MONS

Georges-Louis Bouchez, le missionnaire qui n'a pas peur de se brûler

Georges-Louis Bouchez, le missionnaire qui n'a pas peur de se brûler

Après avoir porté oralement le débat jusqu'au congrès doctrinal du MR, Georges-Louis Bouchez le poursuit par écrit avec la publication d'un livre synthétisant ses motivations politiques BELGA

On le voit partout et ce n'est sans doute pas près de s'arrêter. Le jeune élu MR montois Georges-Louis Bouchez vient de publier son premier livre: "L'Aurore d'un monde nouveau". Il fixe les grandes idées qui justifient son engagement politique, entre allocation universelle, TVA sociale et harmonisation fiscale.

On peut trouver Georges-Louis Bouchez insolent, orgueilleux, vaniteux, voire mégalomane, il faut au moins lui reconnaître deux choses : il a des idées et il sait les faire entendre. Le jeune trublion libéral, qui aujourd'hui s'écharpe en conseil communal à Mons avec son ancien partenaire de majorité, peut aussi se targuer d'un parcours déjà fourni dans les arcanes du pouvoir. « Je suis un jeune politique, j'ai 30 ans. J'ai déjà occupé beaucoup de métiers de la vie politique: collaborateur de cabinet, échevin, député, conseiller communal...Et donc ça me donne une vision un peu large de la politique ».

Depuis quelques mois, il tient au MR un rôle d'agitateur d'idées et se fait entendre dans plusieurs débats. Désormais on peut aussi le lire: il vient de sortir son premier ouvrage intitulé "L'Aurore d'un monde nouveau".

Pourquoi ce livre? Pour laisser une trace de ses idées. « Depuis 3 ans, je participe à de nombreux débats et cela s'est intensifié avec mon rôle au sein du MR. Mais un débat, ça ne laisse pas de traces. J'ai donc senti le besoin de fixer un peu la pensée ».

Au sommaire, 10 chapitres pour 10 réformes qui doivent changer notre société et s'adapter aux chamboulements du monde moderne. « Il y a des évolutions technologiques, des nouveaux modes d'organisation de la société, l'économie collaborative...Plutôt que de les regarder comme des menaces, adaptons le modèle pour que ces nouveaux mécanismes nous permettent plus de bien-être ».

La première moitié du livre est consacrée à l'Europe, la seconde à la politique belge. En vrac, il faut harmoniser la fiscalité à l'échelon européen, instaurer une TVA sociale européenne, réorganiser les compétences entre entités belges, supprimer les Provinces et le vote obligatoire, instaurer l'allocation universelle...Entretien avec celui qui veut bousculer la vieille garde politique.

L'Avenir: Ce livre, c'est un peu votre vision utopique de ce vers quoi la société devrait aller ? Par exemple, toute la partie qui parle d'Europe, d'harmonisation fiscale, ce sont de belles idées, mais peuvent-elles s'imposer ?

Georges-Louis Bouchez: Premièrement, pour moi, l'utopie, ce n'est pas mauvais ni contestable. On fustige certains hommes politiques en disant « ce sont des rêveurs, des utopistes ». Sauf que l'essence même de la politique, c'est de penser un monde idéal et de trouver les moyens pour que ce monde idéal advienne. J'en ai un peu marre que des hommes politiques m'expliquent que « on ne peut pas faire ça parce que telle règle européenne, tel mécanisme économique nous en empêche... ».

Il est temps que l'homme politique comprenne que l'économie et le droit ne sont que des outils pour améliorer le bien-être de l'Homme et ce n'est pas l'Homme qui doit se soumettre à ces outils. Les gens "sérieux", c'est quand même eux qui ont créé la crise environnementale et la crise économique qui a débouché sur la défiance démocratique. Ce sont ceux qui ont dirigé le monde pendant 30 ans et qui nous disent aujourd'hui ce que l'on doit faire et qu'ils n'ont pas été capable de faire. 

Deuxième point, bien sûr que c'est faisable, à condition de repolitiser le débat. Actuellement, les sommets européens sont préparés par des fonctionnaires, puis les chefs d'état débarquent et travaillent dans un cadre défini par les fonctionnaires. Quand on a une conviction comme l'harmonisation fiscale, il faut commencer par se trouver les alliés et former une coalition de pays qui ont le même intérêt.

