Initiatives citoyennes

La leçon de Marc: «Je n’exploite pas la terre, je facilite la vie»

La leçon de Marc: «Je n’exploite  pas la terre, je facilite la vie»

Marc Vanoverschelde travaille sur le lien qui l’unit à sa terre, à ses animaux et… aux consommateurs. ÉdA Mathieu GOLINVAUX

En Gaume, à la ferme du Hayon, Marc Vanoverschelde démontre depuis 20 ans qu’un autre modèle agricole est possible. Fondé sur le triangle terre nourricière, paysan facilitateur et consommateur impliqué.

Dans le magnifique cadre bucolique de la ferme du Hayon le temps semble s’être arrêté. C’est pourtant là, dans cette ancienne dépendance des moines d’Orval au cœur de la Gaume, que Marc Vanoverschelde a développé il y a 20 ans une idée qui était en avance sur son époque: créer du lien entre les consommateurs et ceux qui travaillent la terre.

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L’idée peut paraître banale à l’heure où les circuits courts ont les faveurs de plus en plus de consommateurs et où les paniers à la ferme ne se sont jamais aussi bien vendus. Mais à la fin des années 90, les circuits courts au sens où on l’entend aujourd’hui, ce n’était encore qu’une vague idée circulant chez les bobos des villes qui trouvaient cool de faire leurs emplettes aux champs.

 

Loin d’être un bobo des villes

 

Le cheminement de Marc Vanoverschelde est pourtant loin de celui d’un bobo des villes. L’homme a au contraire les deux pieds bien ancrés dans la terre, lui le fils de fermier qui travailla d’abord dans la ferme familiale de Méan.

«C’est d’ailleurs en vendant les fromages de mes parents, au contact des consommateurs que j’ai pris conscience de l’importance des circuits courts, de l’importance du lien avec les gens qui mangent nos produits. Et quand l’agriculteur prend conscience de cela, il doit alors trouver des alternatives au système classique de l’agro-industrie.»

Cette alternative, c’est donc à Sommethonne qu’il l’a développée: une vieille ferme en pierres jaune doré typiques du pays gaumais et 68 hectares de terres de cultures, prairies et forêt qu’il investit avec cinq autres personnes. Pétries du même idéal que lui, mais sans le sou pour acquérir un tel domaine qui était alors lorgné de près par les gros bras de l’agro-industrie.

«On a alors fait le pari qu’on pourrait sortir ces 68 hectares de la spéculation foncière grâce à la création d’une coopérative: “Terre du Hayon”».

 

3 millions récoltés en 5 ans

 

Grâce à l’ouverture d’esprit du vendeur qui leur donne du temps et à l’implication de dizaines de coopérateurs qui, en cinq ans, apportent 12 millions de francs (3 millions d’euros) l’achat du domaine se concrétise. Tandis qu’une seconde coopérative, “Ferme du Hayon” acquiert cheptel, bâtiments et matériel agricole.

«On ne voulait pas entrer dans un schéma classique. Alors, le modèle de la coopérative était idéal car cela permettait de créer du lien avec les coopérateurs qui ont mis de l’argent dans le foncier mais qui sont aussi les consommateurs. »

Car si les coopérateurs ne devaient attendre aucun retour financier sur les parts achetées au Hayon, en retour les agriculteurs s’engageaient à travailler dans le respect de la terre, de l’environnement et des animaux.

«L’intérêt, c’était d’avoir un projet de société où l’humain prime sur le capital. D’ailleurs ici on n’a pas de capital, on a des travailleurs.»

 

Tout n’a pas été rose

 

Là aussi les paysans (un terme que Marc affectionne plus que celui d’agriculteur) de la ferme du Hayon étaient des précurseurs. Alors qu’aujourd’hui la difficulté de l’accès à la terre fait émerger de plus en plus d’associations et de groupements qui cherchent des alternatives à l’appropriation privée du sol et de ses ressources.

Vingt ans en avance, le concept coopératif et communautaire de la ferme du Hayon a fonctionné: la ferme permettait de rémunérer quatre familles et de produire l’alimentation de tous. Et la vente de produits en direct a aussi connu rapidement le succès.

Au fil des années, tout ne fut pourtant pas rose: «l’échec de la coopérative c’est qu’on n’a sans doute pas assez travaillé le côté relationnel entre nous», dit Marc Vanoverschelde, chez qui on devine une blessure à ce sujet.

Les quelques crises relationnelles et des départs, ont d’ailleurs fait évoluer le projet communautaire vers un projet plus collectif.

 

D’autres sont arrivés

 

Aujourd’hui, des pionniers de la ferme du Hayon il ne reste plus que Marc. Mais d’autres sont arrivés dans un modèle remanié, de partage du lieu et des outils avec lesquels chacun développe son activité.

Outre Marc, un autre fermier travaille sur les terres du Hayon, un couple a créé une chèvrerie, un autre partenaire travaille en agroforesterie et une jeune artiste occupe occasionnellement les lieux pour animer des ateliers de céramique.

«Et il y a encore de la place pour des activités comme un espace maraîcher ou un boulanger par exemple», s’enthousiasme Marc, dont la flamme pour un autre modèle de production de ce que l’on met dans nos assiettes reste intacte.

> Cet article fait partie d’une enquête réalisée en partenariat avec le Réseau des consommateurs responsables (RCR).