Les carnets de Jean Schmitz : Perquisition chez moi (2 février)

Revivez la guerre 14-18 et la vie des Namurois durant l'occupation allemande à travers les yeux du chanoine Jean Schmitz et de ses carnets débutés le 23 août 1914.

Jean Schmitz raconte

C’est à partir de ce 23 août 1914 tragique, date de l’entrée des Allemands à Namur et à Dinant, que commence le carnet du du chanoine Jean Schmitz, secrétaire particulier de l’évêque de Namur Mgr Heylen.

Ce document inédit, qui relatera jour après jour la vie quotidienne des Namurois durant toute l’occupation, sera désormais notre fil conducteur principal pour cette série de longue haleine.

Quant aux journaux namurois, La Province de Namur disparaît, ses bureaux étant incendiés ; L’Ami de l’Ordre subsistera, mais sous contrôle allemand.

Vendredi 2 février 1917

J’ai eu chez moi – rue du Président n°13 – la perquisition que la troupe fait dans toutes les maisons. Deux soldats ont tout visité de la cave au grenier, ouvrant les armoires, faisant jouer la lampe électrique dans les coins et recoins. Finalement ils ont noté la chaudière incorporée à une maçonnerie, dans la buanderie, et qui doit être complètement arrachée et démolie, pour être enlevée.

A l’Ami de l’Ordre du 2 au 3 février, voir la Note de l’Allemagne à l’Amérique, déclarant le blocus de l’Angleterre, de la France et de l’Italie. Sur cette note, la parole la plus rassurante sur la Belgique.

Mgr l’Evêque a obtenu de M. le Gouverneur Militaire une déclaration exemptant l’Evêché et les Couvents cloîtrés de la perquisition des cuivres.

Le 3 février, le Chne Tharsicius est parti pour Bruxelles. Il porte plusieurs dossiers relatifs aux dernières séances d’enlèvement des hommes du Luxembourg et la lettre de Mgr l’Evêque du 29 janvier. On atteint cette fois 2 ambassadeurs en plus, celui de Suisse et celui de l’Argentine.

Nous recevons la nouvelle que Monsieur le Doyen de Givet vient d’être mis en prison. On croit que c’est sous l’inculpation du passage de jeunes gens au front. Cette paroisse n’a donc plus de prêtres. Et les doyennés de Givet et Fumay sont sans titulaire. A été pris avec lui un M. Focquet, de Vireux, probablement sous la même inculpation. M. le Doyen Demanet, de Couvin, en venant à Namur, jeudi 1er l’a rencontré en gare, sous la conduite de soldats, qui l’ont empêché de parler.

Chez les Sœurs de Charité, grave affaire. Il y a quelques temps, la Rde Mère a dû congédier Sœur Léontine, la sœur de M. Claude, curé de Nothomb, à cause de relations trop assidues avec des infirmiers ; elle est allée les surprendre ensemble, à 10 h. du soir ; la Sœur fut mise dans une autre maison. L’affaire est maintenant remise au jour. Le Médecin en chef veut poursuivre la Supérieure, pour espionnage.

Le Chanoine Tharsicius est rentré de Bruxelles, heureux de son voyage. Le Mandement pourra être imprimé et parviendra à temps. J’ai noté ailleurs l’incident. – Chez les Ambassadeurs, les travaux sur les déportations ont été très bien reçus. L’Ambassadeur du Brésil s’est déclaré enchanté de la lettre du 29 janvier. « Mgr de Namur s’est montré bien courageux ! », a déclaré le Consul général de Suisse. Il a caractérisé de bluff le blocus allemand. Désarroi à la Nonciature : Mgr Locatelli, de la Hollande, ne donne aucune nouvelle.

Entre toutes les cruautés passées, celles-ci ne semblent pas les moindres. Reçu la visite du Président du ravitaillement de Houyet : aucune famille n’a reçu, depuis 2 mois, la moindre nouvelle de tous les hommes enlevés à cette séance ! Toutes les démarches auprès du Kreischef de Dinant et des Commandants locaux sont restés sans la moindre suite ! Pour faire plaisir à ces Messieurs, j’ai demandé au Polonais qui loge chez moi où ils sont : « ils sont, m’a-t-il dit le lendemain à Alken-Grabow..

Même chose pour les enlevés de Tavigny : M. l’abbé Nicolas, du Grand Séminaire, dont le frère Evan est forçat à Ohrdruf, est sans la moindre nouvelle de son frère pris à Tavigny !

La famille de M. Cosse, l’employé des ch. de fer de S. Servais condamné à mort, a reçu par la poste la dernière lettre de ce malheureux.

Elle n’a même pas informé Mgr l’Evêque qu’il est fusillé ! Mgr l’Evêque a fait des démarches pour le savoir et n’aboutit pas.

C’est presque chaque jour que l’on enlève des hommes, des femmes à leur famille : on fait toutes les démarches possibles pour savoir ce qu’ils sont devenus et on ne parvient pas à l’apprendre !

M. le Bourgmestre d’Orchimont vient de rentrer de la prison d’Ohrdruf, où il a vu l’abbé Evan Nicolas. Il espère réussir à aller en Suisse.


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