LILLE (F)

Au Zénith, Saez n’a pas perdu le nord

Au Zénith, Saez n’a pas perdu le nord

Saez: «Moi, je resterai poing levé du peuple des Indépendants. Moi, j’y peux rien, si je suis né du peuple des Manifestants.» -

Concomitante à la sortie de «Lulu», son triple album (le 3e!), la «tournée du Manifeste» de Saez, passait près de chez nous, avant Bruxelles..

Il est minuit 45 dans un Zénith plein comme un œuf. Damien Saez hurle une dernière fois, en final de Tu y crois, après plus de quatre heures de concert. La voix de celui qui apparaît pourtant toujours aussi «pote» - sur scène - avec son whisky coca et ses clopes, a tenu le coup, comme tous les soirs depuis trois semaines.

ta santé, Bolloré!

Le public nordiste (et wallon picard) fait un triomphe à ce Fils de France qui, en pleine période préélectorale, multiplie les allusions aux «affaires», répète son dégoût de la «dictature du financier», déplore le «culte de l’inculte», le manque de moyens mis au service de l’éducation ou de la culture, abhorre le populisme, les chaînes de télé et internet: «Ça fait dix ans qu’on est là tous à balancer l’intime de nos vies, son nourrisson qui vient de naître... sur des réseaux pour faire de la thune à un connard à l’autre bout du monde. Gratuitement! C’est pas le plus grand hold-up de l’humanité, sérieux? S’il y a un bug un jour, tu perds tout, t’as même plus ta putain de photo de famille sur ta cheminée.» Oui, oui, « c’est l’évolution inversée: l’humain retourne au chimpanzé » (Peuple manifestant).

Contre cette société aseptisée où «un tweet est plus important qu’une lettre d’un ancien combattant» l’artiste fait lever le poing à ses sept mille fans et lance « A ta santé, Bolloré! « (Lettre à politique).

Ne rien lâcher...

Le concert a débuté avec «Tu crois aux fantômes», un petit film en noir et blanc qui voit la comédienne Ana Moreau monologuer sur une terrasse, la nuit, avant que Damien s’installe au piano. Il empoigne de temps à autre une guitare, lit des textes et puise dans tout son répertoire, de God blesse (avec notamment un J’veux qu’on baise sur ma tombe repris par toute la salle) à Mon Européenne (Bonnie,Rue de la Soif) en passant par Debbie (J’hallucine, Tu y crois?), Paris (Jeunesse lève toi, Putains vous m’aurez plus), Messina (Châtillon-Sur-Seine, Ma petite couturière, Maria, Betty, Marianne, Fins des mondes, Into the Wild), J’accuse (+ Pilule, Cigarette, Des p’tits sous et Marguerite) ou L’oiseau liberté (+ Les enfants paradis et Tous les gamins du monde.) Au total vingt-six chansons, dans des versions dépassant bien souvent les dix minutes, soutenues par un groupe d’enfer où, outre les fidèles Franck Phan et Daniel Jamet (un ancien de la Mano Negra), on retrouve comme troisième guitariste Alice Botté, celui qui accompagnait les derniers concerts de Thiéfaine, les Brittons Geoff Dugmore (drums) et James Eller, (basse) ou Johann Riche, l’accordéoniste de la dernière tournée de Miossec.

Saez donne surtout l’impression d’être heureux d’être là: «Ça fait plaisir, c’est un peu ma maison, ici, ma maison d’adoption. De toute façon, je préfère le Nord». Il avait, confie-t-il, « envie de partager.»

À Bruxelles, le 18 avril, son concert ne dépassera pas minuit: «Un couvre-feu est imposé, comme à Genève et Paris, cette ville devenue un musée-cimetière. Les capitales montrent l’exemple par le bas

Dans la salle, des centaines de briquets sont allumés: « Avant, pour les autres, je n’aimais pas ça. Maintenant je trouve que c’est presque un acte de résistance, en tout cas ce n’est pas une application», dit Damien qui conclura: «Lâchez jamais. Faut rien lâcher.» Ouais!


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