MOLENBEEK

Plus de vitre aux guichets de la nouvelle maison communale de Molenbeek

Molenbeek inaugure une extension à son iconique maison communale de 1890. Ouvert sur la rue, vitré, le nouveau bâtiment fait disparaître la paroi de verre entre agents et citoyens. Détail étonnant: 5 appartements se logent au-dessus de ses deux plateaux.

«J’ai passé deux jours derrière le guichet, pour me rendre compte du métier. J’ai pris des notes. Il y avait cette vitre qui sépare l’agent du citoyen. Il fallait comprendre comment on travaille dans un tel contexte, avec quel degré d’intimité».

Pierre Blondel a dû répondre à une demande particulière des agents molenbeekois pour concevoir «leur» nouvelle maison communale: ils souhaitaient davantage d’ouverture vers le public. Adieu donc, l’inamovible paroi de verre percée de quelques trous qui filtrent depuis toujours les voix aux guichets du service population. Et c’est comme une révolution dans une administration qui assure le contact avec 96.000 habitants.

«Certaines situations génèrent de la tension»

Plus de vitre aux guichets de la nouvelle maison communale de Molenbeek
L’architecte Pierre Blondel s’est mis derrière le guichet pour se faire une idée du métier d’agent communal. EdA - Julien RENSONNET
«C’était difficile», continue l’architecte. «D’abord, le poste des agents est un peu surélevé par rapport au côté public, où on reste debout. Ensuite, le comptoir occupe une profondeur suffisante pour garder une distance, une certaine sécurité en fonction de l’usage des lieux. Enfin, des vitres latérales maintiennent un degré d’intimité suffisant».

Ann Gilles-Goris, échevine de la Démographie et de l’État Civil de Molenbeek (cdH-CD&V), confirme la délicatesse de certaines situations au guichet. «Cette ouverture complète des guichets a été faite en concertation avec mes services. Il fallait évidemment sécuriser le comptoir en hauteur et largeur tout en conservant la convivialité. évidemment, quand une personne se voit refuser l’accès au territoire, quand un mariage n’est pas accepté ou que des documents ne sont pas renouvelés, quand il y a erreur dans certains formulaires récupérés au pays, ça génère de la tension. Il fallait en tenir compte. Je pense que cet espace amènera une relation plus pacifiée ici».

Embouteillages dilués

Autre aspect fondamental: la fluidité du hall d’accueil, conçu sur deux étages mais comme un seul espace. Jusqu’à 1.500 personnes s’y bousculent chaque jour. «Vu les missions, population, état civil et bureau des étrangers, il fallait d’office deux niveaux. Plutôt que des ascenseurs ou deux volées d’escaliers, on a conçu cette rampe courbée grimpant lentement», décrit l’architecte. «Cette conception, en plus d’épouser le tracé enfoui de la petite Senne, gomme l’impression d’afflux et d’encombrement. Cela diluera les embouteillages». Outre un joli mobilier d’une simplicité exemplaire, le citoyen pourra attendre à l’extérieur puisqu’un affichage électronique le préviendra de son tour. Oubliés, le stress et l’atmosphère surchauffée. On apprécie aussi le guichet «abaissé» destiné aux personnes à mobilité réduite.

Plus de vitre aux guichets de la nouvelle maison communale de Molenbeek
Au-dessus de la haute paroi vitrée qui donne sur la placette de la rue Petite Senne et son mobilier en dur, les lettres M, O, L, E, N, B, E, E et K affichent fièrement l’identité du propriétaire. EdA - Julien RENSONNET

Plus de vitre aux guichets de la nouvelle maison communale de Molenbeek
Détail inédit de cette nouvelle architecture construite sur un terrain jadis occupé par un ferrailleur: 5 logements sociaux sont insérés aux étages. EdA - Julien RENSONNET
Au-dessus de la haute paroi vitrée qui donne sur la placette de la rue Petite Senne et son mobilier en dur, les lettres M, O, L, E, N, B, E, E et K affichent fièrement l’identité du propriétaire. «Des bâtiments remarquables comme celui-ci prouvent qu’on peut être fier», assure la Bourgmestre Françoise Schepmans (MR), cherchant toujours à tourner le dos aux publicités négatives dont souffre sa commune. Le symbole se complète, en arrière-plan, de la coupole iconique de la place Communale. «Il ne fallait pas s’y substituer», assure Blondel. Et au contraire: la coupole oxydée se voit de partout dans le nouveau bâtiment.

Des appartements aux étages: une première

Dernier détail inédit de cette nouvelle architecture construite sur un terrain jadis occupé par un ferrailleur: 5 logements sociaux sont insérés aux étages. Leur accès se fait via la rue Vandermaelen. Passifs, répartis sur 500m2, ils oscillent du studio au grand espace familial. «Des appartements au-dessus d’une administration communale, c’est une première à Bruxelles», croit pouvoir affirmer l’échevin des Propriétés communales Karim Majoros (Ecolo). «ça renforce encore la mixité de fonctions du quartier puisqu’en face, des logements moyens acquisitifs sont développés par Citydev et qu’une crèche sera bientôt inaugurée en vis-à-vis».

Réalisé dans le cadre du contrat de quartier Cinéma Belle-Vue, le projet est financé à 65% par la Région et à 35% par la Commune, via divers mécanismes liés à l’environnement ou au boom démographique. L’investissement total porte sur 8,8 millions d’euros, comprenant l’espace public extérieur.