Puis il faut avoir le courage d'aller voir les autres qui ne veulent pas de cette harmonisation fiscale, qui est notre seule chance de nous en sortir. Il faut créer des rapports de force, aller voir les Irlandais et les menacer par exemple de diminuer de moitié leur flotte aérienne autorisée dans nos pays. Si demain on crée des conditions plus dures pour Ryanair, je suis certain que l'Irlande sera très demanderesse d'une négociation. La politique, ça a toujours été un rapport de force et il faut le recréer aussi avec les autres pays européens, tout en leur faisant comprendre que c'est dans leur intérêt que l'on s'associe.

On n'a plus de cran en politique ? On n'ose plus débattre des sujets qui fâchent ?

C'est clair. Les hommes politiques passent 90% de leur temps à leur gestion de carrière. Avec les sondages, les réseaux sociaux, les élections, l'info en continu, vous êtes jugé à chaque minute, la moindre déclaration peut vous flinguer. Je crois que pour oser proposer un projet politique, il faut se défaire de cette hantise de vouloir être réélu en permanence. C'est une logique qui tue le courage politique et la capacité à mener des réformes. Je prends l'exemple d'un ancien premier ministre canadien, Jean Chrétien, qui est arrivé à la tête d'un pays en déficit et qui a considéré qu'il fallait couper dans tout, ce qu'il a fait de façon colossale. Il est arrivé au Gouverment en disant qu'il n'allait pas être réélu. Finalement il l'a été. Ce que je veux dire par là, c'est que si on quitte l'idée de vouloir être réélu à tout prix, on peut avoir des résultats et après le citoyen est suffisamment intelligent pour faire son choix.

Et vous, vous pourriez réinvestir une fonction exécutive, sans l'ambition d'être réélu ? Vous projeter à long terme, alors que d'un autre côté vous êtes omniprésent sur les réseaux sociaux, sur lesquels on vit dans l'instantané ?

Je suis fort dans l'instant, mais on ne peut pas dire que mes commentaires relèvent d'une posture de vouloir plaire à tout prix ! Je pense que j'ai un propos très franc, très direct. Bien sûr j'ai une très grosse présence, car je veux pouvoir diffuser mes idées. Les réseaux sociaux pour moi c'est formidable dans le sens où c'est gratuit et où je peux contourner les plans de communication traditionnels. Oui, il y a de l'instantané, on essaye de convaincre, mais je ne suis pas dans la volonté de plaire juste pour le plaisir de plaire. D'ailleurs dans le bouquin il n'y a pas de langue de bois.

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La fausse modestie des hommes politiques, ça commence à bien faire.

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Je n'ai aucune envie de faire de la politique si je ne peux pas appliquer mes idées. La fausse modestie des hommes politiques, ça commence à bien faire. Vous ne pouvez pas vous présenter à l'électeur et dire : « moi je ne sais pas ». Si vous vous présentez aux gens, c'est que vous pensez avoir des solutions à leurs problèmes. Si vous considérez que vous n'avez pas de solutions, vous restez à la maison. Quand vous appelez un plombier, c'est pour régler votre plomberie. Quand vous faites appel à un politique, c'est pour régler vos questions de société.

Moi je veux être élu pour pouvoir appliquer mes idées, pas pour le plaisir d'occuper le poste. Mon contre-exemple, c'est Elio Di Rupo : il nous explique qu'il est de gauche, socialiste et à chaque fois qu'il est au pouvoir, il dit qu'il n'a pas le choix que de devoir composer avec la majorité de droite. Mais alors pourquoi fait-il de la politique ? Ca n'a pas de sens. On a des hommes politiques qui passent toute leur vie à atteindre un niveau de pouvoir pour appliquer leur programme et quand ils arrivent au pouvoir ils expliquent qu'à cause des circonstances, des coalitions et de je ne sais quoi, ils n'ont pas pu faire ce qu'ils voulaient. C'est quoi le sens d'un tel engagement ?

