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Qu’est-ce que le VX, cette arme chimique interdite et fatale à Kim Jong-Nam?

Qu’est-ce que le VX, cette arme chimique interdite et fatale à Kim Jong-Nam?

Devant l’ambassade nord coréenne à Kuala Lumpur AFP

La police malaisienne a mis un nom sur l’agent neurotoxique utilisé pour assassiner le demi-frère du dirigeant Nord Coréen Kim Jong-un: le VX, cousin plus meurtrier encore que le gaz sarin.

Les commanditaires de l’assassinat de Kim Jong-Nam n’ont pas laissé de place au hasard, ressort-il des premières analyses de la dépouille du demi-frère de Kim Jong-un. Pour le tuer, ils auraient utilisé le VX, un agent neurotoxique classé comme arme de destruction massive par les Nations unies. Un centième de gramme de cette substance sur la peau suffit à tuer un adulte, en s’attaquant à son système nerveux et musculaire.

Des images de vidéosurveillance de l’attaque perpétrée à l’aéroport de Kuala Lumpur montrent que Kim Jong-Nam avait été approché par deux femmes qui lui ont apparemment projeté quelque chose au visage. Kim Jong-Nam s’est écroulé quelques instants après et est décédé sur le chemin de l’hôpital.

Invisible meurtrier

Qu’est-ce que le VX, cette arme chimique interdite et fatale à Kim Jong-Nam?
Formule du gaz VX, également C11H26NO2PS Wikipedia

Le VX est né en 1952 dans un centre de recherche britannique. C’est un gaz dix fois plus toxique que le gaz Sarin. Par contact cutané ou par inhalation, il suffit d’un rien de cette substance nodore et incolore pour tuer un homme en quelques minutes. Le VX peut également être utilisé pour contaminer l’air et l’eau. Il provoque écoulements du nez, larmes, salivation excessive et transpiration accrue.

Après la contamination, un tissu porte le VX pendant une demi-heure avant qu’il s’évapore. L’assaillante de Kim Jong-Nam avait l’air au courant de ce fait, car elles ont fui les mains en avant vers les toilettes pour se débarrasser de la substance au plus vite. L’une aurait été prise de vomissements après les faits.

Le gaz VX est listé comme une arme de destruction massive depuis 1993 par la Convention internationale sur l’interdiction des armes chimiques (ONU). Cette dernière impose aux pays membres de déclarer leurs stocks de VX et les détruire progressivement.

Pourquoi ce VX désigne la Corée du Nord

Cette substance, dont des traces ont été décelées sur les yeux et le visage de la victime, n’est pas du genre des cocktails toxiques que l’on pourrait confectionner chez soi. Le VX est très difficile à produire. L’implication d’un État est donc fortement suggérée.

La Corée du Nord, soupçonnée depuis le début, a déjà fabriqué du VX par le passé. De même, le pays communiste empruntait des voies de contrebande pour faire sortir cette arme chimique de son territoire. Rohan Gunaratna, directeur du Centre international de recherche sur le terrorisme et les violences politiques, explique que la Corée du Nord utilisait les valises diplomatiques «pour faire passer en contrebande des matières qui seraient soumises à des contrôles si elles transitaient par les canaux habituels».

Depuis le début de cette affaire digne d’un roman d’espionnage, la Corée du Sud pointe du doigt son voisin du Nord, citant un «ordre permanent» du dirigeant Kim Jong-Un pour éliminer son demi-frère Kim Jong-Nam, un critique du régime le plus fermé au monde.

Tensions diplomatiques autour de l’enquête

Dans un bref communiqué publié vendredi, le chef de la police malaisienne Khalid Abu Bakar ajoute que des équipes médico-légales continuent d’analyser «d’autres échantillons» dans le cadre de l’autopsie.

Trois suspects sont en détention provisoire: les deux femmes, une Vietnamienne et une Indonésienne, ainsi qu’un Nord-Coréen. La police soupçonne également quatre Nord-Coréens ayant fui la Malaisie le jour du crime pour regagner Pyongyang, et elle souhaite en interroger trois autres, parmi lesquels un diplomate à Kuala Lumpur.

La police a reconnu qu’elle ne pourrait pas interroger le diplomate s’il ne se présentait pas de lui-même, en raison de son immunité diplomatique.

Jeudi, la Corée du Nord a rompu le silence depuis l’assassinat en tirant à boulets rouges sur la Malaisie. L’agence de presse officielle KCNA a accusé Kuala Lumpur d’être responsable du décès et de comploter avec la Corée du Sud, ennemi juré du Nord.

KCNA a aussi critiqué la Malaisie pour ne pas avoir remis le corps à la partie nord-coréenne, «sous le prétexte absurde» qu’une comparaison des ADN avec une personne de la famille du défunt était nécessaire.

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