COMMENTAIRE

Ethe - Habay, 180 minutes pour résumer une saison

Ethe - Habay, 180 minutes pour résumer une saison

EDA

Chaque vendredi, Daniel Jonette, le chef des sports de l'Avenir Luxembourg, commente l'actualité.

Coupons court aux rumeurs qui enrobent le stade Charles Servais depuis quelques jours, quelques semaines même: non, certains joueurs d’Ethe n’ont pas balancé volontairement leurs matches pour éviter de monter en D3. 

Pourrait-on croire en effet qu’un footballeur digne de ce nom refuse ainsi d’ajouter une ligne à son palmarès plutôt que d’écrire celle-ci avant de tirer sa révérence ou d’aller voir ailleurs? Cela n’aurait pas de sens. D’ailleurs, ceux qui ont observé attentivement la rentrée aux vestiaires dimanche, à Habay, n’auront pu deviner que de la déception dans les regards visiteurs. Et de l’impuissance bien plus qu’un manque d’envie durant les 90 minutes qui ont précédé.

Qu’on en soit sûr, les Cassidjes le voulaient, ce sacre. Comme l’an dernier d’ailleurs. Mais ils ont échoué à la période sans doute la plus propice pour mettre en évidence des lacunes jusque-là plutôt bien dissimulées. À l’approche de Pâques, comme l’an passé. Et comme par hasard! Soit à un moment où les organismes souffrent s’ils ne peuvent se reposer sur les accus qu’une sérieuse préparation hivernale doit emmagasiner. Et si l’on remonte un peu plus dans le temps, on constate que la mise en route, juste après la préparation estivale donc, s’est avérée laborieuse aussi (11/21). Revoyez le parcours de la saison précédente, il est assez semblable. Mais n’allez pas en déduire pour autant que les joueurs de Mario Machado ne sont que des carotteurs de première, négligeant la plus élémentaire des mises en condition. Non, ce sont juste des garçons, pour la plupart trentenaires, qui sont redescendus d’un ou plusieurs échelons pour souffler un peu, continuer à exercer leur passion tout en la délestant des contraintes dont ils ont pu se lasser dans les divisions supérieures. Et qui forcément, sauf rares exceptions – les Timmy Simons ne courant pas les rues – ne sont plus vraiment en mesure d’atteindre leur plein rendement. Mettez-en trois ou quatre dans une équipe, entourés de quelques dévoreurs de kilomètres, et ils apporteront un plus indéniable, par leur métier et leur talent voire leur leadership.

Mais dimanche à Habay, neuf des onze titulaires d’Ethe avaient déjà évolué un, deux ou trois crans plus haut et la moyenne d’âge de l’équipe dépassait les 33 ans. Trop is te veel! Et Mario Machado, en bon Brésilien qu’il est, aurait dû se douter du danger qui guettait son équipe (il ne l’ignorait peut-être pas d’ailleurs, mais avait-il d’autre choix?). Les artistes auriverde de 98 ne sont-ils pas tombés devant une équipe de France sans doute plus travailleuse encore qu’elle n’était talentueuse? Et ceux de 82, magiciens du ballon pour l’éternité, n’ont-ils pas échoué face à une Italie qui a su mettre en lumière, avec un peu de réussite, l’une de leurs rares lacunes, la vitesse de reconversion défensive? On ne sait si Jean-Luc Manand s’est inspiré d’Enzo Bearzot, mais quelqu’un qui travaille depuis des années dans un hôpital sait forcément où il faut mettre le doigt pour que ça fasse mal… Et les Habaysiens, en osant bousculer leurs hôtes, se sont évertués à révéler ce manque de mobilité dont Ethe souffre sans doute encore plus depuis que Lacour a rejoint le Grand-Duché et Petit l’infirmerie.

Ne l’avaient-ils pas fait déjà à l’aller d’ailleurs? Lorsque, réduits à dix, ils avaient malmené les Cassidjes en seconde période. Si une saison ne se joue pas sur 180 minutes, celles-ci suffiront peut-être à la résumer…