Mais nous vivons dans un pays où le système fait que l'on ne peut pas arriver avec son programme sans composer avec d'autres qui n'ont pas les mêmes idées, tout simplement parce que l'on n'a pas, seul, de majorité. Votre vision de la chose politique n'est-elle pas idéale pour un état avec un système à élection majoritaire et un puissant chef de l'exécutif, ce qui n'est pas la configuration belge ?

Il y a quand même toujours un ou deux patrons. Donc même en Belgique, dans un système de coalition, il y a des gens qui influencent plus que d'autres. Mais on n'est pas obligé d'être Premier Ministre pour se faire entendre. Ce qui va convaincre un plus grand nombre, c'est l'activisme dont on va faire preuve. Le travail de conviction dans les médias, sur le terrain, c'est très important à considérer.

Après quand vous êtes dans une coalition, selon votre score aux élections, vous avez une influence plus ou moins grande, mais cela peut changer. A Mons, je crois que l'on a eu un poids plus fort que notre score électoral dans la coalition PS-MR, grâce à notre activisme. On l'a payé au prix fort, mais c'est aussi ça faire de la politique : créer un rapport de force qui permet de faire passer nos idées.

Comment a réagi votre parti à la publication de ce livre ?

L'accueil a été très positif. Je pense que c'est faire preuve de bon sens au sein de ma formation politique que de considérer qu'il n'y a pas de baguette magique pour redynamiser la démocratie, mais qu'il faut oser prendre le risque et tenter des choses neuves pour lutter contre la défiance vis-à-vis du politique qui fait monter les populisme. Si on ne tente rien, ces phénomènes augmenteront.

Mais vous revenez avec des idées comme la suppression des Provinces, la suppression du vote obligatoire, l'allocation universelle...Des choses déjà débattues mais refusées au dernier congrès doctrinal du MR. Ne vous reproche-t-on pas d'être un casse-pied ?

Si, bien sûr, certains ne se privent pas de le dire, mais celui qui s'engage en politique ne doit pas se préoccuper de ça. Le seul qui n'est jamais critiqué est celui qui ne fait rien. Ce qui est clair, c'est que ça suscite le débat et c'est utile à ma formation politique.

Pensez-vous rassembler suffisamment autour de ces idées ? C'est bien d'avoir une vision, mais si on est seul à la porter, au-delà du livre, où est-ce que ça mène ?

Ces idées sont partagées par beaucoup. Le point de départ, c'est interpeller et susciter le débat. La suppression des Provinces, l'allocation universelle, je ne suis pas tout seul à le vouloir. La TVA sociale, beaucoup d'économistes la défendent. Ces idées ont des alliés parfois en politique, souvent à l'extérieur. Et bien sûr que mes alliés potentiels vont changer suivant le dossier. Paul Magnette, Roland Duchatelet sur l'allocation universelle, alors que Magnette ne me suivra plus sur la TVA sociale.

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Je préfère me faire cramer parce que j'ai défendu mes idées que de devenir ministre parce que j'ai ciré des pompes.

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Le but du livre n'est pas d'édulcorer dès le départ. Il faut oser y aller. Dans le combat politique, il y a un côté missionnaire, d'aller de porte en porte, de convaincre. Il faut assumer ses idées jusqu'au bout, avec un résultat électoral dans un sens ou l'autre. Bien sûr que c'est risqué.

Et c'est d'ailleurs pourquoi peu de gens osent se lancer dans le débat d'idées : parce qu'il y a un risque. Et on touche là à un problème de société : on ne valorise plus le risque. Tout le monde s'applique le principe de précaution pour tout. Mais si on s'était appliqué le principe de précaution à la création de l'humanité, on n'aurait pas inventé le feu. Il ne faut pas avoir peut de prendre des risques et si à 30 ans je n'en prends pas, je ne sais pas quand je le ferai. Mais dans l'absolu j'ai été surpris des marques de sympathie. De plus les ventes du bouquin ont bien démarré, Tout cela donne envie de continuer. 

Vous n'avez pas peur de vous brûler politiquement ?

