FOOTBALL

RFC Liège: il y a 20 ans, plus que son stade, c’est une part de son identité que le club perdait

Il y a tout juste 20 ans, les travaux de démolition du Stade Vélodrome Oscar Flesch de Rocourt débutaient. Avec lui, c’est bien plus qu’un stade que le RFC Liège perdait.

Février est décidément le mois des anniversaires pour le Football Club Liégeois. Fondé un 14 février, la date du 28 de ce mois est elle aussi gravée dans la mémoire du club, de façon beaucoup plus douloureuse cette fois.

En effet, c’est le 28 février 1997 que, à Rocourt, la démolition du Stade Vélodrome Oscar Flesch, rebaptisé en 1986 Stade Jules Georges du nom de l’ancien président, débutait.

Stade historique du RFC Liège, sa perte a coïncidé pour beaucoup de supporters et sympathisants des «Sang et Marine» avec la perte d’une part entière de l’identité du club.

«Quand ils ont vendu le stade au Kinépolis pour le démolir et y construire un grand cinéma, le club a vendu à son âme», nous glissait récemment Michel, un fervent supporter du Matricule 4 rencontré en bord de terrain lors d’un match de provincial.

Un temple du football… et du cyclisme

Inauguré le 28 août 1921 à l’occasion d’un match amical contre l’Olympique Lillois (l’un des deux clubs fusionnés dans les années 40 pour former le LOSC), le stade pris le nom du vice-président du club à la base de ce projet, Oscar Flesch, directeur du charbonnage d’Ans-Rocourt. Conçu pour accueillir tant les compétitions de football que de cyclisme sur piste, il pouvait accueillir à l’époque 30.000 spectateurs.

Au fil des ans, plusieurs phases d’agrandissement et de réaménagement ont permis de faire grimper le nombre de spectateurs. Si le record officiel est de 47 000 spectateurs lors d’un match de gala face au Spartak Moscou en 1954, l’histoire a aussi retenu que le record officieux faisait état de 50 000 personnes massées dans les travées du Stade Vélodrome Oscar Flesch pour la réception du glorieux Real Madrid un jour de 1960.

Durant septante ans, le stade accueillera quelques-uns des plus grands moments de l’histoire du club: deux titres de champion de Belgique, les compétitions européennes… sans oublier quatre éditions des championnats du monde de cyclisme sur piste (1950, 1957, 1963 et 1975).

 

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La chaussée de Tongres, c’était les ramblas, célèbres à Barcelone, avant l’heure.

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RFC Liège: il y a 20 ans, plus que son stade, c’est une part de son identité que le club perdait
Après avoir été supporter, puis joueur au club, Robert Waseige a été l’entraîneur ayant offert au RFC Liège son dernier trophée majeur: une Coupe de Belgique, en 1990. BELGA
Comme le rappelait récemment Robert Waseige à l’occasion du 125e anniversaire du club, le stade de Rocourt était ainsi devenu au fil des années le prestigieux lieu de rendez-vous régulier de dizaines de milliers de Liégeois, principalement des hauteurs de la ville: «Quand j’étais gamin, j’allais aux matches à pied, avec mon père donc, et plusieurs milliers de spectateurs qui eux aussi marchaient sur la chaussée de Tongres. Elle était, je ne vais pas dire, noire de monde, ce n’était pas en blocs serrés, mais c’était encore à l’heure du tram. Il y avait peu de voitures et tous les amateurs qui venaient pour certains d’Ans ou Saint-Nicolas, pour d’autres de Vottem ou de Sainte-Walburge, et les gens des hauteurs convergeaient tous vers la chaussée de Tongres qui vous emmenait vers les entrées du stade. C’est un truc qui m’a marqué: déambuler dans la foule, c’était les ramblas, célèbres à Barcelone, avant l’heure.»

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Les pylônes d’éclairage rouillés jusqu’à l’os

Mais au début des années 90, l’état du stade, devenu vétuste, se dégrade rapidement, au même titre que les finances du club. En novembre 1994, alors que les «Sang et Marine», lanterne rouge de la division 1, s’apprêtent à recevoir le Germinal Ekeren, le club demande à l’Union belge la remise du match sur avis des services communaux de la Ville de Liège. En cause: les structures métalliques qui supportent l’éclairage sont rongées par la rouille et menacent de tomber.

«Nous savions que ces pylônes avaient un certain âge (NDLR: ils ont été inaugurés en 1955)», admettait ainsi à cette époque Pierre Delahaye, le directeur administratif du club, au micro de la RTBF. «Et chaque fois que nous le pouvons, nous faisons une inspection. Mais il se fait que ces dernières semaines, en raison des vents violents notamment, cette évolution s’est révélée plus dramatique ces derniers temps.»

