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L’Ermitage veut éclairer de sa Lanterne la scène de la microbrasserie bruxelloise: «Le Belge doit lâcher sa Leffe»

L’Ermitage veut éclairer de sa Lanterne la scène de la microbrasserie bruxelloise: «Le Belge doit lâcher sa Leffe»

François et Nacim devraient se partager un salaire lorsque la brasserie ouvrira en mai. Leur comparse Hanri gardera son job. EdA - Julien RENSONNET

Bruxelles comptera une nouvelle brasserie en mai. La nanobrasserie de l’Ermitage s’installe en effet dans le quartier midi. François, Nacim et Henri y prévoient aussi un espace d’échange et de dégustation. 3 nouvelles bières y rejoindront la Lanterne. On boit une petite avec eux dans leurs nouveaux murs.

Le chemin brassicole bruxellois s’éclairera dès mai d’un nouveau havre: au printemps, la brasserie de l’Ermitage y aura inauguré ses cuves. Alors qu’ils cherchaient un lieu depuis 10 mois, la roue de la fortune a en effet tourné pour François, Nacim et Henri. Ils ont déniché «par hasard» un vaste espace à deux pas des confrères de Cantillon, rue Lambert Crikx, dans le quartier du Midi.

La Lanterne, pale ale amère et très herbacée, y recevra trois petites sœurs. Après un passage sous un porche, on les sirotera en intérieur d’îlot, dans un bar conçu comme un espace de rencontre, d’expo, de concerts. Et pourquoi pas, en tapant un peu la carte? Le trio d’ermites compte d’ailleurs sur le public pour aménager le lieu et lance ce lundi 27 février un crowdfunding.

Malgré la réputation mondiale de notre «capitale de la bière», on n’y compte encore les brasseries que sur les doigts d’une main. Mais L’Ermitage veut pousser un peu plus loin la «révolution brassicole» bruxelloise, lancée dans la course avec Londres, Barcelone, Montréal ou Rome, voire Paris.

On retrouve François et Nacim dans leur nouvel espace, aux briques postindustrielles attendant la peinture. Les gaillards font preuve de tempérance: ils ne se voient pas encore comme les papes du houblon. Pas question cependant de jouer les bateleurs: le plan financier a été calculé, les recettes éprouvées et les premiers hectolitres écoulés. On comprend que la nanobrasserie ne se contente plus de lire les cartes, mais qu’elle compte bien prendre son destin en main et faire bouillonner ses idées.

L’Ermitage veut éclairer de sa Lanterne la scène de la microbrasserie bruxelloise: «Le Belge doit lâcher sa Leffe»
Dans le vaste espace industriel du quartier du Midi, L’Ermitage va installer ses cuves, mais aussi un petit magasin et une «tap room» où concerts et expos pourront rassembler les fans de bière. EdA - Julien RENSONNET

 

 

«On aura 4 bières pour le lancement»

L’Ermitage veut éclairer de sa Lanterne la scène de la microbrasserie bruxelloise: «Le Belge doit lâcher sa Leffe»
La Lanterne, première création de L’Ermitage: très herbacée, légère, sans épice. EdA - Julien RENSONNET
D’où vient ce nom, L’Ermitage?

C’est assez simpliste: on a commencé à brasser dans nos casseroles, rue de l’Ermitage à Ixelles. De là, on s’est passionné pour les symboles du tarot de Marseille et ses cartes divinatoires. On a basé toute notre iconographie sur ce thème: l’ermite est en effet une carte du tarot et la lanterne est son symbole. Des street-artists viendront scénographier la brasserie sur cette base. Nos prochaines étiquettes en seront aussi inspirées.

Justement: vous avez d’autres cartes dans votre jeu que la Lanterne, déjà commercialisée?

Pour le lancement, on aura 4 bières. La Lanterne donc. Mais aussi un stout léger bien houblonné et une bière thé vert - jasmin. Enfin, on brassera deux versions d’une bière de froment, tendance blanche: une très houblonnée, l’autre avec des zestes de pamplemousse. Au cours de l’année, on lancera des collaborations.

La nanobrasserie de l’Ermitage sera plus qu’un lieu de brassage?

Dans l’esprit de la «révolution brassicole» qui explose partout en Europe, on ne se contentera pas de brasser, d’embouteiller et d’envoyer sur le marché. L’idée, c’est de créer un espace de rencontre, un point de contact. L’espace «bar» ouvrira 2 fois par semaine mais en journée, pas comme un café. Les amateurs pourront passer n’importe quand, sans rendez-vous, pour visiter la brasserie. Enfin, un petit magasin donnera sur la rue.

