MOBILITÉ

Comment le cycliste se sent-il quand il est en selle? 7.000 Belges répondent

Comment le cycliste se sent-il quand il est en selle? 7.000 Belges répondent

Le manque d’infrastructures, comme ici sur la dangereuse avenue Franklin Roosevelt à Bruxelles, est le facteur qui empêche le plus le Belge de se mettre en selle: 90% des non-cyclistes le prennent comme excuse. EdA - Julien RENSONNET

INFOGRAPHIES | Comment le cycliste se sent-il quand il pédale? Est-il en sécurité? Respire-t-il les gaz d’échappement? Peut-il aller facilement au travail à vélo? Et si le citoyen ne pédale pas: pourquoi? Gracq et Fietsersbond veulent aller au-delà des statistiques sur le nombre de cyclistes. Et interrogent leur ressenti. Pour impulser des changements politiques.

Comment se sent-on en selle? Et quand on n’y grimpe pas, pourquoi? Gracq et Fietsersbond estiment ce feeling important, «parce qu’on a beau avoir tous les chiffres et toutes les enquêtes du monde, c’est le ressenti qui va faire qu’on pédale ou pas», assure Aurélie Willems, Secrétaire générale du Gracq.

Pour objectiver l’état d’âme du cycliste belge, les associations cyclistes ont donc profité de la mi-mandat pour lancer leur enquête à tous les étages. En ressort un baromètre qui prend la température auprès de 6910 Belges, dont 8% ne pédalent «jamais» et 5% ne s’y risquent qu’une fois par mois.

Le thermomètre cycliste du Gracq et du Fietsersbond

Ce qu’en retiennent les associations cyclistes

Au niveau fédéral, Gracq et Fietsersbond estiment que le plus gros du travail doit être accompli au niveau de la fiscalité. «L’avantage fiscal aux voitures de société doit être supprimé», disent-elles, suggérant de rendre «obligatoire» l’indemnisation du trajet vélo domicile-travail. Elles suggèrent aussi une «réforme complète» du code de la route.

Au niveau bruxellois, c’est la pression automobile qui est dans le viseur des associations cyclistes. «Pour plus de sécurité et améliorer la qualité de l’air», disent Gracq et Fietsersbond. Taxation revue, espace public mieux partagé et pistes cyclables séparées sont aussi de leurs priorités.

Au niveau wallon enfin, les pro-deux roues exigent un développement de l’infrastructure cycliste sur les routes régionales. Il faut aussi appliquer davantage le code en faveur des cyclistes et multiplier les parkings vélos.

+ LIRE AILLEURS | Les résultats complets du thermomètre cycliste et les recommandations du Gracq et du Fietsersbond pour chaque axe du questionnaire sont consultables en lignes

Ils l’ont dit

Un petit panel d’experts politiques était présent ce mardi pour la publication des résultats du thermomètre cycliste. Voici quelques pistes qu’ils se sont engagés à suivre.

Pascal Smet, Ministre bruxellois de la Mobilité (sp.a): «Outre les infrastructures, je pense que le défi du vélo à Bruxelles est celui des mentalités. Mais la complexité réside aussi dans le nœud institutionnel: il n’est pas facile d’imprimer un changement quand communes et région ne pédalent pas dans le même sens. C’est pourquoi on a besoin que les mouvements cyclistes fassent contrepoids au lobby automobile, qui sera toujours là et disposera toujours de moyens financiers importants».

Bianca Debaets, secrétaire d’État bruxelloise à la sécurité routière (CD&V): «Les zones de polices doivent multiplier les contrôles via Lidar pour diminuer la vitesse des autos. On va aussi intégrer dans le permis théorique un test de la perception des risques basé sur un contexte urbain car l’automobiliste croit trop souvent qu’il est seul en rue. Je lance aussi un appel aux associations cyclistes pour comparer les résultats de leur enquête sur le ressenti cycliste avec d’autres grandes villes européennes car on est sans doute plus proche d’elles que de la Flandre ou la Wallonie».

Marie-Eve Hannard, du cabinet de Carlo Di Antonio, Ministre wallon de la Mobilité (cdH): «Près de 80 communes wallonnes sont soutenues dans le cadre du plan Wallonie Cyclable. Nous planchons aussi sur un grand plan Wallonie Vélo 2.0 qui doit relier les Ravel, les zones d’activité comme les hôpitaux, les zonings, les gares, et les quartiers habités. Ça peut être fait par de simples traçages au sol. Enfin, comme la distance est un frein, il faut développer l’usage du vélo électrique. Nous avons donc lancé un appel aux vélocystes. 38 ont répondu dans toute la Wallonie: ils pourront acquérir deux vélos à prêter en test».

Frédéric Razée, du cabinet de Maxime Prévot, Ministre wallon des Travaux publics (cdH) : «Il faut désormais que piétons et cyclistes soient pris en compte dans la conception de chaque infrastructure neuve, sur base d’une grille de sécurité qui doit aussi intégrer les tourne-à-droite cyclistes. Nous allons doper l’aménagement cyclable dans les zonings d’activité grâce à des subventions aux communes. Concernant le Ravel, l’objectif est de combler les chaînons manquants, principalement aux frontières. Le long des routes régionales, il convient d’améliorer les infrastructures pour résoudre le manque de sécurité et le sentiment de danger. Enfin, il faut sensibiliser les acteurs locaux. C’est déjà le cas en Brabant wallon et à Namur: il faut encore travailler à Liège, Charleroi et Mons».