FRAMERIES

Frameries se met à l'heure du développement durable

Frameries se met à l'heure du développement durable

Frameries se met à l'heure du développement durable Ugo PETROPOULOS

La commune vient de se fixer un objectif ambitieux concernant ses émissions de gaz à effet de serre: -40% d'ici 2030. Tout le monde est concerné: administrations, entreprises et surtout particuliers.

C'est un fameux défi que se lance la commune de Frameries: celui de baisser de 40% les émissions de CO2 d'ici 2030. Et ce sur l'ensemble du territoire de la commune, pas uniquement à l'administration communale.

Cet engagement, la commune l'a pris lors de la Convention des Maires en décembre 2016. Sur base d'initiatives locales et d'investissements dans les énergies renouvelables, les communes signataires ont marqué leur volonté de baisser de 40% leur production de CO2. Adhèrent à la Convention des maires 7000 communes du monde entier, dont la plupart sont situées en Europe.

Ce qui a poussé Frameries à s'engager dans cette dynamique? Un principe appelé le surcoût de l'inaction. "En 2013, Frameries a payé une facture d'énergie de 380 000 euros pour tous ses bâtiments, électricité et gaz compris", explique Alan Willame, le conseiller énergie de la commune. "Et si on ne fait rien pour réduire notre consommation, la facture va continuer d'augmenter puisque le coût de l'énergie ira croissant. Il y a deux scénarios: un optimiste et un négatif. Suivant le scénario optimiste, on passerait de 380 000 € à 680 000 € d'ici 2030. Suivant le pessimiste, on atteindrait une facture de 4 150 000 €!"

Pour ne pas jeter son budget par les fenêtres à chauffer des bâtiments énergivores, la commune a mis en route un plan d'actions pour baisser sa consommation, mais aussi pour augmenter la part d'énergies renouvelables produite sur son territoire. "Pour baisser nos émissions de CO2 de 40%, nous voulons baisser de 27% notre consommation d'énergie et augmenter de 27% cette production", avance Pol Bouviez, échevin en charge de la politique énergétique. 

Montrer l'exemple

Comment atteindre ces ambitieux objectifs? En commençant par l'état des lieux. "Un cadastre énergétique de tous les bâtiments communaux et du CPAS a été fait". Il a permis de classer les bâtiments suivant leurs performances énergétiques et les mauvais élèves sont...les écoles et le centre administratif.

C'est donc sur ces bâtiments qu'il faudra agir en priorité, pour engrenger des résultats et aussi pour sensibiliser. "Si on touche aux écoles et au centre administratif qui est le bâtiment communal le plus fréquenté par les citoyens, on touche aussi toute la population", renchérit Alan Willame, en montrant l'exemple.

Car ce sont les citoyens surtout qu'il faudra convaincre de s'engager sur cette voie de réduction d'émissions de  CO2, si Frameries veut atteindre ses objectifs. Les calculs ont été faits: la commune devrait investir 10 millions d'euros d'ici 2030, tandis que les 22 000 habitants de Frameries devront mettre 135 millions en tout.

Par tête de pipe, cela fait un peu plus de 6000 euros, pour des travaux d'isolation, pour installer du chauffage moins polluant, pour remplacer des chassis, pour l'achat de véhicule moins polluants...

Sensibiliser partout, tout le temps

Pour convaincre, la commune va se lancer dans une vaste opération de sensibilisation. Un guichet énergie sera ouvert à l'administration communale. Qui mobilisera sa cellule énergie à chaque manifestation, brocante, événement...Des visites à domicile seront faites, ainsi que des diagnostics énergétiques. La ville a récemment acquis une caméra thermique pour établir des bilans énergétiques chez les particuliers.

Les entreprises et les commerçants seront également sensibilisés. Pour convaincre tous les Framerisois de s'engager dans la voie de la réduction des émissions de CO2, le monsieur énergie de la commune, Alan Willame, entend bien ressortir son graphique qui tue, illustrant le "coût de l'inaction" et où la courbe de la facture énergétique crève le plafond en 2030.

Un argument coup de poing qui donne envie d'agir. Reste à contourner un sérieux obstacle: à Frameries, le chômage est aux alentours des 20%. Même en étant conscient de l'intérêt économique d'investir dans des travaux "durables" qui permettront des économies ultérieures, quand le portefeuille est vide, c'est tout simplement impossible de se lancer, à moins de connaître les aides à la rénovation et d'en bénéficier. C'est sans doute là-dessus que tout se jouera.

Planter des haies et des éoliennes

A côté de l'objectif économie d'énergie, il y a aussi celui de produire de l'énergie sur la commune, et renouvelable s'il-vous-plait. Mais quel type d'énergie? Plusieurs options s'offre à la ville. La plus évidente? L'énergie solaire. "On a toutes les raisons d'investir dans le photovoltaïque, le temps de retour sur investissement est de 5 ans. On peut en installer sur le toit de la salle de sports, de la maison de repos...Pourquoi pas sur l'hôpital EpiCURA?"

Autre piste: l'éolien. Frameries est déjà entourée de champs de moulins à vent, entre Estinnes et Quévy et se situe dans un véritable "gisement" de vent. Au début du mois, EDF Luminus a présenté à la population son projet d'installer 6 éoliennes le long du R5. La population présente lors de la réunion publique d'information n'a pas manifesté d'hostilité. Mais a plutôt marqué une volonté de récolter également les fruits d'une éventuelle implantation. 

Troisième voie: le bois. Replanter des haies pour remettre en place un système de bocage permettrait de lutter contre les inondations, l'érosion des sols et la baisse de rendement des terres agricole. Mais la taille de ces haies fournirait du combustible pour alimenter une chaudière à bois déchiqueté. "Cela permettrait de chauffer par exemple le CPAS, on peut imaginer ensuite un réseau de chaleur pour alimenter les maisons alentour".

Enfin la biométhanisation est encore une autre possibilité. "Nous avons des agriculteurs, des manèges pour chevaux...Théoriquement, il y a une possibilité".

En effet, les possibilités ne manquent pas. Maintenant, il n'y a plus qu'à...

Moins 13% depuis 2006

Illusoire de réduire de 40% ses émissions de CO2? Pas du tout pour Pol Bouviez et Alan Willame. "Entre 2006 et 2013, nous avons observé une diminution de 13% de nos émissions de CO2, sans avoir une politique volontariste sur l'énergie. On a remplacé le chauffage de certains bâtiments par des chaudières à condensation, on a refait l'isolation, on a remplacé les chassis extérieurs..." énumère ce dernier.

Par contre, la consommation liée aux équipements des bâtiments communaux a augmenté de 27% et l'éclairage public de 5%. Il y a donc encore de quoi faire, en installant des minuteries aux prises, en remplaçant les ampoules d'éclairage public par des LED, et plusieurs autres actions prévues dans un plan où 70 fiches-actions ont été établies pour toute la commune. Depuis 2006, une légère baisse de 2% d'émissions de CO2 a été enregistrée sur tout le territoire communal.