DÉBAT-ETHIQUE

La Belgique va-t-elle dépénaliser l’avortement pour en faire une question de santé publique comme au Luxembourg?

La Belgique va-t-elle dépénaliser l’avortement pour en faire une question de santé publique comme au Luxembourg?

«Il faut sortir l’avortement des questions morales pour en faire une question de droits humains et de santé publique», plaide Christine Defraigne, la présidente du Sénat. EdA

Le Sénat se réunit ce vendredi, en présence de députés, pour débattre de la délicate question de la dépénalisation de l’avortement et, de concert, de la reconnaissance des fœtus.

Dépénaliser l’avortement et reconnaître les fœtus: oui ou non

«Il s’agit d’une journée organisée avec le CAL (Centre d’action laïque) sur une question qui touche toutes les femmes, explique Christine Defraigne, la présidente du Sénat. Mon souhait est celui d’un débat pluraliste et serein qui respecte toutes les sensibilités. Un débat sans haine ni passion». Et Christine Defraigne de souligner que pour elle «toutes les opinions sont recevables. Dans mon parti, il existe une tradition de liberté totale pour parler de ces questions éthiques. Ceux qui ne pensent pas comme moi sont les bienvenus.»

Les deux propositions à débattre, l’une libérale (dépénalisation de l’avortement), l’autre CD&V (reconnaissance du fœtus mort-né), méritent d’être examinées en même temps. Elles vont dans des sens qui peuvent s’opposer, en termes éthiques et même pratiques.

Trump et Fillon: ils remettent l’avortement en question

Tout d’abord, abaisser de 180 à 140 jours la possibilité de reconnaître, via un acte de la société civile, l’enfant né sans vie. «L’idée est de permettre aux parents de faire leur deuil. Faut-il le permettre ou pas? Est-ce qu’on doit permettre cette possibilité sans en faire une obligation?», interroge Christine Defraigne.

Ensuite, il s’agit de voir s’il ne faut pas sortir l’avortement du pénal pour en faire non plus un crime mais une question de santé publique. «La question de la contraception et de l’éducation à ces questions doivent aussi être abordées», ajoute Christine Defraigne.

L’avortement en Belgique a été encadré dans la loi le 3 avril 1990. En France, sous l’impulsion de Simone Veil, c’est un droit acquis depuis 1975. Le droit à l’avortement est revenu comme un boomerang dans l’actualité des dernières semaines. « Quand on voit les décisions de Donald Trump et les déclarations de François Fillon concernant l’avortement, il est important et urgent que tous les partis viennent parler de ces questions et prennent le temps de la réflexion», dit Christine Defraigne.

L’avortement, coincé entre prostitution et attentat à la pudeur

« J’ai des convictions assez fortes. On est 40 ans après la loi Veil, il faut à nouveau défendre le droit des femmes à disposer de leur corps. Il est temps que l’avortement ne soit plus une opération de culpabilisation des femmes. L’avortement reste considéré comme un délit qui se situe entre les dispositions légales qui concernent la prostitution et les attentats à la pudeur», plaide la présidente du Sénat.

À l’heure actuelle, le législateur condamne toujours l’avortement en dehors des exceptions et conditions libellées par la loi. Christine Defraigne souhaite que l’avortement ne soit plus considéré comme un délit, comme c’est déjà le cas au Luxembourg. «Il faut sortir des questions morales pour en faire une question de droits humains. Je considère que la question de l’abaissement du seuil qui donne un statut et une reconnaissance à l’embryon doit être envisagée avec prudence. Si cette faculté est accordée, il faut faire attention à ne pas céder à la pression morale et à ne pas remettre en cause le droit à l’avortement. Il est important de préserver le droit des femmes à disposer de leur corps», plaide enfin Christine Defraigne.