MONS

Fermeture de la médiathèque à Mons: les usagers dépités

Fermeture de la médiathèque à Mons: les usagers dépités

Plus d'espoir pour la médiathèque qui disparaîtra du paysage culturel montois, après 41 ans de bons et loyaux services. Ugo PETROPOULOS

Le couperet est tombé: la ville de Mons ne reprendra pas la médiathèque, larguée par le Manège dans sa mue vers Mars. Chez les usagers, le sentiment oscille entre colère et déception. Certains y voient le sacrifice d'une culture de fond au profit d'une culture marketing.

Le pouce s'est baissé. Après une longue période de sursis, le personnel et les usagers sont fixés: leur médiathèque fermera ses portes le 30 décembre. Définitivement. Malgré une pétition lancée en janvier et qui a recueilli 2500 signatures, malgré des rencontres avec la ville, rien n'y a fait: le Collège communal a décidé lundi dernier de ne pas reprendre l'outil largué par le Manège avant son décollage pour Mars (son nouveau nom).

Du côté du personnel, on n'est pas vraiment surpris: le silence profond qui prévalait depuis 6 mois n'était pas encourageant. Même si on déplore d'avoir appris la nouvelle via Facebook, pas un membre du Collège échevinal ne s'étant déplacé pour communiquer la nouvelle...

"Totalement honteux"

Mercredi après-midi, lendemain du conseil communal, les usagers apprennent la nouvelle. "C'est vraiment triste, regrettent Nicolas et Adélie. Il y a vraiment un grand bagage de films et de musique, plein de choses à voir, à regarder..." De son côté, Michaël Fries ne mâche pas ses mots: "C'est totalement honteux de perdre un tel outil. Il s'agissait de trouver une solution pour 1,5 emploi et on n'a pas pu la trouver alors que Mons a été capitale européenne de la culture en 2015".

"C'est honteux de ne pas avoir trouvé de solution en un an! C'est une richesse de plus de 40 ans que l'on met à la poubelle!" s'énerve Michaël. Qui regrettera notamment le rayon de chanson française.

Quant à Pascal, c'est plutôt le rayon DVD qui le séduisait. "Je suis un fanatique de films. Ici, c'est la caverne d'Ali Baba". C'est vrai que le rayon cinéma tenait bien son rang à Mons, ville amie du cinéma avec un festival international et un cinéma indépendant. Pascal, son bonheur, ce sont les vieux films, des westerns aux Marx Brothers.

Et il se demande où il trouvera sa came demain. Sur internet? Non: "je sais que je ne trouverai pas certains films que je cherche et trouve ici. Ou alors de mauvaise qualité." C'est pourtant vers la toile que devront se tourner les "médiavores" montois pour se nourrir de son et d'image sans acheter. Mais les Spotify et autres Netflix peuvent-ils suppléer à la richesse qu'offrait la médiathèque? "On ne trouve pas tout sur internet", estiment-ils.

Et puis les algorithmes, qui font des suggestions en fonction de nos choix et de nos préférences sur ces sites, ne poussent pas vraiment le client à s'écarter des sentiers balisés pour lui par une machine alors que fouiner les rayons de la médiathèque pouvait encourager à sortir de sa zone de confort, genre, "si cette semaine j'essayais un film argentin"? 

Pour les usagers, la médiathèque, c'était une porte ouverte sur le monde entier, à l'image du rayon étoffé de world music. Samedi, un groupe belgo-galicien illustrera cette ouverture lors d'un concert gratuit dans la médiathèque. Avant que cette porte ne se referme, définitivement, deux semaines plus tard.

La culture marketing au détriment de la culture de fond?

Devant le comptoir, on tombe sur Philippe Franck, directeur de l'ASBL Transculture qui organise chaque année le festival "City Sonic". "Je suis un usager extensif" sourit-il. Mais plus pour longtemps. "C'est dommage, la médiathèque avait sa place dans le paysage culturel montois, estime-t-il. Cette fermeture, c'est finalement le signe d'une politique de repli sur soi. On est passé du statut de capitale européenne à celui de petite ville de province".

