Huy: dans les coulisses du centre culturel

À l’arrière du théâtre, les loges pour accueillir les artistes sont toujours d’origine. Elles datent de 1927, comme d’autres pièces du bâtiment.

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«Regardez bien dans le coin gauche du miroir. Si vous êtes attentif, vous apercevrez les reflets de Brassens, de Funès, Jean Marais, Louis Jouvet, Bécaud…» Bouchon, le programmateur du centre culturel de Huy, a l’art de la formule. Elle repose cependant sur la vérité puisque depuis son édification en 1927, le théâtre hutois a vu passer quasi toutes les grands noms de la chanson et de la comédie française. «Il y a juste Luchini qui n’est pas encore venu. Ça reste une épine dans mon pied», regrette Bouchon.

Si la salle de spectacle et l’entrée ont été modernisés en 2000 (lire ci-dessous), à l’arrière du bâtiment tout est resté le même depuis près d’un siècle. Le grand miroir dans lequel les artistes se mirent une dernière fois avant de monter sur scène est toujours celui d’origine. Il a donc vu tous les grands personnages de la chanson française ou du théâtre de l’après-guerre et même d’avant.

Si plusieurs loges ont été converties en bureaux, celles du rez-de-chaussée sont toujours là. Mais ne cherchez pas la signature de l’un ou l’autre grand nom; les murs sont régulièrement repeints…

Tout ce qui concerne la partie plus technique a bien entendu nettement évolué depuis 1927. On ne trouve plus toute la machinerie avec ses cordages et ses poulies. Mais de l’arrière de la scène, la vue reste très impressionnante avec les 15 m de hauteur de la cage. Lors de notre visite (hier matin), les régisseurs étaient occupés à monter les décors de Dom Juan. «Ça va, ça ne prendra que trois heures, nous glisse un technicien. Pour le spectacle Cendrillon, cela a nécessité trois jours de montage. Et autant pour le démontage…» Un long travail de préparation pour une heure ou deux de spectacle. Un boulot qui ne se perçoit pas depuis l’une ou l’autre des 920 places du public.

 

Déjà un théâtre en 1865

Le théâtre actuel a été édifié en 1927. Mais avant ça, Huy disposait déjà d’un théâtre au même endroit.

Entre Huy et le théâtre, c’est une longue histoire qui a débuté en 1634 avec la création d’une troupe au couvent des Augustins. En 1811, la Ville investit dans l’aménagement de l’église Saint-Étienne en salle de spectacle. Mais c’est en 1865 qu’un premier édifice culturel s’installe au bout de l’île, avenue Delchambre. Ce théâtre à l’italienne peut contenir jusqu’à 600 spectateurs. C’est la belle époque pour cet art et des grandes figures du théâtre ou de la musique défilent sur les planches hutoises: Eugène Ysaye, José Dupuis, Suzanne Reichenberg… Mais en 1925, un incendie réduit le bâtiment en cendres.

Un nouvel édifice est reconstruit en 1927 au même endroit. Même si le bâtiment a profondément été rénové en 2000, c’est toujours le même édifice. C’est l’architecte Michel Polak qui est à la manœuvre avec Alfred Hoch. Le Suisse Polak était une figure de l’art déco. À Bruxelles, on lui doit le Résidence Palace ou encore la villa Empain.

De théâtre, le centre se mue en maison de la culture au début des années 70 puis prend l’étiquette de centre culturel en 1989. En 2000, le bâtiment est rénové en profondeur. Une rotonde est ajoutée sur la façade avant. La salle de spectacle passe de 750 à 920 places disposées sur deux niveaux. Le hall d’entrée et les escaliers sont également modifiés. Mais à l’arrière du bâtiment, quasi rien n’a changé.