BRUXELLES

«Panique au Logement Social»: une BD «cash» pour décrypter un sujet «pas très sexy»

«Panique au Logement Social»: une BD «cash» pour décrypter un sujet «pas très sexy»

Le RBDH sort une BD pour décrypter la crise du logement social à Bruxelles. Les scénaristes Marie Couteaux, également illustratrice, et Carole Dumont, l’assurent: «rien n’est loufoque dans cette BD». EdA - Julien RENSONNET

«111 logements sociaux par an, c’est ridicule». Le RBDH publie une BD bien foutue qui vulgarise la crise du logement social en cours à Bruxelles. Car à ce rythme, il faudrait près de 400 ans pour loger les 43.000 familles sur liste d’attente.

43.300 familles sont sur liste d’attente pour l’obtention d’un logement social à Bruxelles. Alors qu’elles étaient 25.000 en 2001. Dans le même temps, le rythme de création de logements sociaux est de... 111 logements par an. Le calcul est vite fait: en admettant que plus aucune famille ne vienne s’ajouter à la file, il faudra... 387 ans pour loger tout le monde.

Ces chiffres implacables ne semblent pas suffisants pour doper le rythme des acteurs politiques et institutionnels. 3.500 logements sociaux ont été promis en 2005 par Françoise Dupuis, auxquels s’en ajoutent 3.000 d’ici 2020 dans les plans de Céline Fremault parus en 2014. Un total insuffisant pour réduire la liste d’attente, et qui reste hypothétique au tempo actuel.

«Panique au Logement Social»: une BD «cash» pour décrypter un sujet «pas très sexy»
Les scénaristes de «Panique au Logement Social», Carole Dumont et Marie Couteaux, également illustratrice, l’assurent: «rien n’est loufoque dans cette BD». EdA - Julien RENSONNET
«Loin d’être loufoque»

Pour doper les volontés, le Rassemblement Bruxellois pour le Droit à l’Habitat (RBDH) sort une BD. Derrière une couverture singeant le logo de la version dessin animé de Tintin («c’est voulu»), «Panique au Logement social» vulgarise la criante problématique à destination du grand public. «Le RBDH produit beaucoup d’études fouillées et sérieuses sur le logement social», glisse la coscénariste et illustratrice Marie Couteaux. «Mais on ne voit rien venir si ce n’est les grandes annonces. Ce discours est déprimant et paralysant. Nous sommes choqués par cette attitude méprisante du Gouvernement bruxellois face aux 43.000 familles qui ne peuvent se loger dans la ville. Nous espérons donc que ce contre-discours, clair et cash mais loin d’être loufoque, fera enfin réagir».

Le RBDH le reconnaît: le thème n’est «pas vraiment sexy». Pour ne pas «perdre» le lecteur, le focus est placé sur la construction (et non la réaffectation de bureaux ou les logements inoccupés). «On veut déconstruire l’argument massue perpétuel qui prétend qu’il n’y a pas de foncier à Bruxelles pour bâtir le logement social», assène Carole Dumont, coscénariste. «Le problème est davantage que les acteurs publics ne sont pas sensibles à mobiliser ces terrains».

«Panique au Logement Social»: une BD «cash» pour décrypter un sujet «pas très sexy»
Au rythme actuel, il faudra 400 ans avant de loger toutes les familles sur liste d’attente. EdA - Julien RENSONNET
«Documenté et humoristique»

Dans la BD, on suit donc les aventures d’un couple en quête de logement, menées comme un film dont le citoyen serait le spectateur. Et on y chasse le m2. On y apprend ainsi que 289 ha sont destinés à l’édification des 10 « nouveaux quartiers » voulus par le Gouvernement Vervoort. «12.000 logements y sont prévus dont seulement 486 sociaux», grince Carole Dumont. La BD compte ensuite 122 ha sur des «plus petits terrains», principalement en 2e couronne. «Mais les communes suivent le mauvais exemple régional et sont peu réceptives au logement social», continue la spécialiste. ça donne donc plus de 400 ha disponibles, tout de même.

Au fil des pages, le RBDH pointe aussi «le manque de proactivité de la SLRB qui n’a pas anticipé la crise et n’a pas de réserves propres de foncier. Elle se heurte alors à la hausse des prix du foncier». Autre acteur égratigné: Citydev. Qui ne conçoit pas de logement social. «Son but est surtout d’attirer la classe moyenne et de la retenir à Bruxelles», pointe Carole Dumont. «Le Gouvernement ne s’en cache pas. On peut donc se demander s’il y une place pour les autres types de ménages».

Ce constat noir, «mais documenté et humoristique», est imprimé à 5.000 exemplaires. 1.000 ont déjà été distribués dans les transports en commun. Les autres seront disponibles au RBDH et dans les associations partenaires. Vous pouvez aussi lire la BD en ligne. Les premiers lecteurs y auront apprécié la dédicace: «À notre Région, que nous aimerions plus accueillante pour ceux qui peinent à joindre les deux bouts».

 

 

 

«Panique au Logement Social»: une BD «cash» pour décrypter un sujet «pas très sexy»
43.000 familles sont sur liste d’attente pour un logement social à Bruxelles. EdA - Julien RENSONNET

 

Les pistes du RBDH

«Panique au Logement Social»: une BD «cash» pour décrypter un sujet «pas très sexy»
Le RBDH dessine aussi des solutions dans sa BD. EdA - Julien RENSONNET
À rebours du discours politique et de «l’absence de volonté des pouvoirs publics», le RBDH assure donc qu’il y a des terrains à Bruxelles. En fin de récit, le Rassemblement pointe même quatre pistes pour orienter les politiques en la matière.

D’abord, «ne pas vendre les terrains publics aux promoteurs privés», commence Werner Van Mieghem, du RBDH.

«Ensuite, exiger 50% de logements sociaux dans chaque projet immobilier bâti sur un terrain public».

Le même procédé est souhaité sur les terrains privés. «Il s’agit de peser sur les charges d’urbanisme sans que le promoteur ne puisse s’en sortir par des charges financières au rabais». Les quotas souhaités par le RBDH: 15% au-delà de 1000m2 et 25% au-delà de 10.000m2.

Dernière piste: une hausse de la taxe foncière pour empêcher les propriétaires de «laisser dormir leurs terrains en attendant d’en tirer un max de profit».

En suivant ces recommandations, le RBDH assure que Bruxelles pourrait tabler sur 1000 logements sociaux par an.