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T-IL, TripAdvisor bruxellois qui vous épargne les «attrape-touristes»

Loïc Jaillat a lancé T-IL en rentrant de Berlin: «Les guides et autres app généralistes me proposaient sans cesse des endroits où écouter de la techno alors que je déteste ça», raconte le jeune Lillois installé à Bruxelles. EdA - Julien RENSONNET

Être guidé dans ses voyages en dehors des sentiers battus. Manger, dormir, se promener, acheter comme des locaux qui partagent nos goûts. Ce fantasme, l’app bruxelloise T-IL pourrait le concrétiser. Loin des foutoirs à avis que sont TripAdvisor et Yelp. Ou des guides touristiques «papiers» identiques pour tout le monde.

 

 

On ne questionne pas sa voisine de palier pour acheter une nouvelle voiture. Ni sa coiffeuse ardennaise pour trouver une chouette terrasse à Bruxelles. Ni son voisin de banquette, dans le bus, pour dénicher l’école de son enfant. Ni encore son coach de foot pour contracter un emprunt hypothécaire idéal. À moins qu’ils soient tous des pros dans ces domaines respectifs. C’est l’évidence.

Pourtant, avec TripAdvisor, on s’en remet au monde entier pour dessiner son prochain city-trip, son séjour détente dans les îles ou son escapade sportive en montagne. Si on décolle pour Berlin, on fait ainsi confiance au dernier peï parti avant nous pour déminer le terrain. Mais les goûts gastronomiques de Josiane, 57 ans, de Bovée-sur-Barboure dans la Meuse en France, vont plutôt vers la «kartoffelsalat», «schnitzel» et «gewurztraminer» alors que vous êtes végétarien et bières artisanales. Rayon musique: Ryan, 17 ans, d’Altrincham à Manchester, Angleterre, met 5 étoiles à ces clubs dubstep où personne n’a jamais entendu parler des groupes rock dont vous vénérez chaque vinyle.

C’est exactement ce constat qui a poussé Loïc Jaillat à lancer T-IL. «Je déteste la techno. J’étais en voyage à Berlin avec ma copine et je me suis rendu compte que tous les conseils sur internet orientaient vers les clubs ou les bars qui passent de la musique électronique. Moi, je suis fan de punk. J’aurais voulu que les locaux partagent leurs secrets avec moi».

Martine, 65 ans, fan de Scrabble

En rentrant, ce Lillois installé à Bruxelles se penche sur le problème. «Aujourd’hui, quelle source a-t-on pour préparer un voyage? Les classiques d’un côté, offices de tourisme et guides, et le web de l’autre, TripAdvisor et Yelp en tête». Le problème de tous ces supports selon le Français de Molenbeek? «Ils proposent tous les lieux à tout le monde, sans distinction. Ainsi, Martine, 65 ans, fan de Scrabble, et Louis, 22 ans, fan de skateboard, qui n’ont ni les mêmes goûts, ni le même budget, reçoivent les mêmes conseils. Alors que le seul critère qui les rassemble, c’est leur ville de destination».

D’où l’idée de peaufiner une application de conseils touristiques basée sur le profil des utilisateurs. «T-IL, pour “the places I love”, met en relation les touristes et les locaux, non pas pour les réunir autour d’une même table, mais pour calibrer les conseils selon les goûts personnels». L’app, qui tourne uniquement sur mobile, postule que chacun peut être spécialiste à son échelle.

Ni Routard, ni office du tourisme

Mais comment «écrire» ce guide touristique sur mesure pour toutes les villes du monde? C’est là qu’intervient la magie du web 2.0: T-IL grossira avec la collaboration des utilisateurs, exactement comme Wikipédia. À l’inscription, chaque nouveau membre doit répondre à 10 questions qui affinent son profil, genre «questionnaire de Proust»: goûts culinaires, culturels, musicaux, sportifs... «On y précise aussi ses vacances préférées: plutôt 4 étoiles ou camping», glisse le fondateur, installé dans l’incubateur d’entreprises collaboratif MolenGeek.

Ensuite, on peut entrer ses lieux préférés dans sa ville. On commence par 10, sans restriction: il peut s’agir de musées, de magasins, de bars, de restos ou de lieux publics, voire d’ateliers en intérieur d’îlot, de guinguettes au parc, de salons de tatouage ou de hangars tagués. «Fan de street-art, j’ai par exemple entré des fresques», confie Loïc.

Plutôt qu’un «Guide du Routard» identique pour tous, T-IL vous parachute donc dans une ville décrite par ses locaux et qui se donne à voir selon vos goûts. «À Bruxelles, vous échapperez donc au Manneken Pis et au Delirium», parie Loïc. Le web-designer refuse de voir T-IL se transformer en «office du tourisme où des gens sont payés par d’autres pour les mettre en valeur: chez nous, c’est le pouvoir au peuple».


 

5 trucs à savoir sur T-IL


+ T-IL n’est pas une app de rencontre et ne vous oblige pas à entrer en contact avec les locaux qui partagent vos goûts dans la ville que vous visitez. «Le contact sera possible», précise son créateur, «mais il sera bloquable».

+ T-IL est gratuite. La monétisation de l’application se fera via l’adhésion des commerçants, par abonnement. «Tant que le lieu n’est pas “client”, il ne peut pas modifier sa page», détaille Loïc Jaillat, qui aimerait donner une plateforme de visibilité aux petites boutiques oubliées des guides grand public. «Mais une fois que le lieu paye, il peut se créer une fiche plus “sexy”. Il pourra aussi créer des promos pour attirer les visiteurs, par exemple en offrant des petits cadeaux, des verres gratuits ou des expériences exclusives». C’est un peu le concept du bon d’achat, pour mettre en valeur un magasin qui sera renseigné dans une liste après une recherche.

+ Le profil-type de l’utilisateur de T-IL, d’après son créateur, «c’est la génération Y. Des jeunes qui sont aux études ou en début de carrière, qui n’ont pas un budget infini pour voyager et ne veulent pas perdre leur temps dans les attrape-touristes».

+ Des tours thématiques seront paramétrables. «L’idée est de créer des accords avec des acteurs culturels, des organismes touristiques, des événements, pour composer des promenades géolocalisées sur-mesure», s’étend le concepteur. «Par exemple, on peut imaginer un guide des bars à bière pour les participants d’un congrès. Ou une balade street-art avec un musée ou un festival».

+ Lancée en même temps à Bruxelles et au Mexique, T-IL est surtout présent dans ces deux zones. Toujours en version beta, l’app recense «300 à 400 lieux» dans notre capitale. Les autres villes présentes pour l’instant sont Paris, Lille et, dans une moindre mesure, Londres et les USA. Un millier d’utilisateurs sont logués.

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