40 ans de fusion des communes

40 ans après la fusion, se sent-on Montois de Jemappes à Havré?

40 ans après la fusion, se sent-on Montois de Jemappes à Havré?

Tous les Montois s'identifie-t-il au Beffroi? visit Mons - Grégory Mathelot

Il y a 40 ans, une grande ville naissait. Grâce à la fusion des communes, Mons passait du statut de petite ville de province à grande ville wallonne. Mais les habitants des communes fusionnées se sont-ils sentis montois? Et pourrait-on aller plus loin?

19. C'est le nombre de communes qui ont fusionné pour former Mons, telle qu'on la connaît aujourd'hui. Avant la fusion des communes, Mons était un important centre administratif et culturel en tant que chef-lieu du Hainaut et chef-lieu d'arrondissement judiciaire. La ville avait des administrations, une cours d'assise, des écoles secondaires, des facultés universitaires, une des plus anciennes école d'arts..Mais d'un point de vue population, c'était peanuts: moins de 29 000 habitants jusqu'en 1971.

Cette année-là, la région de Mons-Borinage connaît deux fusions notables. D'un côté, Jemappes et Flénu, qui présentent des profils similaires de villes ouvrières ancrées dans le Borinage. De l'autre côté, on assiste à une fusion où 6 communes sont absorbées par Mons, à savoir Obourg, Saint-Denis, Ghlin, Nimy, Cuesmes et Hyon. Des communes satellites de Mons, bien que Cuesmes, de par son profil, n'aurait pas dépareillé dans le nouvel ensemble Jemappes-Flénu... 

Mais cette première fusion n'était pas encore suffisante pour Mons. « La volonté de la fusion était de donner plus d'importance démographique aux villes historiques », explique Corentin Rousman, historien et archiviste à la ville de Mons. Avec 60 000 habitants après cette première fusion, Mons n'est pas encore une grande ville de Wallonie. Il faut aller plus loin et Mons aura besoin de 19 communes s'étendant sur 145 km² pour atteindre ce rang.

Une identité très forte

Parmi elles, Jemappes, qui se voit imposée de rejoindre Mons. « Qui n'aurait été qu'une ville de province si elle était restée amputée de Jemappes-Flénu » observe Corentin Rousman. Cette fusion est venue de tout en haut, imposée par l'état, au grand dam des habitants.

« Il y a une identité jemappienne très forte. A Harveng ou Spiennes, les gens se sentent désormais montois. Mais à Jemappes, on dit que l'on est Jemappien avant tout. C'était une commune importante, avec un héritage historique, comme la bataille de Jemmapes (en 1792). Tout le monde n'a pas le nom de sa ville affiché sur l'Arc de Triomphe de Paris! Beaucoup d'habitants de Jemappes ont regretté cette fusion ».

Le poids du passé

A ça s'ajoute un ressentiment vis-à-vis de Mons « la Bourgeoise ». En avril 1893 éclate la grève générale pour l'instauration du suffrage universel. Le Borinage est fer de lance du mouvement et les militants décident d'aller manifester à Mons.

Le bourgmestre libéral Henri Sainctelette interdit la manifestation et répond avec la Garde Civique, qui perd son sang-froid et ouvre le feu. Résultat : 5 morts et 9 blessés graves au soir du 17 avril. « Entre Mons et le Borinage, il y a désormais une barrière de sang. Borains, n’oublions pas le sang répandu. Mais gardons désormais notre calme et luttons jusqu’au jour où nous aurons acquis nos droits. Alors nous nous souviendrons. », pouvait-on lire sur une affiche après la fusillade. 84 ans après, on n'avait pas oublié. Le jour de la fusion avec Mons, l'Hôtel de ville de Jemappes était en deuil...

Doudou vs Cavalcade

Pour les autres communes, l'assimilation s'est faite plus facilement, car la vie active de ses habitants se faisait à Mons. « Pour le travail, pour les enfants, pour faire ses courses...Les habitudes de vie des habitants étaient tournées vers Mons, les habitants des anciennes communes se sont rapidement sentis montois », poursuit Corentin Rousman.

