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Le régime al-Assad accusé de crime contre l’humanité après l’attaque chimique présumée sur une ville rebelle

Le régime al-Assad accusé de crime contre l’humanité après l’attaque chimique présumée sur une ville rebelle

AFP

Un acte «intolérable», voire un «crime contre l’humanité» qui doit être puni: l’attaque «chimique» meurtrière de mardi en Syrie a outré plusieurs capitales, Washington, Londres et Paris accusant Damas qui nie et incrimine les rebelles.

Au moins 58 civils ont été tués et quelque 170 ont été blessés, dont des enfants, le corps saisi de convulsions et peinant à respirer sous leurs masques à oxygène, dans un raid aérien mené sur Khan Cheikhoun, un fief rebelle et jihadiste du nord-ouest syrien.

La Maison Blanche a dénoncé avec force un «acte odieux du régime de Bachar al-Assad», d’autant plus «intolérable» qu’il a frappé «des innocents, y compris des femmes et des enfants», selon son porte-parole Sean Spicer.

S’il serait «dans l’intérêt» des Syriens que Bachar al-Assad ne soit plus au pouvoir, il n’existe à ce stade aucune véritable option pour un changement de régime, a concédé M. Spicer.

L’armée syrienne a «catégoriquement» démenti «avoir utilisé toute substance chimique ou toxique à Khan Cheikhoun» mardi. Son commandement «souligne qu’il n’en a jamais utilisé, à aucun moment, à aucun endroit et ne le fera pas dans l’avenir», selon un communiqué militaire publié par l’agence officielle Sana.

«Les groupes terroristes et ceux qui les soutiennent sont responsables d’avoir utilisé des substances chimiques et toxiques et d’avoir été négligents avec les vies de civils innocents», a-t-elle ajouté.

Accuser le régime syrien d’avoir perpétré cette attaque est «une «calomnie», avait auparavant officieusement réagi Damas par la voix d’un haut responsable de ses services de sécurité. Les insurgés «tentent de remporter une (victoire) médiatique après avoir échoué à remporter (une victoire) sur le terrain», a-t-il déclaré sous le couvert de l’anonymat.

L’opposition syrienne a la première accusé le «régime du criminel Bachar» al-Assad d’avoir perpétrée cette attaque, avec des «obus» contenant du «gaz toxique», et a appelé le Conseil de sécurité de l’ONU à ouvrir une «enquête immédiate».

Selon son négociateur en chef, Mohammad Sabra, ce «crime […] remet en cause l’ensemble du processus de paix» entre opposition et gouvernement, qui se réunissent régulièrement pour tenter de mettre fin à ce conflit qui a fait plus de 320.000 morts et des millions d’exilés.

L’envoyé spécial des Nations unies pour la Syrie Staffan de Mistura a assuré que l’ONU chercherait à «clairement identifier les responsabilités» et à faire «rendre des comptes» aux auteurs de cette attaque «chimique aérienne».

La chef de la diplomatie européenne, Federica Mogherini, a elle aussi mis en cause Damas: «La principale responsabilité repose sur le régime parce qu’il a la responsabilité de protéger son peuple et non de l’attaquer». Ces «nouvelles horribles» sont «un rappel tragique que la situation sur le terrain continue d’être dramatique dans de nombreuses parties de la Syrie», a-t-elle ajouté.

«Cela a toutes les caractéristiques d’une attaque du régime qui a utilisé de façon répétée des armes chimiques», a réagi le ministre britannique des Affaires étrangères Boris Johnson, jugeant «horribles» les rapports détaillant cette attaque. «Une enquête doit avoir lieu sur l’incident et les auteurs doivent rendre des comptes», a-t-il ajouté dans un communiqué.

Le président français François Hollande a lui aussi évoqué «la responsabilité» du président syrien Bachar al-Assad dans ce «massacre». Il a également pointé «la complicité» et «la responsabilité morale» des «alliés» du président syrien, sans citer de pays.

«Comme à la Ghouta le 21 août 2013 Bachar al-Assad s’en prend à des civils en utilisant des moyens bannis par la communauté internationale. Une fois encore le régime syrien va nier l’évidence de sa responsabilité dans ce massacre», a dit M. Hollande, selon un communiqué de la présidence.

Le président turc Recep Tayyip Erdogan a dénoncé cette attaque «chimique […] inhumaine» qui menace selon lui le processus de paix d’Astana entre Damas et les rebelles sous l’égide de la Russie et de l’Iran, lors d’un entretien téléphonique avec son homologue russe Vladimir Poutine, selon ses services.

«Il s’agit d’un crime contre l’humanité, qui doit être puni», a déclaré son ministre des Affaires étrangères, Mevlüt Cavusoglu.

«Choqué et outragé» à la vue des images des bébés suffoquant» à la suite de cette attaque, le Premier ministre israélien Benjamin Netanyahu a appelé «la communauté internationale à respecter ses engagements de 2013 et retirer entièrement et définitivement ces armes horribles de Syrie».

L’Organisation pour l’interdiction des armes chimiques (OIAC) s’est dit «gravement préoccupée» par cette «attaque présumée aux armes chimiques», précisant qu’elle était en train de «rassembler et analyser des informations de toutes les sources disponibles».