SERAING

À 15h, vendredi, le haut-fourneau sera abattu «un peu comme un arbre»

À 15h, vendredi, le haut-fourneau sera abattu «un peu comme un arbre»

Le HF6 est en cours de démantèlement depuis le début de l’année. Sa partie principale, qui s’élève à presque 90 mètres, s’effondrera vendredi à 15h. BELGA (archives 2011)

Le «dynamitage» du HF6, le haut-fourneau de Seraing, aura lieu ce vendredi à 15h. Il suffira de 25 kg de charge explosive pour faire choir ce géant de presque 90 mètres, abattu à la manière d’un arbre. Explications.

C’est tout un symbole, évidemment. Se dressant au beau milieu de Seraing depuis 1959, le haut-fourneau 6 rappelle la grande époque de la sidérurgie liégeoise. Mis sous cocon en 2005, puis momentanément relancé en 2008, le HF6 est éteint depuis huit ans. ArcelorMittal a annoncé en 2011 la fermeture de la phase à chaud. Le démantèlement du site est en cours depuis début 2016. Il ne reste pratiquement plus que la partie centrale, cette grande tour de plus de 80 mètres, qui s’effondrera sur le coup de 15h, ce vendredi.

Cette opération de dynamitage est réalisée par la société Orica Belgium, basée à Châtelet, souvent à l’œuvre lors de ce type de travaux à base d’explosifs. En réalité, «il ne s’agit pas vraiment d’un “dynamitage”, il s’agit d’un abus de langage», précise Étienne Lecharlier, chef minier au sein d’Orica Belgium.

Ce n’est pas un «dynamitage»

On emploie ici des «charges creuses», de manière à percer la structure métallique lors de l’explosion. À l’inverse, par exemple, la destruction de la tour Belgacom de Vedrin, en mars 2016, reposait bien sur un dynamitage à proprement parler, «en raison de la structure en béton».

«Le haut-fourneau est abattu un peu comme on abat un arbre», nous éclaire Étienne Lecharlier. «On effectue des découpes à la base de la structure, on ouvre d’un côté et on vide l’intérieur, pour orienter la chute de l’édifice lors de la mise à feu.» Ce travail préparatoire dure une semaine et nécessite une approche d’ingénierie. Tout doit être calculé pour que la démolition se déroule sans encombre, tout en s’assurant que le haut-fourneau tienne debout jusqu’à l’explosion.

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Pour le HF6, on avoisine 25 kg de charges. Lors d’explosions dans des carrières, on parle régulièrement en tonnes...

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La cuve du haut-fourneau est ainsi découpée à la base, mais aussi «ce qu’on appelle la tour carrée, cette grosse structure qui entoure le haut-fourneau. Elle se compose de quatre pieds métalliques, dont deux sont découpés pour permettre la chute».

À 15h, vendredi, le haut-fourneau sera abattu «un peu comme un arbre»
Cette image fera bientôt partie du passé, à Seraing. BELGA

Le travail préliminaire demeure donc essentiel, la mise à feu constituant une sorte de point final. Une quantité assez faible d’explosif s’avère d’ailleurs suffisante. «Pour le HF6, on avoisine 25 kg de charges explosives, ce qui est assez peu. À titre de comparaison, lors d’explosions dans des carrières, on parle régulièrement en tonnes de charges», précise le chef minier.

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Un gros «bang» se fera entendre. Ce sera plus bruyant que la tour Belgacom, par exemple.

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Ce vendredi, à 15 heures, la détonation sera bruyante. «Cela reste raisonnable et supportable pour le voisinage, mais comme il s’agit de charges creuses placées à l’extérieur, avec une structure métallique, un gros “bang” se fera entendre. Ce sera plus bruyant que la tour Belgacom, par exemple. Mais les vitres du voisinage ne se briseront en aucun cas», rassure Étienne Lecharlier.

Deux détonations à 15 heures

À vrai dire, deux détonations retentiront, «avec au maximum une seconde d’intervalle». Il s’agit de synchroniser la chute des éléments, la cuve s’effondrant plus rapidement que la tour carrée.

Précisons que le propriétaire des lieux – ArcelorMittal, donc – a prévu de fermer le site au grand public, pour des raisons de sécurité. Mais nul doute que les Sérésiens, les curieux, les photographes et bien d’autres se trouveront dans les parages pour assister au dernier souffle du HF6.

À 15h, vendredi, le haut-fourneau sera abattu «un peu comme un arbre»
Une photo qui date de 2005, lorsque le HF6 crachait encore du feu. REPORTERS