CHARLEROI

L’ancienne guillotine de Charleroi reste un mystère

L’ancienne guillotine de Charleroi reste un mystère

Charleroi est la ville belge où la guillotine Rue des Archives

À Charleroi, les services communaux ont fait inspecter les caves de l’église Saint Antoine à la recherche d’une guillotine du XIXe siècle. Sans résultat.

Depuis plusieurs années, l’existence d’une sinistre planque agite les passions. Une rumeur insistante fait en effet état de la présence, à Charleroi, de la dernière guillotine belge à avoir tranché la tête de condamnés de droit commun. L’instrument se trouverait dans la cave d’une église. En tout cas pas celle que vient de faire inspecter l’échevin du Patrimoine, Mohamed Fekrioui (cdH): «Rien n’a été trouvé à l’église Saint-Antoine à la Ville-Basse», indique-t-il en réponse à une question écrite du conseiller communal, Luc Parmentier (Écolo). «Ce qui confirme les résultats d’un inventaire complet du mobilier de l’édifice religieux réalisé en 2002.»

Il n’en reste pas moins que Charleroi a été le théâtre de l’ultime mise à mort par décapitation de condamnés d’un crime civil. Par la suite, l’échafaud n’a plus fonctionné qu’à l’issue de la Première Guerre mondiale, pour des crimes de guerre. C’est le samedi 30 mars 1862 que l’exécution a lieu, sur la place de la Ville-Haute. Elle fait suite à la sentence prononcée en janvier par la Cour d’assises de Mons, dans le cadre du procès de la «Bande noire» dont les 14 membres ont été arrêtés.

Deux exécutions par mois

«On les a surnommés ainsi car avant chaque méfait, ils s’enduisaient le visage de farine mélangée à du cirage», rapporte Luc Parmentier qui s’est documenté. La bande terrorise l’Entre Sambre et Meuse. Elle compte une liste impressionnante de méfaits. Si neuf condamnations à mort tombent au terme d’un délibéré de… sept minutes du jury populaire, sept vont être commuées en peine de prison à perpétuité. Seuls Jean Baptiste Boucher et Auguste Leclercq sont promis à l’échafaud et écroués à Charleroi.

«À l’époque, la guillotine tourne à plein régime. Entre la création de la Belgique et 1862, elle a fonctionné 860 fois», observe le conseiller. Soit plus de deux fois par mois. Le verdict judiciaire ne manque pas de relancer la polémique sur la peine de mort. Au point où l’on prête à Victor Hugo des vers envoyés au Roi Léopold Ier pour s’opposer à la sentence.

Un événement très couru

À Charleroi, l’exécution suscite une curiosité malsaine: tout le monde veut assister à l’œuvre des bourreaux. À la veille de leur office, ceux-ci ne sont pas les bienvenus en bord de Sambre où ils se voient refuser le gîte et le couvert par plusieurs hôtels et auberges.

«Le 30 mars, la populace envahit le centre-ville, explique le conseiller écolo. On estime à 30 000 le nombre de spectateurs, les cafés n’ont pas fermé de la nuit. À neuf heures moins dix, la charrette sort de la cour de la prison, sous escorte des gendarmes. Elle met un quart d’heure à rejoindre le lieu de l’exécution. Des ouvriers interrompent leur ouvrage pour la regarder passer. Quand Boucher et Leclercq en descendent pour monter sur l’échafaud, les deux hommes s’étreignent un instant et embrassent un crucifix tenu par leur confesseur.»

Boucher est le premier à subir la sentence. Les aides du bourreau l’empoignent et le couchent sur la planche. Le couperet tombe immédiatement. Leclercq y aura droit dans les minutes qui suivent.