D’où cette localisation?

On cherchait un endroit accessible à pied, pas un hangar loin de tout. On a hésité à s’installer en périphérie, mais on voulait vraiment être au centre. C’était pas facile car il faut quand même de l’espace.

Ça ressemble au concept du Brussels Beer Project, à Dansaert...

Ils nous ont d’ailleurs donné leurs conseils. Comme nos voisins de Cantillon, avec qui on pourra organiser des événements. Mais d’autres brasseries nous influencent: Mont-Salève en France, Brew By Numbers, Anspach & Hobday avec qui on va collaborer ce printemps, Kernel ou Beavertown à Londres. Et puis bien sûr la Brasserie de la Senne chez nous. C’est avec leur Zinnebir qu’on a découvert l’amertume dans la bière, les nez de houblon et la possibilité de boire une blonde très goûteuse sans embarquer trop d’alcool.

L’Ermitage veut éclairer de sa Lanterne la scène de la microbrasserie bruxelloise: «Le Belge doit lâcher sa Leffe»
La Lanterne devrait être brassée à 50 hectos dès mai. Elle recevra aussi des petites sœurs dans son nouveau domicile anderlechtois. EdA - Julien RENSONNET
C’est aussi une bonne description de Lanterne, votre première bière...

On cherchait une bière blonde, facile à boire et aromatique. Et sans épice. Une bière de soif, pour picoler au comptoir sans être bourré, donc légère en alcool. On insiste vraiment sur cette caractéristique car en Belgique, tu as très peu de choix pour boire léger, à part les bières d’export qui coûtent forcément plus cher.

Jusqu’ici, elle est brassée à Bastogne...

Après avoir testé la recette dans notre cuisine, il nous fallait de plus gros volumes. On a un peu hésité, à cause de la polémique des bières à façon, mais on voulait montrer aux banques qu’on avait déjà un produit qui se vend et un réseau de distribution. On a donc cherché un brasseur qui partage nos idées. Bastogne, c’est une excellente brasserie et on ne veut pas cacher cette collaboration, qui nous offre aussi une crédibilité directe.

La Lanterne se vend bien?

On écoule 20 hectos par mois juste sur Bruxelles. Et on est en rupture de stock. Il faut qu’on grimpe à 50 hectos pour satisfaire la demande. C’est la preuve que le public peut aussi être demandeur et consommer local. Avec ce volume, on pourra se partager un salaire à deux.

L’Ermitage veut éclairer de sa Lanterne la scène de la microbrasserie bruxelloise: «Le Belge doit lâcher sa Leffe»
Tout le visuel de la brasserie de L’Ermitage est basé sur l’iconographie du tarot de Marseille. Il est créé par le graphiste bruxellois Krümp. EdA - Julien RENSONNET

 

«Les bars qui servent du 100% artisanal sont trop rares»

L’Ermitage veut éclairer de sa Lanterne la scène de la microbrasserie bruxelloise: «Le Belge doit lâcher sa Leffe»
Nacim et François estiment qu’il y a encore de la place à Bruxelles pour des microbrasseries. EdA - Julien RENSONNET
Il y a encore de la place à Bruxelles pour une microbrasserie?

Il y en a même beaucoup! Plus on sera nombreux, plus le public répondra, plus la sélection se fera. Cette question de la place, c’est plutôt celle de savoir si le consommateur est prêt, s’ils sont «chauds» de suivre cette nouvelle façon de concevoir la bière. Ils doivent lâcher leur Leffe pour découvrir un peu ce qui se brasse près de chez eux, dans le quartier.

La bière belge n’est pas si bonne qu’elle le pense?

On dit ça tout le temps, que c’est la meilleure bière du monde, on tape sur le clou sans arrêt avec nos fausses bières d’abbaye. Mais le Belge devrait savoir qu’il y a d’autres choses qui se font. Qu’il y a des milliards de styles. Et qu’il ne faut pas s’arrêter à nos blondes fortes ou à nos trappistes.

Bruxelles peut-elle revendiquer ce statut de «capitale»?

En tout cas, Londres compte plus de 100 brasseries et Barcelone plusieurs dizaines. À Bruxelles, on les compte sur les doigts de la main. Et puis, le touriste brassicole qui arrive, il risque quand même d’être un peu déçu parce que les bars qui servent des productions 100% artisanales sont réellement très rares. Il y a le Moeder Lambic, la Dynamo à Saint-Gilles, la Contrebande à Ixelles et le Barboteur à Schaerbeek. Et puis quoi?