NAMUR

La monnaie citoyenne doit encore convaincre

La monnaie citoyenne doit encore convaincre

À Ciney, Anne-Marie Camus est l’une des seules commerçantes à posséder des Voltî dans sa caisse. eda

Depuis octobre, les régions du Condroz ont accueilli une nouvelle monnaie: le «Voltî». Un soutien à l’économie locale qui prend du temps à trouver ses marques.

Si la monnaie citoyenne est déjà utilisée depuis deux ans du côté de Liège avec le «Valeureux», ce n’est qu’en fin d’année 2016 que celle-ci a commencé à se mettre en place du côté de la province de Namur avec le Spyrou (Jemeppe-sur-Sambre), l’Orno (Gembloux), le Lumsou (Namur) et enfin, le Voltî (Ciney/Havelange). Si les trois premières citées sont encore à l’état de réflexion mais ne tarderont pas à débarquer, le Voltî a déjà fait son apparition depuis le mois d’octobre.

Un lancement en douceur

Concrètement, depuis trois mois, de nouveaux billets de 1,2, 5, 10 et 20 Voltî (NDLR: qui correspondent à autant d’euros) circulent entre les mains des clients et des commerçants dans le but de soutenir l’économie locale, de s’approvisionner auprès des plus petits commerçants plutôt que les grandes surfaces. Mais force est de constater que cette monnaie alternative n’est pas encore acceptée partout. Aujourd’hui, on recense plus d’une centaine de commerces éparpillés à Ciney, Hamois ou encore Rochefort. En d’autres termes, ne pensez pas pouvoir faire du shopping en vous baladant uniquement avec du Voltî dans votre poche. Tout simplement parce que tous les commerces ne l’acceptent pas et sont bien dispersés. C’est le cas pour les différents magasins de la rue de Commerce de Ciney. «Je ne connais pas», nous expliquent une boulangère et une vendeuse de vêtements. «Franchement, cela ne m’intéresse pas», lancent également quatre autres commerçants qui préfèrent ne pas trop s’étendre sur le sujet. «Pourquoi utiliserais-je le Voltî alors qu’en 3 mois, une seule cliente m’a demandé si elle pouvait me payer dans cette monnaie?». Bref, à Ciney, le Voltî n’a pas encore fait ses preuves. Onze commerces cinaciens seulement y ont adhéré depuis le mois d’octobre. «J’ai l’impression que, derrière tout ça, il y a des intentions politiques. Et puis, le Voltî doit être utilisé auprès des fournisseurs. Mais, dans mon cas et comme pour beaucoup d’autres, nos différents articles proviennent de grosses sociétés qui n’acceptent pas le Voltî. Je serais donc obligée d’échanger cette monnaie contre mon argent personnel», témoigne un autre commerçant de la rue du Commerce qui préfère également garder l’anonymat.

Preuve de la prudence des différents commerçants qui ne souhaitent «pas faire d’histoire», un d’entre eux nous a même demandé de sortir notre carte de presse pour être certain qu’il ne s’agissait pas d’une enquête réalisée par la commune. «Je soupçonne des personnes de tenter de nous faire accepter cette monnaie. Mais pour le moment, ma réponse est négative. Je perdrai du temps lors du comptage de ma caisse en fin de journée alors que je termine déjà à 18 h 30.»

«Une excellente initiative»

Mais tous les commerçants ne possèdent évidemment pas le même avis. Si certains avouent qu’ils se renseigneront pour l’année 2017, d’autres ont adhéré au concept dès le départ. «C’est une excellente initiative. Par contre, depuis le mois d’octobre, un seul client m’a acheté deux pantalons en Voltî. Avec cet argent, j’ai été acheté du fromage dans une ferme du côté d’Hamois. Mais contrairement à l’idée reçue, cette monnaie alternative ne représente pas une perte de temps au niveau de la comptabilité. D’ailleurs, le commerçant qui possède trop de Voltî, il peut les échanger contre des euros sans souci», commente un vendeur de vêtements qui ne possède aucun billet de la monnaie locale dans sa caisse. «Si un client paie en Voltî, je lui rendrai la différence en euro», souligne-t-il.

Le Voltî apparaît donc comme une denrée rare. À Ciney, il faut se rendre dans un comptoir de change (voir ci-dessous) pour enfin mettre la main sur un des précieux billets. De plus, si de nombreux commerçants se réjouissent de cette initiative, les clients, eux, ne semblent pas être véritablement emballés ou du moins au courant. L’enjeu, à court terme, sera donc celui de convaincre la population de l’intérêt de cette monnaie citoyenne en proposant, par exemple, une offre de commerces plus dense et surtout, de proximité. L’initiative est belle mais encore faudra-t-il qu’elle ne tombe pas dans l’oubli.