Les carnets de Jean Schmitz : Des rafles énormes de chevaux (28 au 2 février)

Revivez la guerre 14-18 et la vie des Namurois durant l'occupation allemande à travers les yeux du chanoine Jean Schmitz et de ses carnets débutés le 23 août 1914.

Jean Schmitz raconte

C’est à partir de ce 23 août 1914 tragique, date de l’entrée des Allemands à Namur et à Dinant, que commence le carnet du du chanoine Jean Schmitz, secrétaire particulier de l’évêque de Namur Mgr Heylen.

Ce document inédit, qui relatera jour après jour la vie quotidienne des Namurois durant toute l’occupation, sera désormais notre fil conducteur principal pour cette série de longue haleine.

Quant aux journaux namurois, La Province de Namur disparaît, ses bureaux étant incendiés ; L’Ami de l’Ordre subsistera, mais sous contrôle allemand.

28 au 2 février 1917

Le 30, Mgr l’Evêque envoie la lettre que j’ai faite à propos des mauvais traitements dont nos concitoyens sont l’objet. Cette lettre a été amenée surtout par des démarches de M. Henri Bribosia, de M. baron d’Huart, etc.

Le 30, des policiers et des soldats font des perquisitions dans des maisons de la ville. le 31, ils arrivent chez les Pères Jésuites. Le Père Recteur a déclaré ne pouvoir, en conscience, rien livrer, comme biens ecclésiastiques. Ils ont exigé une perquisition et l’ont faite de la cave au grenier, et à travers toutes les chambres des Pères, notant au passage tout ce qui était à prendre, surtout la batterie de cuisine et des chaudrons qui avaient été atteints, en août 1914, par la bombe et se trouvaient réunis dans une cave.

Voir les difficultés créées à M. le Doyen de Gedinne, qui a été, à deux reprises, jeté par terre par un officier, dans sa maison et a des poursuites judiciaires.

Il revient des hommes d’Allemagne, par tout petits groupes, tous aussi mal arrangés les uns que les autres et racontant les choses les plus lamentables sur ce qu’ils ont souffert.

Les semaines dernières, il s’est fait des rafles énormes de chevaux dans tout le pays : 250 dans le seul canton de Gedinne, et ainsi à l’avenant. Que va-t-il en résulter l’an prochain ? On ne saura pas faire la besogne de culture. Beaucoup de paysans annoncent qu’ils feront le moins possible, juste de quoi vivre…

Les trains sont très rares et pas chauffés… les voyages sont insupportables.

Depuis un mois, c’est la gelée, une gelée très sérieuse. La Sambre est presque toute prise ; pas encore la Meuse, qui charrie de gros glaçons… Le peuple se plaint beaucoup de la cherté du charbon. Encore à Namur, en a-t-on ; mais dans les régions plus distantes des chemins de fer ou des voies fluviales, c’est pire encore… Beaucoup d’écoles ont dû fermer, faute de chauffage.


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