accord. Que pensent les 5.880 autres?», se demande De Wolf. Ceux-là seront désormais sondés en quelques minutes. «Chez soi, à un feu rouge en voiture, au travail... On peut rapidement se tenir au courant, voter, proposer», imagine le maïeur, qui drague les jeunes. «C’est direct, c’est gratuit, c’est moderne, c’est complémentaire du terrain: un excellent moyen de toucher le public jeune, entre 25 et 45 ans», croit fermement le Bourgmestre.

«On ne veut pas que des plaintes pour des bricoles»: Etterbeek fluidifie la participation citoyenne en ligne via Fluicity
L’utilisation de Fluicity ne devrait pas dépayser les habitués de Facebook. Etterbeek
«On ne veut pas récolter des plaintes pour des bricoles»

Etterbeek espère que 10% de sa population s’inscrira sur la première année, ce qui est aussi l’objectif de Fluicity dans les villes où la start-up s’implante. Et on ne craint pas une invasion de l’interface par des broutilles, des pavés descellés ou des carreaux cassés. «Récolter des plaintes pour des bricoles, c’est pas le but. On se met à nu, avec le danger de devoir agir ou refuser, mais on voit ça comme une avancée», ose De Wolf, qui mobilise deux jeunes «motivés» comme courroie de transmission entre les utilisateurs et les services des travaux, de la voirie, des espaces verts ou de la prévention. «Ces deux employés seront rapides à détecter les dérives, comme le racisme. Pour le reste, ils transmettront aux départements concernés qui rédigeront leurs réponses. Le web suscite aussi des attentes de réactions rapides: il faudra y satisfaire».

La démarche semble prendre: près de 300 utilisateurs sont logués en quelques jours seulement, alors que le lancement officiel est prévu ce 19 avril. Vincent De Wolf promet de leur en donner pour leur argent. «On va tester le budget participatif. Par exemple, si on dispose de 100.000€ et que trois projets sont candidats, on proposera l’enveloppe au vote. ça concernera des projets d’ampleur variable: un parc, du mobilier urbain, un sens unique ou même une nouvelle crèche». C’est sûr: la participation va payer.

 

«Fluicity a déjà généré des réalisations»

«On ne veut pas que des plaintes pour des bricoles»: Etterbeek fluidifie la participation citoyenne en ligne via Fluicity
Voici à quoi ressemble l’entrée du mur d’Etterbeek sur son profil Fluicity. Fluicity / Etterbeek

Nicolas de Briey, vous êtes responsable finances et opérations chez Fluicity. Qu’apporte la plateforme au citoyen lambda?

Il arrive avec une idée pour son quartier et propose à ses voisins de voter pour ou contre, d’un clic. Chacun peut enrichir le débat, commenter l’idée, exprimer son désir de se lancer seul, en groupe ou avec l’aide de la commune. Si le projet prend de l’ampleur, recueille beaucoup de plébiscite, alors la commune peut s’en emparer et en discuter en Collège ou au Conseil communal.

Ça marche?

On a sorti le produit au début 2016. Aujourd’hui, on s’est implanté dans 10 villes au total, dont Paris 9, Vernon en Normandie et tout récemment Aubange, en province du Luxembourg. On a déjà vu des réalisations: des potagers collectifs, des pistes cyclables, des boîtes à livres... Notre but est de stimuler l’usage pour atteindre 25% d’utilisateurs actifs chaque semaine.

Comment parvenez-vous à adapter Fluicity aux besoins de villes de tailles et régions différentes?

On a une assez bonne expertise dans la participation citoyenne. On s’est rendu compte que les besoins en la matière sont similaires partout: toucher les jeunes, stimuler la participation au maximum, faciliter la réalisation des idées. D’où cette réponse qui est similaire à chaque fois avec la déclinaison de notre plateforme sur chaque ville qui y grimpe.

Quels avantages y trouvent les communes?

D’une part, c’est gratuit et intuitif côté citoyen. D’autre part, la multiplication du service dans diverses villes en réduit les coûts. De plus, nous centralisons la maintenance et les mises à jour, ainsi qu’une certaine modération. La commune n’a donc aucun frais de développement. Elle s’engage pour une période donnée pour un prix qui dépend de sa taille et du nombre d’habitants: elle économise donc des frais presque impayables pour développer tous ces services indépendamment.

Vous avez d’autres demandes?

Nous sommes en discussion avec plusieurs autres communes de Belgique et de Bruxelles, oui.