Non. Si c'est pour rester en politique et ne pas pouvoir appliquer mes idées ou me battre pour ce que j'estime être juste, alors je ne vois pas l'intérêt d'être en politique. Je préfère me faire cramer parce que j'ai défendu mes idées que de devenir ministre parce que j'ai ciré des pompes.

G.-L. Bouchez, L'Aurore d'un monde nouveau, les Editions du CEP, 148 pages.

La fin des partis politiques

La démarche de Georges-Louis Bouchez de publier cet essai-programme à titre individuel, en s'affranchissant de son parti, fait écho à son envie de supprimer les partis, ou en tout cas leur fonctionnement actuel.

« A l'heure actuelle, on compose un programme depuis un parti. Des gens doivent se mettre d'accord pour proposer un projet. Et si on faisait l'inverse? Que les hommes politiques qui veulent prendre des responsabilités déposent un projet et que ceux qui le veulent les rejoignent. Actuellement on se met d'accord sur le fait de bosser ensemble, mais on ne sait pas ce qu'on va faire. Ça n'a pas de sens ».

L'Avenir: Mais ne se rejoint-on pas dans un parti parce que l'on partage des idées en commun ?  

G.-L.B.: Des idées de base. Les partis sont utiles dans la gestion, dans l'organisation de la démocratie. Mais là, nous sommes à un carrefour où il faut des réformes structurelles si importantes que vous ne pouvez pas faire en travaillant sur base de compromis de compromis.

Quand je dis qu'il faut supprimer les partis, ça entraîne plutôt une recomposition du paysage. On dépose un programme, des gens se réassocient et recomposent un parti par la force des choses. Nous sommes à un changement de société et il faut refonder sur cette base-là. Il suffit de regarder les sondages pour s'en convaincre : tous les partis traditionnels s'érodent.

Prenons un exemple concret : la ville de Mons. Pourrait-on imaginer vous voir vous présenter aux élections communales, sans la bannière d'un parti, avec un panel d'idées pour la ville, et que des gens qui s'y retrouvent vous rejoindraient, sans s'attarder sur une étiquette de libéral ou autre ?

Il est évident que les communales sont un beau laboratoire pour ce genre d'initiatives. Je suis prêt à aller très loin dans cette logique. On a composé et on peaufine un projet de ville et il est clair que, selon les ralliements, on pourrait aller bien au-delà de la question des partis. Parce que notre ville souffre de problèmes très importants et d'une sclérose engendrée par l'ultra-domination d'un parti au pouvoir depuis 1953 qui n'apporte plus de souffle nouveau. Il faut envisager d'aller plus loin et ne plus s'enfermer dans des logiques de parti. Je veux ouvrir à toute personne qui veut s'engager dans une alternative. A un moment donné, on considère que le projet va au-delà de tout autre différence sur d'autres questions.

Vous avez déjà approché les autres tendances politiques à Mons ?

L'idée, ce n'est pas de constituer une liste de partis qui se rejoignent contre le PS, mais bien une liste d'individus pour un projet. Que chacun trouve sa place et que l'étiquette du parti ne soit pas un obstacle. Rien n'est encore définitif, mais je suis dans cette démarche. On verra si les autres le sont aussi.

Benoît Hamon, le seul candidat "exaltant"

Georges-Louis Bouchez est clair, s'il était français, il ne voterait pas pour lui à l'élection présidentielle. Mais quand même, le candidat investi par le PS pour la présidentielle le séduit. « Je trouve que le seul candidat exaltant en France, c'est Benoît Hamon. Et il est décrédibilisé parce qu'on dit qu'il n'est pas sérieux. Mais promettre depuis 30 ans l'abaissement des charges, l'individualisation des droits, dire aux gens que ça aller, qu'il suffit de passer cette crise-ci et que ça ira mieux ensuite, alors que l'on va de crise en crise depuis 30 ans, Est-ce sérieux ? Je ne crois pas et on voit le résultat : il y a eu tellement des gens sérieux qui ont gouverné jusqu'à présent que l'on a l'extrémisme et l'abstentionnisme qui monte, avec un rejet du politique. Je crois vraiment que l'on est au bord du gouffre ».

Précisons que Benoît Hamon s'est aussi prononcé pour le principe d'une allocation universelle, grand cheval de bataille du libéral montois.