ETTERBEEK

Nicolas Buba, 32 ans, champion du monde de bodybuilding: «Juste des brocolis et du cabillaud pendant 2 mois»

En 7 mois de temps, Nicolas Buba est passé de parfait inconnu dans le monde du bodybuilding au titre de champion du monde «catégorie naturelle». Son fils Joachim peut bomber le torse. EdA - Julien RENSONNET

Nicolas Buba entame le bodybuilding en 2012, par hasard. En 2016, il est champion du monde catégorie «naturelle», après avoir empoché les titres belge et européen. L’Etterbeekois sculpte autant ses muscles que son sourire. Et adore les brocolis, ce qui tombe plutôt bien...

Alors que d’autres soulèvent la fonte, Nicolas Buba saisit tranquillement son petit garçon et le dépose sur ses épaules. Leurs sourires brillent dans les miroirs du Center Gym Etterbeek, au sous-sol du centre sportif communal. Joachim, 5 ans, y est comme chez lui: il déverrouille le tourniquet d’entrée et laisse les castards droit sortis des films de James Bond ébouriffer sa tignasse.

Si le garçonnet gambade entre les haltères, c’est parce que son papa dépose tous les jours ses 77 kilos sur les bancs de la salle de sport. «Mais je ne m’entraîne que pendant les pauses de mon boulot à la ludothèque d’Etterbeek», promet l’athlète de 32 ans. «Je ne veux pas que mon sport empiète sur ma vie de famille». Dans son survet’ gris, le jeune homme passerait inaperçu si les autres abonnés ne l’arrêtaient pas pour le photographier. Quand il dévoile son singlet bleu roi et bande ses muscles, on comprend: Nicolas Buba a des épaules de bison, un torse de gorille, des bras de bûcheron. Le mec est champion du monde de bodybuilding des moins de 80kg «catégorie naturelle». Lisez «sans dopage». Un titre remporté pour sa première année de compèt! Et on n’a pas vu ses jambes...

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Nicolas Buba, 32 ans, champion du monde de bodybuilding: «Juste des brocolis et du cabillaud pendant 2 mois»
Maurice Jamar, champion de Belgique 1975: «Je n’ai jamais vu un athlète surgir aussi vite. Nicolas, sa force, c’est qu’il est bien sous tous les angles». EdA - Julien RENSONNET

Resto

Le titre remonte à novembre 2016, à Dinant. En bord de Meuse, le Bruxellois éclipse Allemands, Français, Espagnols ou Sud-Africains. Et avant ça, il s’était offert les titres belges et européens. Pas mal pour un ket qui, il y a 4 ans à peine, prolongeait au resto ses matchs de foot de 2e provinciale.

«Je n’ai jamais vu un athlète surgir aussi vite. En 7 mois, il est passé d’inconnu complet à champion du monde!» Maurice Jamar, gestionnaire du Center Gym Etterbeek et coach de Nicolas Buba, ne tarit pas d’éloges. L’homme a eu le nez fin lorsqu’il a conseillé à son nouvel abonné de «se taper un peu de muscu».

«Des jaloux»

Jamar, champion de Belgique 1975, est «dans le milieu depuis 50 ans». Il a eu plusieurs vainqueurs sous son aile. «Mais Nicolas, il éclipse tous les autres. C’est pas vraiment un don, parce qu’il travaille. C’est au niveau des formes. Il a un physique “passe-partout” je dirais, mais tout le monde le remarque». Le champion rayonne, convenons-en. «Ça fait des jaloux. On le soupçonne de prendre des p’tits produits parce qu’il a attrapé en 4 ans le gabarit de mecs qui en ont bossé 10. Mais Son avantage, c’est qu’il est bien sous tous les angles».

Car le bodybuilding, c’est d’abord une affaire de look. «On monte sur le podium et en 10 secondes, les juges décident du top 3. Si t’es mal proportionné, c’est fini», résume Buba. «Ensuite, on marque des points dans les poses de comparaison». Les candidats exhibent biceps, triceps, pectoraux, fessiers, abdominaux... De face, de profil, de dos. «Si t’es bien proportionné mais que tu sais pas poser, c’est fini aussi».