Selon lui, la politique culturelle montoise s'apparente aujourd'hui plus à du marketing qu'à une vraie politique culturelle de fond. Du "city branding" en somme. "On fait dans l'éphémère qui ne laisse pas de trace. On est dans le glamour sexy pour attirer du monde, mais qui n'apporte rien aux Montois", assène-t-il. Une expo de prestige avec David LaChapelle, un beffroi transformé en gyrophare la nuit, une biennale...Ca claque plus qu'une médiathèque à l'aspect vieillot en somme...

"Mons 2015 a été un feu de paille qui n'a rien laissé, à part des infrastructures. Mais les acteurs culturels locaux crèvent" renchérit Michaël Fries, par ailleurs animateur culturel et organisateur de concerts. Même constat pour Philippe Franck, qui ne voit pas d'avenir pour son festival City Sonic à Mons, "alors qu'on a tout fait pour me faire venir en 2003". Son regard est tourné ailleurs, vers Charleroi notamment...

Plus que du prêt

L'image un peu surrannée de la médiathèque comme centre de prêt de CD et de DVD, supports en perte de vitesse, a sans doute joué en défaveur de l'institution. Mais elle était loin de se limiter à ça: "Elle a développé depuis plusieurs années tout un volet médiation et animation : concerts, expositions, stages pour enfants...Un peu comme les médiathèques devenues Pointculture, mais sans avoir le titre, ni le financement qui va avec", fait remarquer Charlotte De Jaer, conseillère communale Ecolo.

De fait, même en cette année particulière avec une guillotine au-dessus de la nuque, la médiathèque s'est impliquée dans 26 animations allant de l'exposition aux concerts à l'atelier pour enfant...C'était mine de rien un lieu culturel assez animé, grâce à des partenariats avec des acteurs culturels locaux. Plus en tout cas que certains autres lieux ouverts quelques semaines sur l'année...

Là où le bât blesse, c'est qu'on ne le savait peut-être pas assez: "On dit qu'elle ne fonctionne pas bien, qu'elle n'est pas assez rentable, mais on ne fait aucun effort pour promouvoir la richesse de la médiathèque", pointe Michaël Fries. C'est vrai qu'à Mons, il faut savoir qu'une médiathèque existe et savoir aussi la localiser, dans une petite ruelle derrière la Grand'Place. 

"Il y avait certainement moyen de promouvoir de manière plus active l'outil, je pense que les jeunes ne la connaissaient pas assez". Etre plus orienté vers la jeunesse, c'était l'idée proposée à la ville pour redémarrer la médiathèque sous son égide. Mais elle ne se concrétisera pas.

Une volonté, mais pas les moyens, explique la ville

A la ville de Mons, on aurait voulu pouvoir reprendre la médiathèque, nous explique la porte-parole du Collège Communal. "Mais nous sommes dans une situation extrêmement complexe. On n’arrive pas à dégager des budgets pour la reprendre avec le plan de gestion que nous devons suivre. On a essayé de trouver des solutions mais ce n’est vraiment pas tenable: il y a le lieu mais aussi les emplois, le renouvellement des collections...

Mais nous travaillons actuellement à d’autres projets de médiation autour de la musique, dans le cadre de Creative Valley et qui répondraient plus aux attentes des gens".

Les collections de la médiathèque de Mons seront cédées à la Médiathèque centrale pour les pièces uniques et les autres à la bibliothèque de Mons. Seront-elles valorisées? Mystère. Tout se fait un peu dans la précipitation. Quant au lieu, on ne sait pas encore ce qu'il deviendra. Une administration? Excepté la bibliothèque, il n'y a plus que ça rue de la Seuwe...

La lumière s'éteindra définitivement à la médiathèque le 30 décembre