L’ÉDITO PAR THIERRY DUPIÈREUX

Place à l’humain

Place à l’humain

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«Tant qu’il y a de l’humanité, il faut célébrer la vie.» Cette petite phrase est venue se poser dans mon oreille, fin de cette semaine.

Les mots sont de la poétesse Laurence Vielle dont vous pourrez lire l’interview dans nos pages la semaine prochaine. Au moment de faire le bilan de l’année 2016 et de se retrouver entre amis ou en famille lors des fêtes de fin d’année, cette maxime résonne de façon forte et intense. Émaillée par les attentats, déstabilisée par une gestion calamiteuse des flux migratoires, bousculée par la montée des extrémismes bornés, l’année écoulée offre un visage terriblement sombre qui n’incite pas à l’optimisme.

Dans ce monde de violence et de repli sur soi, la paix et la solidarité prennent tout leur sens en tant que valeurs essentielles, en tant que ciment de l’humanité. C’est seulement la quête de ces deux objectifs qui nous permettra de toucher cet équilibre d’un bien-être universel. C’est une utopie. Peut-être. Mais ne faut-il pas rêver d’une utopie qui nous grandit plutôt que de s’enfoncer dans un pessimisme où se développent les germes de la peur et de l’intolérance.

La période de Noël, c’est l’occasion d’échanger, de revoir ceux qui nous sont chers, de resserrer des liens. Bref, de rentrer pleinement dans une dynamique positive et créative.

Dans la conversation que j’évoquais plus haut, Laurence Vielle, grande lectrice, en vient à parler de Théodore Monod, le grand humaniste français. Cela m’a donné l’envie de me replonger dans sa pensée. C’est ainsi que dans Terre et Ciel, il répond aux questions de Sylvain Estibal. Celui-ci l’interroge sur le message qu’il voudrait transmettre aux jeunes générations. Voici sa réponse: «Je leur dirais de conserver une grande curiosité de toute chose. Avoir envie d’apprendre et de savoir. D’apprendre à regarder. Ce n’est pas si simple. Je leur dirais également de ne jamais se résigner face au monde qui les entoure. Participer à la vie de groupe pour tenter de l’orienter vers un avenir moins dramatique et moins sanglant est plus que jamais nécessaire. Il ne faut pas se résoudre à l’existence des horreurs. Il ne faut pas dire : «Ce sera toujours comme cela.» Non, cela peut changer.» Des propos qui, édités en 1997, n’ont rien perdu de leur pertinence. Vingt ans plus tard ils brillent toujours d’une rare humanité.