Malgré la loi antiterroriste, se procurer une carte téléphonique anonyme reste simple

Malgré la loi antiterroriste, se procurer une carte téléphonique anonyme reste simple

Le cabinet du Premier Ministre a largement communiqué sur la fin de l’anonymat des cartes prépayées. La loi n’est pourtant pas très compliquée à détourner. Internet

Une poignée d’euros et une petite dose de jugeote suffisent pour activer en tout anonymat une carte SIM prépayée.

En théorie, l’ère de la carte SIM prépayée anonyme prisée des terroristes et des malfrats est entrée en phase d’extinction en Belgique.

Sur papier, il est impossible depuis le 17 décembre d’acquérir et d’activer un tel sésame sans l’associer à un document d’identité.

«La suppression de l’anonymat des cartes SIM fait partie de l’arsenal de mesures antiterroristes», claironnait le 13 mai 2016 le site du Premier Ministre Charles Michel.

Réclamé depuis 1999

Placée sur des charbons ardents au lendemain des attentats de Bruxelles, la mesure est «une revendication déjà ancienne des autorités judiciaires (1999), des services de renseignement et de sécurité et des services d’urgence offrant de l’aide sur place», dixit le projet de loi déposé le 7 juillet 2016.

Deux volets composent cette loi âprement discutée en 2015, avant que les événements de mars 2016 n’accélèrent le dossier:

- Depuis le 17 décembre 2016, l’achat et l’activation d’une carte prépayée sont subordonnés à l’identification obligatoire, que ce soit en ligne ou en boutique.

- D’ici le 7 juin 2017, les cartes prépayées acquises avant le 17 décembre 2016 devront avoir été associées à une identité, en ligne ou en boutique, sous peine d’être déconnectées de force.

Bloquées, mais…

De la belle théorie à la réalité du terrain, le premier volet de cette loi est-il réellement appliqué?

Nous avons mené un test grandeur nature ce jeudi 22 décembre en achetant l’espace de quelques heures 5 cartes SIM prépayées: 3 dans les rayons d’un MediaMarkt, 2 dans des commerces de proximité.

Dénominateur des 5 puces, elles sont belles et bien bloquées par défaut, en parfait respect de la loi.

Insérez-les dans un smartphone et vous n’obtiendrez rien d’elles.

«Votre carte SIM est bloquée car vous ne vous êtes pas identifié», insiste la voix de Proximus lorsque vous tentez malgré tout de donner un coup de fil.

Hélas, il n’est pas nécessaire d’être un génie pour contourner certaines mesures.

Barrière de fortune

À quelques détails près, les trois grands opérateurs du royaume (Proximus, Orange, Telenet/Base) adoptent les mêmes modes opératoires intransigeants.

Ça passe essentiellement par l’encodage d’un document d’identité dans une boutique officielle ou en ligne, via le lecteur de carte d’identité électronique.

Pour les petits opérateurs, ceux que l’on appelle les opérateurs virtuels, la situation peut être radicalement différente.

Exemple concret: Lycamobile.

Sur son site officiel, la petite structure spécialisée dans les «tarifs internationaux à bas prix» dresse une barrière en carton-pâte dans la section Nouveau client? Activez votre SIM.

Après avoir encodé le code PUK et les quatre derniers chiffres du numéro de la carte, il suffit de remplir à l’emporte-pièce un formulaire d’identification pour que la carte prépayée soit instantanément débloquée.

On est loin, très loin du garde-fou que constitue le passage en boutique ou la validation via le lecteur de carte d’identité.

Bref, 6,90€ dépensés dans un commerce de proximité et cinq minutes consacrées à se jouer d’un formulaire permissif permettent de contourner la loi et de profiter anonymement d’une carte téléphonique prépayée.

De la poudre aux yeux?

Le deuxième volet de la loi est ambitieux: inviter les titulaires d’une carte SIM prépayée anonyme à enregistrer leur identité auprès de leur opérateur d’ici le 7 juin 2017.

Le chantier est colossal.

Chez Orange, 800 000 cartes prépayées sont en circulation, contre 1,1 million chez Proximus.

Chez Base, sur les 942 000 cartes prépayées actives, 290 000 sont enregistrées aujourd’hui.

Le chemin est encore long.

Drôle de hasard du calendrier, les frais de roaming seront supprimés au sein de l’Union Européenne le 17 juin 2017, dix jours après l’échéance de la fin totale de l’anonymat en Belgique.

Du coup, ceux qui souhaitent vraiment continuer à bénéficier de l’anonymat pourraient se tourner vers les cartes SIM des quelques pays européens qui n’imposent pas encore l’obligation de décliner son identité.

Vu que l’alignement européen du prix des communications, la bonne volonté tardive de notre loi pourrait déjà être caduque. À moins que l’Europe ne finisse pas accoucher d’une ligne de conduite commune en la matière.