La suite, on la connaît. Le club est obligé de demander asile à Eupen et même au Standard, un comble, afin de terminer la saison. Avec 17 points, le club termine bon dernier et est relégué en D2. Une relégation sportive qui s’accompagne d’une sanction administrative: faute de licence, le club est condamné à jouer en D3, où il prend le nom de RTFCL à la suite de la fusion (ratée) avec le club voisin du FC Tilleur.

«Un hold-up légal»

Un peu plus de deux ans après la dernière rencontre officielle (disputée contre le Cercle de Bruges), le stade est finalement rasé. Le 28 février 1997, les travaux de démolition débutent dans le cadre du chantier du tout nouveau complexe cinématographique Kinépolis. Un projet pourtant formellement démenti quelques mois plus tôt par la direction du club…

Cette perte est vécue comme une trahison pour de nombreux supporters qui ne se reconnaissent plus dans le nouveau visage du club. Quelques-uns sont d’ailleurs présents chaussée de Tongres pour assister aux premiers coups de masse, la larme à l’œil. D’autres n’y sont jamais plus revenus.

«Vous savez, je n’ai jamais mis les pieds au Kinépolis, parce que je suis toujours fâché quand je repense que pour construire ce magnifique complexe cinématographique, on a détruit le mythique stade vélodrome de Rocourt», témoignait récemment notre collègue Philippe Leruth, auteur du livre officiel commémorant le centenaire du Football Club Liégeois.

 

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Il était assez difficile de comprendre comment en un an ce stade s’était dégradé à un point tel.

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RFC Liège: il y a 20 ans, plus que son stade, c’est une part de son identité que le club perdait
Le stade peu avant sa démolition. BELGA
Grand supporter des «Sang et Marine», Il détaillait face à Jordan Lapraille, Louis Matagne et Romain Tricot les circonstances nébuleuses de la vente du stade: «C’était la maison du Football Club Liégeois et il en a été privé au début des années 90 par ce que j’ai qualifié un jour de “hold-up légal”. À savoir que le propriétaire du club à l’époque a scindé le club en deux sociétés anonymes: l’une, le Stade du Football Club Liégeois, dont le patrimoine était le stade de Rocourt et son patrimoine; l’autre, le Football Club Liégeois, dont le patrimoine était constitué par les joueurs du club. Le président du club est démissionnaire, il faut le rappeler, il dit qu’il recherche à cette époque un repreneur. L’affaire se joue alors en deux temps. D’abord, un premier arrêté communal interdit les matches en nocturnes à Rocourt. On dit qu’un des pylônes du stade menace de s’écrouler. Et puis quand le club décide de poursuivre et de jouer le dimanche après-midi, un deuxième arrêté communal proscrit la pratique du football au stade de Rocourt en prétextant le fait que le toit de la tribune debout menace de s’effondrer sur les spectateurs. Et c’est alors que le Football Club Liégeois devient le premier club sans stade fixe de l’histoire du football belge. […] Un an et trois mois avant ces arrêtés, le Football Club Brugeois qui était frappé d’une sanction européenne et devait jouer un match de coupe d’Europe à 200 kilomètres au moins de Bruges avait joué à Rocourt et le stade était parfaitement conforme non seulement à la sécurité mais aux normes UEFA de l’époque. Donc il était assez difficile de comprendre comment en un an ce stade s’était dégradé à un point tel et j’ai quand même bien dû constater que quand on a détruit la tribune du stade de Rocourt pour y construire ce Kinépolis, il n’a pas suffi de souffler sur le toit du stade pour qu’il s’effondre.»

Bourgmestre de Liège à cette époque, Jean-Maurice Dehousse confirme: «L’équipe de Monsieur Marchandise était une équipe qui avait décidé de renoncer. J’ai senti ça et d’ailleurs ils ne le dissimulaient pas. […] C’est une litote de dire qu’André Marchandise n’a pas voulu sauver le club. Il voulait se tirer et il cherchait à vendre le stade au plus offrant…»

Un nouveau stade pour sortir du brouillard

RFC Liège: il y a 20 ans, plus que son stade, c’est une part de son identité que le club perdait
Le club a désormais retrouvé «son» stade à Rocourt. De quoi lui permettre de sortir du brouillard sportif dans lequel il navigue depuis 20 ans? BELGAIMAGE
Vingt ans plus tard, et après deux décennies d’errance, le Football Club Liégeois est de retour à Rocourt. Plus à la chaussée de Tongres évidemment, où le Kinépolis fait encore aujourd’hui figure de coup de poignard au cœur de nombreux supporters. Mais ce retour à Rocourt augure, pour de nombreux d’entre eux, une belle et longue nouvelle page dans le livre de l’histoire du club.

«Avec le nouveau stade, c’est le club qui revit», reprend notre supporter numéro un, Michel. «Mais il faut absolument que la commune soutienne le club comme elle l’a fait ces dernières années pour le Standard. Et quand nous serons de retour en D1, on pourra montrer à nouveau lequel est le vrai club de Liège…»

 

 

Images d’archive: www.sonuma.be

 

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