«J’oubliais les jambes»

On le comprend: la clef, c’est l’harmonie. Pour «dessiner» les muscles que le «tan» fera reluire sous les spots, Nicolas Buba enquille les heures de salle. «Je me concentre sur une zone par jour. Lundi les jambes, mardi le dos, mercredi les pectos. Retour aux jambes le jeudi puis vendredi les épaules et samedi les bras. Je passe de machine en machine, on varie les inclinaisons. Tous les faisceaux de muscles doivent travailler». Le culturiste etterbeekois ne rigole pas: il soulève 12 fois 180 kilos pour les jambes, ses bras arrachent des poids de 20 kilos par biceps. «Se focaliser sur le haut, c’est une erreur de débutant. Quand j’ai commencé, j’avais tendance à oublier les jambes. Je continue à bien les soigner».

Nicolas abandonne le foot pour le fitness alors qu’il va devenir papa, en 2012. «Je voulais être plus proche de ma femme, la soutenir dans sa grossesse. Mais elle voyait que je tournais en rond. C’est elle qui m’a conseillé la salle». Le fitness «pour retrouver la forme», le tapis de course et le vélo d’appartement se transforment assez vite en discipline. «En 6 mois, j’avais pris 6kg de muscle. J’ai modifié mon régime alimentaire (lire ci-dessous), Maurice m’a donné des filons, et je m’y suis mis sérieusement».

«Mon visage se creusait»

Sa femme n’a-t-elle jamais regretté de lui avoir montré le chemin de la salle? «J’ai changé physiquement alors c’était difficile au début. Mon visage se creusait. Elle a eu peur pour moi. Le muscle ne la dérange pas tant que ça reste harmonieux. Si je gonflais dans les extrêmes, ça serait autre chose».

Cette maman de deux enfants peut en tout cas se gonfler d’orgueil: en plus d’être champion du monde, son gars reste les pieds sur terre. Et le sourire qu’il affiche sur les podiums n’est pas plus factice que ses muscles.

 

Un régime de fer

Nicolas Buba, 32 ans, champion du monde de bodybuilding: «Juste des brocolis et du cabillaud pendant 2 mois»
En plus de soulever de la fonte, Nicolas Buba s’astreint à un régime alimentaire très strict. EdA - Julien RENSONNET

«Ce qui m’a le plus surpris, c’est l’hygiène de vie. On pense que la musculature du bodybuilder s’acquiert avec l’entraînement. Mais Maurice me l’a dit d’entrée: “le régime, c’est 75% du travail”. Le fast-food, les boisons pétillantes, les plats préparés, c’est fini».

Nicolas mise tout sur les protéines et les fibres: glucides et graisses passent à la trappe. «Viande, œuf, poissons et légumes frais. Et de l’eau: beaucoup». De trois repas quotidiens, le culturiste grimpe à 4, puis 5, en pesant chaque portion au milligramme. «Avec un tel régime, je me réveille beaucoup plus facilement: je me sens sain».

Le sel «ruine la définition musculaire»

Quand la compétition se profile, Nicolas resserre la ceinture. «On diminue les sucres, les graisses et même les légumes. C’est décisif: si on craque, on bousille tout en un jour. Un coca et ça se voit direct: la peau s’épaissit. J’en arrive à me limiter aux brocolis et cabillaud vapeur. Pendant deux mois! Heureusement, j’adore les brocolis. Mais sans sel surtout, parce qu’il crée de la rétention d’eau. Ça ruine la définition musculaire: on ne voit plus aussi bien les muscles. Ça, c’est catastrophique. Les derniers mois, c’est la fatigue permanente. Et les maux de tête du matin au soir, à cause de la faim: l’enfer». Un peu de paracétamol? Malheureux! N’y pensez pas! «Rétention d’eau! Et puis, à ce stade, ça ne sert à rien: juste à tout faire foirer».

Crêpes

Le moral s’en ressent. «Je suis irritable. Le manque de sucre et de féculents joue sur le mental. Mais il faut garder le sourire, au boulot et à la maison. Ma femme ne doit pas se priver des petits plaisirs, pour elle ou nos enfants. Mais quand je me lève et que les odeurs de Crêpes flottent, je voudrais me jeter dessus». La vie sociale aussi se complique. «On refuse les invitations: je me vois mal arriver avec mon Tupperware de brocolis. Ou demander aux amis de peser mes portions».

Le matin de la compèt, le bodybuilder s’enfile une boisson protéinée au saut du lit. Puis se transforme en «lion». Dans la salle, sa vingtaine de supporters salue les efforts de plusieurs mois. Ils sont prêts à voir Nicolas s’envoler en Guadeloupe pour les mondiaux 2017.

 

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