Initiatives citoyennes

A Mons, on prépare le retour d'une monnaie complémentaire

A Mons, on prépare le retour d'une monnaie complémentaire

Le Ropi prépare son retour à Mons Ugo PETROPOULOS

Le Ropi a vu le jour en 2011 à Mons, mais ne s'est jamais imposé. Mal embarqué, le projet a été mis en retrait le temps de bâtir des fondations solides autour de la monnaie complémentaire montoise. Le défi actuellement: bâtir un réseau suffisamment grand pour rendre la monnaie viable.

Les monnaies complémentaires ont le vent en poupe en ce moment. Dans le sillage du film "Demain", des groupes de citoyens se sont organisés dans plusieurs communes pour lancer leur propre monnaie afin de favoriser l'économie locale.

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A Mons, on n'a pas attendu cette vague pour réfléchir à la question, puisque le "Ropi" existe depuis...2011. A la base du projet: le collectif "Ca passe par Mons", réunissant citoyens et associations voulant favoriser les initiatives orientées développement durable. Son expérience peut servir d'exemple aux initiatives qui fleurissent aujourd'hui, qui peuvent en tirer quelques enseignements pour ne pas se planter. 

1. Eviter les partenariats avec les institutions

En 2010, Fabian Dortu et quelques amis se rendent à l'écovillage de Findhorn, en Ecosse. Dans ce centre névralgique du développement durable, ils suivent une formation sur les monnaies complémentaires et décident de se lancer une fois revenus à Mons. Leur monnaie s'appellera le Ropi (nom tiré du Ropieur, statue d'un gamin éclaboussant les passants à Mons), mais tout ne se passe pas comme prévu.

L'idée de base est de lancer une monnaie au sein d'une école. Le Ropi devait être "une monnaie pour apprendre". Elle aurait rétribué des étudiants qui auraient par exemple donné des cours de rattrapage à d'autres étudiants. Cette monnaie aurait été dépensée au sein de l'école et aurait été l'élément-clé de tout un programme didactique.

"Il y avait tout un programme, avec un magasin Oxfam notamment où l'argent aurait pu être utilisé". Las: "l'école nous a lâché" déplore Fabian. Pas de bol, d'autant qu'un subside avait été décroché à la Fondation Roi Baudouin pour mettre en route le projet. Finalement, les "Ropieurs" réorientent le projet et décident de tester leur monnaie durant la dizaine du commerce équitable.

Le test est prometteur, mais dans la précipitation, les choses se compliquent au-delà. Sans ce partenariat avorté et les subsides à utiliser, les porteurs de projet auraient sans doute pris un peu plus de temps avant de se lancer.

2. Se structurer avant de se lancer

Car si l'idée de la monnaie est bien accueillie, rapidement l'équipe derrière le Ropi est dépassée. Elle prolonge l'expérience au-delà de la dizaine du commerce équitable, ce qu'elle n'aurait pas dû faire: "on n'était pas prêt au niveau des outils de gestion", reconnaît Fabien Dortu. Le bureau de change provisoire était hébergé par un commerce qui a fait faillite, les outils de communication n'étaient pas suffisamment développés...Rapidement le projet se trouve dans une impasse. "On a décidé qu'il fallait revenir sur nos bases et nous consolider avant de continuer".

Le Ropi se met donc en sommeil, le temps de créer une ASBL, de lancer un site web avec des outils de gestion performants..."Aujourd'hui, on est prêt de ce côté-là". Le stade suivant, c'est de former des ambassadeurs pour aller démarcher des commerçants, leur famille, des amis...Ils sont une quinzaine actuellement.

Mais ce sont tous des bénévoles. Et aujourd'hui, "le plus gros souci du Ropi, c'est le manque de ressources". Dans le noyau dur, tout le monde bosse et n'a pas le temps de vendre les vertus et l'intérêt de la monnaie complémentaire après le boulot. 

3. S'autogérer dès le départ

La tentation peut donc être grande de demander un subside quelque part pour engager un ambassadeur à temps plein par exemple. Mais c'est reporter le problème. Car quand le subside s'arrête, on est souvent pris au dépourvu et on n'a plus les ressources nécessaires pour continuer. Au final, on dépense de l'argent public pendant un certain temps et quand il n'y en a plus, on n'est pas spécialement prêt pour prendre le relais.

Exemple le plus frappant de gouffre financier:  l'Iris à Bruxelles. Lancé à grands frais par les pouvoirs publics, il a été un flop retentissant. Le Ropi ne veut pas d'aide extérieure: il faut être capable de s'autogérer dès le départ pensent ses promoteurs. La seule assistance dont bénéficie le Ropi vient du réseau Financité, qui offre ses conseils et son expertise. 

4. Commencer grand

Pour que la monnaie soit financièrement soutenable, il faut un réseau d'acteurs déjà suffisamment développé pour que les commerces qui acceptent la monnaie puissent écouler leurs billets à leur tour. Pour ça, il faut que suffisamment de producteurs et de fournisseurs entrent aussi dans le circuit...C'est seulement en atteignant une taille critique et en réunissant tous les maillons de la chaîne que le Ropi réussira son pari: faire que l'argent circule localement et renforce l'économie locale.

Aujourd'hui, 6 commerçants sont partants et acceptent déjà le Ropi dans leur commerce. Mais pour réellement lancer le Ropi et communiquer à grande échelle dessus, Fabian et son équipe attendent d'avoir une trentaine d'acteurs dans la boucle. Et pour ça, ils ont besoin de plus d'ambassadeurs. Si vous êtes convaincu par la démarche et par les effets vertueux de la monnaie complémentaire, les Ropieurs sont prêts à vous accueillir.

Ropi, mode d'emploi

Combien ça vaut? Comme toutes les monnaies locales, le Ropi se cale sur la valeur de l'euro, soit 1 ropi = 1 euro.

C'est valable où? A priori, sa validité n'aura cours que dans l'entité de Mons, ce qui offre déjà un territoire assez large à la monnaie et un bassin de population de près de 100 000 habitants. Il pourrait y avoir des exceptions pour des acteurs limitrophes s'inscrivant dans une démarche de développement durable.

Quel type de partenaires? Les prestataires acceptés dans le réseau Ropi doivent signer une charte éthique, s'engageant à respecter la nature et l'être humain. Dépenser en Ropi, c'est favoriser ceux qui s'engage dans le développement durable. 

Où en trouver? Via le site internet du Ropi, où ils peuvent être commandés. Chez un commerçant adhérent qui vous changerait vos euros.

Mais pourquoi s'embêter avec deux monnaies, si elles valent la même chose? Pour le consommateur, payer en euro ou en Ropi, ça ne change rien pour son portemonnaie. C'est plutôt un acte militant, en soutien à l'économie locale et pour défendre certaines valeurs. C'est permettre de "colmater les fuites de monnaie vers l'économie extérieure, et de retirer la monnaie du circuit spéculatif, de favoriser les échanges grâce à une vitesse de circulation accrue, le Ropi ne pouvant être thésaurisé..." écrit l'asbl Ropi. En bref, c'est une étape pour devenir consom'acteur au lieu de consommateur.

Plus d'infos: ropi.be