GHLIN

En 2019, la Protection civile aura disparu à Ghlin

En 2019, la Protection civile aura disparu à Ghlin

La Protection Civile à Ghlin, c'est fini! Les agents ont appris ce mardi que leur caserne passait à la trappe Ugo PETROPOULOS

Les menaces pesant sur la caserne de Ghlin se sont concrétisées: elle passera à la trappe, comme quatre autres postes avancés de la Protection Civile. Seule une petite unité devrait subsister au SHAPE

Le couperet est tombé: en 2019, il en sera fini de la Protection civile de Ghlin. Le Ministre de l'Intérieur Jan Jambon a annoncé cet après-midi la fermeture de 4 casernes, sur 6, de ce corps d'intervention de la sécurité civile. L'accord de gouvernement prévoyait une réforme de ce corps qui, estime le gouvernement, fait doublon avec d'autres services d'intervention comme les zones de secours.

"Beaucoup de missions sont remplies par la Protection civile uniquement parce qu'une caserne se trouve par hasard sur cette zone", affirme le Ministère de l'Intérieur. "Le service fédéral ne doit pas répondre à une problématique locale, mais il doit offrir le même service à tous les citoyens du pays". 

L'ambition du ministre de l'intérieur: "passer d'une organisation locale d'aide en première ligne à un prestataire de services hautement spécialisé où la rapidité n'est plus un élément fondamental". La formule est toute trouvée: réduire le nombre de casernes, d'autant qu'il faut économiser pour valoriser le statut des agents de la Protection civile, qui sont actuellement loin d'avoir les avantages de leurs confrères pompiers par exemple.

D'ici 2019, la Protection civile, ce sera donc 2 casernes, une en Flandre et une en Wallonie: à Brasschaat dans la province d'Anvers et à Crisnée près de Liège. Pourquoi ces deux casernes? "Avec le port d'Anvers, Brasschaat est proche d'un important nombre de zones à risques", explique Jean-Paul Filbiche, délégué CSC de la caserne de Ghlin, qui a appris la nouvelle en début d'après-midi, lors d'une réunion au cabinet du Ministre Jambon. 

Quant à Crisnée, "la province de Liège est très rouge, avec des sites nucléaires, la centrale de Tihange, et des sites SEVESO. Mais c'est la caserne de Ghlin qui a la plus grande concentration de sites SEVESO dans son secteur, ce que ne montrait pas le diagramme du ministère de l'intérieur que j'ai jugé tendancieux." 

Dans le Hainaut, il ne resterait que 7 personnes détachées au SHAPE, dont la protection dépendra directement du fédéral. Pour quelles missions? Elles restent encore à déterminer.

Beaucoup de questions

Et ce n'est pas la seule question que se posent les agents de la Protection Civile, qui sont actuellement dans le flou. Quels agents seront repris? Sous quelles conditions? Les plus âgés bénéficieront-ils de mesures de départ? Ceux qui ne sont pas repris seront-ils réengagés dans les zones de secours? Devront-ils présenter un examen? Autant de questions pour lesquelles les agents ghlinois attendent une réponse.

Seule certitude aujourd'hui: les effectifs globaux de la Protection civile descendront à 313 personnes pour les 2 casernes restantes. Les représentants syndicaux ont rendez-vous dans un mois, le 4 mai prochain, pour entamer les négociations.

Ghlin: la caserne la plus active

A Ghlin, la nouvelle a été accueillie avec une certaine résignation, tant la fermeture de la caserne était dans l'air. Même si on espérait une période transitoire. "On espérait que la réduction de casernes se ferait en douceur, que l'on passerait de 6 à 4 dans un premier temps", indique Jean-Paul Filbiche. 

Même s'ils ne sont pas surpris, les agents de la caserne boraine l'ont assez mauvaise, d'autant qu'en nombre d'interventions, c'est Ghlin qui est la plus active: 97 interventions en 2016, alors que Crisnée n'est qu'à 47. Mais voilà: le gros des interventions à Ghlin, c'est du balisage et de la signalisation après accidents sur l'autoroute. "Le ministère de l'intérieur envisage le transfert de cette mission ves le privé", annonce Joëlle Brouillard, déléguée CGSP.

Autre critère qui a sans doute joué en défaveur de Ghlin: l'état des bâtiments dans un état de vétusté avancé. Le coût pour la remise en état des caserne était un des critères dans le choix des deux seules casernes subsitantes...

Pour Joëlle Brouillard et son homologue de la CSC, la manoeuvre du ministre NVA est claire: réduire à peau de chagrin un service fédéral et déléguer un maximum de ses missions aux zones de secours locales.

Des agents de plus de 50 ans

Que vont devenir les agents qui ne seront pas repris dans la nouvelle Protection civile? "Il n'y aura pas de licenciements secs, le ministère espère trouver une solution pour tous les contractuels...Mais s'il n'y a pas de solution, il faudra un préavis", annonce Joëlle Brouillard, qui relaie les promesse du cabinet Jambon: "il y aura un accompagnement personnel pour chaque agent. Des pistes de reclassement seront proposées à l'IBZ (Service Public Fédéral Intérieur), au 112, dans le transport des détenus, au sein de la police pour la protection des sites nucléaires, pour des missions de gardiennage...  

Sur le papier, il y a des possibilités de reconversion, mais dans les faits..."Vous pensez vraiment que n'importe qui à 50 ans va aller suivre une formation pour devenir pompier?" s'interroge un des agents. A la Protection civile de Ghlin, on n'a plus recruté depuis des lustres, la moyenne d'âge y est d'environ 54 ans..."Les pompiers voudront-ils de nous? Ils nous ont toujours considérés comme des feignants et puis tout d'un coup on va devenir leurs amis?" poursuit le même agent. 

D'autres ont du mal à s'imaginer derrière un bureau après une carrière quasi complète sur le terrain. Enfin certains s'interrogent sur les conditions pour rester à la Protection Civile. "On nous dit qu'il faudra déménager pour se rapprocher de la Crisnée. Déménager à 51 ans alors que ma vie est ici? Je préfère changer de métier. Mais à 51 ans..."

Pour la centaine d'agents de la caserne de Ghlin, les perspectives se sont soudain assombries. "Mon avenir? Je le vois comme dans un tunnel", lâche l'un d'eux. Seul Claude ne s'en fait pas trop: "en 2019? Ca tombe bien, je serai à la retraite!" Juste à temps...