SCIENCES

«Dans 10 ans, on pourra dire s’il y a de la vie sur ces planètes»

«Dans 10 ans, on pourra dire s’il y a de la vie sur ces planètes»

Voici une projection de ce qui pourrait se trouver à la surface de la 6e exoplanète appelée Trapist – 1 f. Les scientifiques quant à eux n’auront pas une vision si claire de la surface de cette exoplanète mais ils étudieront les composantes de son atmosphère. Reporters/SWNS

L’astrophysicienne Valérie Van Grootel fait partie de l’équipe de scientifiques de l’ULg qui a découvert les sept exoplanètes. Cette verviétoise étudie plus précisément l’étoile qui permet à ces sept terres d’avoir une atmosphère habitable. Interview

Valérie Van Grootel, vous êtes astrophysicienne à l’ULg. Votre équipe et vous-même avez découvert les sept exoplanètes TRAPPIST1. Comment vos recherches se déroulent-elles concrètement?

Nos télescopes se trouvent au Chili et au Maroc mais presque toute l’équipe se trouve à Liège. Nous pouvons contrôler les télescopes depuis nos ordinateurs. De temps en temps, nous nous déplaçons dans ces pays s’il y a des ajustements à faire sur le matériel mais au quotidien, on est ici, à l’Université de Liège.

En quoi cette découverte est-elle exceptionnelle?

C’est la toute première fois dans l’histoire de l’humanité que l’on va pouvoir étudier l’atmosphère d’exoplanètes (NDLR: en dehors de notre système solaire) semblables à la Terre qui sont dans la zone habitable de leur étoile. Jusque-là, on connaissait des terres dans des zones habitables mais leur étoile était tellement faible et leur signal tellement petit qu’on ne pouvait pas étudier leur atmosphère. Avec TRAPPIST1, au contraire, l’étoile est toute petite et le ratio est favorable. On peut donc savoir s’il y a de l’eau, du carbone et de l’oxygène dans leur atmosphère et dire dans 10 ans, s’il y a de la vie sur ces planètes-là ou pas.

 

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Dans 10 ans, on pourra dire s’il y a de la vie sur ces planètes

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La surface de ces planètes ressemble-t-elle à la Terre?

C’est justement cela que l’on va étudier. Quand on dit «habitable», cela signifie qu’elles ne sont ni trop loin, ni trop proches de leur étoile pour que l’eau liquide puisse exister en surface. C’est une condition nécessaire pour qu’il y ait de la vie mais pas suffisante. Donc c’est là que tout notre travail commence en étudiant l’atmosphère de ces planètes.

Est-ce possible que l’on se retrouve face à un scénario de sciences-fictions avec des extraterrestres?

On ne pourra pas le dire puisqu’on n’étudie que les composantes de l’atmosphère. On pourra dire s’il y a une vie similaire à la nôtre, c’est-à-dire basée sur le carbone, l’eau et l’oxygène. C’est difficile pour la vie de s’épanouir dans d’autres conditions. On pourra donc dire s’il est possible qu’il y ait de la vie mais pas à quoi elle ressemble. Cette vie est-elle évoluée, intelligente, animale? Tout ça, on ne le saura pas, c’est de la science-fiction.

 

 

De Verviers à TRAPPIST1

 

«Dans 10 ans, on pourra dire s’il y a de la vie sur ces planètes»
À 35 ans, Valérie Van Grootel a étudié les étoiles depuis les quatre coins de notre Terre avant de se poser à Liège. -
Valérie Van Grootel est verviétoise. Passionnée d’astronomie depuis son plus jeune âge, elle a tout mis en œuvre pour faire de cette passion un métier. Si elle n’étudie pas les exoplanètes en particulier, elle en étudie les étoiles en tant que physicienne stellaire. «Mon rôle est de modéliser l’étoile haute de ces exoplanètes avec une méthode toute particulière qui a permis de faire cette grande découverte. En fait, on ne mesure pas directement le rayon de l’exoplanète mais le rapport entre le rayon de l’exoplanète et le rayon de l’étoile. Et donc, il faut connaître les caractéristiques de l’étoile pour connaître les caractéristiques des exoplanètes.»

Avant de se poser à Liège, Valérie Van Grootel a étudié les étoiles depuis les quatre coins de notre Terre. Mais c’est à Spa, à l’âge de 10 ans que sa passion s’est concrétisée. « J’allais au groupe d’astronomie de Spa, un groupe fondé par Emmanuel Jehin qui était alors adolescent (NDLR: astronome qui codirige l’équipe liégeoise). Comme j’aimais beaucoup les maths et la physique à l’école, j’ai décidé de faire des études dans ce domaine en vue de devenir un jour astrophysicienne.» Elle étudie à Toulouse puis au Canada, passe son doctorat puis un post-doctorat pour ensuite devenir chercheuse au FNRS. À 35 ans, elle a aujourd’hui un poste permanent à Liège. «Je suis née à Verviers mais je suis partie quasi 10 ans à l’étranger. Et finalement, c’est à Liège que j’ai trouvé une place. Je suis très chanceuse.»