BINCHE

Comment devenir gille de Binche et le rester

Comment devenir gille de Binche et le rester

Un gille portant le masque traditionnel. Le port n'est autorisé que le mardi matin. Victoria Dessart - BELGA

Le carnaval de Binche a beau être universellement connu, reconnu par l'Unesco et attirer des touristes du monde entier, il n'en reste pas moins une fête locale, réservée à sa population. Devenir gille est un privilège et pour le rester, ça se mérite. Explications.

Si le carnaval est une grande fête, il est également très codifié. D'autant que depuis 2003, la Cité du Gille s'enorgueillit du label patrimoine immatériel de l'humanité, attribué par l'UNESCO. Plus que jamais il y a un rang à tenir, des règles à respecter.

Pour cela, il existe une Association de Défense du Folklore: l'ADF. Elle regroupe les représentants des différentes sociétés de Gilles et de fantaisie de Binche-Centre (13 sociétés en tout). Elle a été créée en 1976 pour structurer le carnaval et fédérer les sociétés qui pouvaient avoir tendance à se chamailler. 

Aujourd'hui l'ADF se pose en gardien du temple. Son rôle est d'organiser le carnaval et d'en édicter les règles. C'est elle qui détermine qui peut faire le gille et comment il doit se comporter. Voici les règles principales pour devenir gille et le rester. Plus une règle non-écrite mais qui s'impose dans la pratique.

1. Etre un homme, Belge et Binchois

Comme l'indique l'article 9 des statuts de l'ADF, pour revêtir le costume de gille, il faut

1) Etre de sexe masculin.

2) Etre de nationalité belge

3) Etre Binchois. Soit Binchois de souche, c’est-à-dire être né à Binche ou y être domicilié depuis sa naissance. On peut aussi: avoir un parent ou un grand-parent ayant été domicilié à Binche plus de 10 ans. Ou bien encore être fils ou petit-fils de gille ayant participé au carnaval de Binche au moins 5 années.

Si la "Binchitude" n'a pas été transmise par le sang, on peut passer par la case adoption, c’est à dire : être domicilié à Binche depuis 5 ans au moins, le jour du mardi gras.

2. Etre "pur"

Pour participer au carnaval de Binche, Il ne faut avoir, après sa majorité, jamais participé à un autre carnaval en tant que gille, paysan ou autre dans les 10 dernières années. Si vous avez eu la faiblesse d'être gille, au hasard, à La Louvière, ce sera une décennie de purgatoire avant de goûter au plaisir de claquer les sabots sur le pavé binchois.

3. Avoir des amis

Remplir les conditions ci-dessus et avoir envie de participer à la fête ne suffit pas. Il faut aussi être parrainé par 2 gilles de sa future société qui ont au moins 5 années de gille et qui ont la confiance des représentants de leur société. Primo-arrivant binchois, un conseil: allez au café avant d'envisager de devenir gille, histoire de vous sociabiliser. 

Le Binchois de souche expatrié doit aussi soigner ses relations et maintenir le contact avec sa cité d'origine, puisque comme précise l'article 12, "tout membre effectif n’ayant pas de domicile à Binche devra obligatoirement y trouver une maison d’accueil afin de s’habiller et se bourrer le matin ; dîner ;  se déshabiller et se débourrer le soir".

4. Ne pas être (trop) saoul

Ca y est, vous avez rempli les conditions susmentionnées, vous êtes prêt à vivre de l'intérieur ces 3 jours hors du commun dont vos camarades gilles vous rabâchent les oreilles 362 jours sur 365. Mais attention à ne pas céder à l'euphorie et d'oublier les règles fondamentales de comportement.

Car comme l'indique l'article 11, "le Gille est tenu de se comporter correctement, en respectant scrupuleusement la danse et sa tenue, en proscrivant tout abus (boissons ou autres) afin de respecter les traditions". Au carnaval, on démarre au vin mousseux aux aurores. Pour être un bon gille, il faut aussi bien connaître ses limites...

5. Bien présenter

Le jour sacré du mardi gras, pas question de se la jouer gille bohème: oubliez la barbe mal rasée les cheveux mal ajustés ou un quelconque ajout au costume: "les cheveux ne dépasseront pas de la barrette, les gants seront interdits et seule la moustache sera tolérée. Pour se bourrer, il n’utilisera que de la paille".

Le gille ne peut porter son masque traditionnel que le mardi-gras matin. "Il devra obligatoirement être enlevé lors d’un arrêt de la société et non laissé sur le front".

6. En tambour, à Binche uniquement

En bon roi du carnaval, le gille ne se déplace jamais sans sa suite, à savoir un tamboureur. Si vous croisez un gille sans entendre un roulement de tambour à côté, il y a comme un problème. Enfin, c'est rappelé un certain nombre de fois dans les statuts de l'ADF et sur la page d'accueil du site (très vintage) de l'association, un gille de Binche ne se déplace JAMAIS hors de sa ville. Si vous en voyez à une quelconque fête du folklore, ce n'est pas un gille de Binche, mais un "ersatz" d'une commune alentour.

7. Compter sur sa femme

Si c'est l'homme qui défile et se pavane aux yeux du monde entier sur l'Avenue Charles Deliège, le gille n'est rien sans la gent féminine, incarnée par sa femme, sa soeur, sa maman, sa fille...C'est sur elle qu'il compte pour l'habiller, le bourrer de paille, préparer le comité d'accueil au domicile durant le ramassage...C'est encore elle qui le suit durant le cortège, réajuste son apertintaille (ceinture de grelots)...C'est elle également qui court mettre le chapeau de plumes à l'abri s'il commence à pleuvoir...

Si rien n'interdit formellement à un célibataire endurci ou à un gros macho non reconnaissant de participer, pratiquement, c'est compliqué. Chaque gille vous le dira: sans une femme aimante et dévouée, le gille n'est rien. Et toutes les femmes de gilles vous le diront: pendant 3 jours, leur homme redevient un gamin incapable de se débrouiller seul. C'est qui finalement la vraie star du carnaval? 

Retrouvez ici la carte des principaux carnavals de Wallonie. Même si pour les Binchois, il n'y en a qu'un seul.