Télés locales et RTBF: échanges à sens unique?

Télés locales et RTBF: échanges à sens unique?

Coproductions, échanges d’images, collaborations techniques… Les télés locales bossent bien entre elles. Et avec la RTBF, ça se passe comment? BELGA PHOTO JOHN THYS Belga

Les télévisions locales coopèrent bien entre elles, mais la RTBF ne se montrerait pas d’aussi bonne volonté. C’est le constat du CSA face aux obligations de synergies entre toutes les télévisions publiques. Sur le terrain local, on tempère.

Elles ont un bon bulletin, les télévisions locales, cette année? Le Conseil supérieur de l’Audiovisuel (CSA) vient de publier son bilan annuel.

L’organe de contrôle remet ses bons points: les 12 télévisions locales de la Fédération Wallonie-Bruxelles ont fait plein d’efforts. Notamment pour exister sur les réseaux sociaux. Mais aussi pour répondre à leurs obligations de synergie.

«Elles se serrent les coudes», observe le CSA.

Qui considère par contre que la RTBF n’y met pas assez de conviction, alors que tous les acteurs de la télévision publique sont supposés entrer dans la danse.

Un pic qui se confirme

Les coproductions entre télés locales ont atteint un «pic record» en 2014 et il se confirme en 2015, salue le CSA. C’est le cas entre autres de Mobil’idées pour Televesdre, du JT commun L’info de l’été pour TV Lux et Matélé et Canal C, ou Canal et Compagnie pour Canal C et Canal Zoom.

Et les synergies vont encore au-delà des coproductions: il y a aussi les échanges de programmes (20% du temps d’antenne), les collaborations techniques ou encore des centrales d’achat.

Mais «si des collaborations régulières et efficaces existent entre les télévisions locales, les rapports entre une majorité d’entre elles et la RTBF sont plus ponctuelles», remarque le CSA.

Manque une vision globale

«On a fait monter la pression sur ce dossier ces dernières années, mais les résultats restent minimes. La seule vraie réussite, c’est le portail vivreici.be», explique Noël Theben, le responsable du pôle télévision au CSA.

«Le problème, c’est le manque d’une ligne directrice, d’une vraie vision globale de ce que l’on veut en matière de coopération entre les acteurs. On a l’impression qu’on a progressé par essais-erreurs jusqu’à présent», déplore le CSA, qui renvoie très clairement la balle aux politiques.

Car si le secteur ne parvient pas lui-même à définir un cadre d’échange, il faudra sans doute que le message et les obligations viennent d’ailleurs.

«On ne fait pas le même produit»

Qu’en pense-t-on du côté des télés locales? On soupire un peu. «C’est une remarque qui revient plus ou moins chaque année dans le rapport», explique un responsable de télévision locale.

«Les synergies avec la RTBF ne sont pas mauvaises. Mais les terrains communs sont forcément moins nombreux et moins réguliers qu’entre les télés locales elles-mêmes. Parce qu’on ne fait simplement pas le même produit. Exemple: les images de sport. On en fournit plus à la RTBF qu’elle ne nous en fournit. Mais c’est normal. Par contre, on s’est planté récemment sur un reportage. La RTBF était au même endroit. Elle nous a filé le produit sans problème…»

Bref, quand une télé locale demande des images à la RTBF et que la RTBF dispose bien des droits (ce qui n’est pas toujours le cas), elle les transmet. «Ça se fait naturellement», soutient le directeur d’une télé locale.

Un peu théorique…

«Je pense que les remarques du CSA sont assez théoriques. On fait des produits audiovisuels différents. Dans la pratique, je ne vois pas bien comment on pourrait mettre en place un plan qui intensifierait les échanges de la RTBF vers nous. Par contre, il a les coproductions. Comme Alors on change, qui est le résultat du travail de 7 télés locales et de la RTBF.»

Quoi qu’il en soit, «chacun doit rester maître de sa ligne éditoriale et de son contenu. Nous ne sommes pas des fournisseurs de sujets. Si la RTBF devait se servir des télés locales comme de simples correspondants, on serait dans une autre configuration. Ce serait le pas de trop. Mais ça se passe en bonne intelligence», nuance-t-on sur le terrain local.

Des CA encore trop politisés?

Le rapport du CSA pointe aussi le fait que, en 2015, dans 7 télévisions locales sur les 12, «plus de 60% des membres des conseils d’administration sont des représentants des partis politiques, qu’ils soient mandataires publics ou non.»

Le CSA pense donc qu’il faut clarifier le paysage, attirer davantage de représentants des secteurs associatifs et culturels et que le plafond de 50% de «mandataires publics» doit se transformer en 50% maximum de «représentants politiques». Et ce dès qu’on renouvellera les CA après les élections communales de 2018.

«Ce qui revient à modifier le décret, en réalité», réagit-on chez les locaux. «Parce que comment va-t-on jauger, mesurer la sensibilité politique d’une personne? Le boulot du CSA, c’est de voir si le décret est bien appliqué. Or, le décret balise déjà bien les choses. Mais si on n’est pas d’accord, il faut le changer. Ce n’est pas le job du CSA.»

Nos dernières videos