« Je vais prendre mon exemple : j'ai habité 25 ans à Villers-Saint-Ghislain, mais j'ai été à l'école primaire et secondaire à Mons. Quand je me présentais, je ne disais pas que j'étais de Villers-Saint-Ghislain, mais que j'étais montois. C'est pareil pour tous les villages comme Hyon, Spiennes, Mesvin, Saint-Symphorien...Ca ne parle pas aux gens de l'extérieur »

Autre vecteur d'intégration : le Doudou. « La Ducasse joue beaucoup dans l'identité montoise », poursuit Corentin Rousman. Des groupes folkloriques des communes fusionnées participent à la Procession du dimanche matin, on vient au combat à la corde, mais là encore, Jemappes se démarque.

« Des Jemappiens viennent mais pas en gros groupe comme les Ghlinois ou autres, qui viennent en délégation au combat ». Car Jemappes, en plus d'avoir ses écoles, ses commerces...a aussi son folklore : la Cavalcade de Jemappes. 40 ans après, l'esprit borain semble toujours se démarquer dans l'ouest de l'entité de Mons.

La suite?

Peut-on envisager d'agrandir encore Mons, lui permettant ainsi de franchir le cap des 100 000 habitants après lequel elle court depuis des années? « Jurbise et Quévy pourraient faire partie de la ville de Mons, car leurs habitants font tout à Mons », ose Corentin Rousman. 95 000 habitants plus 10 500 à Jurbise et 8100 à Quévy et on frôle les 114 000. « Une ville comme Mons pourrait facilement fusionner avec des entités de cette taille. Toute la question est de savoir si politiquement les bourgmestres et Collèges respectifs seraient d'accord pour une nouvelle fusion ».

Georges-Louis Bouchez, conseiller MR montois jamais à court de débats, avait lancé l'idée d'une fusion entre Mons et Quévy. Il a été rapidement rembarré par la bourgmestre PS de la commune rurale frontalière. Quant à penser que Jacqueline Galant céderait son îlot libéral jurbisien à Mons sous plan de gestion,qui de plus constituerait un beau réservoir de voix pour Georges-Louis Bouchez qui l'a récemment défiée aux élections internes MR...On arrête là la politique fiction.

Un bol d'air financier bienvenu

La fusion des communes a fait financièrement du bien à Mons. « La ville a repris Obourg, ce qui était une très bonne chose pour elle puisque la cimenterie payait plein de taxes. Pourquoi y avait-il un grand festival de musique là-bas? Car il était financé par la cimenterie. C'était très bien pour Mons de récupérer des villes riches car elle était presque tout le temps dans le rouge ». Obourg n'était pas la seule commune en bonne santé: les derniers comptes de...Jemappes étaient aussi dans le vert.

Mais il serait un peu manichéen de réduire la fusion à un simple renflouage de la ville-centre. « Certaines communes bénéficient aujourd'hui de services qu'elles n'auraient jamais pu se payer. A Villers-Saint-Ghislain, il n'y avait qu'un garde-champêtre qui faisait tout ». Comment un village de moins de 1000 habitants rénoverait-il une école, ses voiries aujourd'hui? On entend parfois râler que la fusion a éloigné le politique du citoyen, que certains sont plus favorisés que d'autres, mais « dans sa tête, aucun habitant ne voudrait revenir en arrière » estime Corentin Rousman.

Trois profils de communes

On peut distinguer trois types de communes au moment de la fusion en 1977. 

Tout d'abord, les industrielles, comme Jemappes, Flénu, Cuesmes et Havré. 

Ensuite, des communes "mixtes", proches de la cité-dortoir mais qui comptaient encore de grosses entreprises au moment de la fusion, comme Nimy (où l'entreprise Lebrun est encore active), Ghlin (où le zoning industriel maintient une activité industrielle), Obourg ou Harmignies (la cimenterie d'Obourg et les anciennes carrières d'Harmignies)

Et enfin, les villages et les communes rurales, à savoir: Ciply, Harveng, Hyon, Maisières, Mesvin, Nouvelles, Saint-Denis, Saint-Symphorien, Spiennes, Villers-Saint-Ghislain, devenus majoritairement communes dortoirs.