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Fidel Castro et Che Guevara, deux révolutionnaires qui ont marqué l’histoire

Fidel Castro et Che Guevara, deux révolutionnaires qui ont marqué l’histoire

La figure romantique de la lutte populaire teintée d’idéalisme de Che Guevara et le pragmatisme révolutionnaire de Fidel Castro ont bouleversé l’histoire du XXe siècle. AFP

En 1955, Fidel Castro et Ernesto Che Guevara se rencontraient en exil au Mexique. De cette rencontre naquît une forte amitié et, surtout, une puissante alliance d’inspiration marxiste-léniniste qui a considérablement marqué l’histoire politique du XXe siècle.

Le 26 juillet 1953, une centaine de révolutionnaires mal préparés et mal équipés part à l’assaut de la caserne de La Moncada, à Santiago de Cuba. L’attaque se révèle un cuisant échec et le bilan humain est lourd: des dizaines d’assaillants sont tués; les autres sont emprisonnés, puis jugés.

Parmi ceux-ci, Fidel Castro, farouche opposant à la dictature exercée depuis plusieurs mois par Fulgencio Batista, se défend en transformant son procès en diatribe à l’encontre du pouvoir en place. Condamné à 15 ans de prison, il est toutefois relâché après deux ans d’emprisonnement, bénéficiant d’une amnistie présidentielle sous la pression populaire.

Parti en exil au Mexique en compagnie de son frère Raúl et de quelques autres révolutionnaires cubains, Fidel fonde le «Mouvement du 26 juillet» (M-26-7), un groupuscule nationaliste anti-impérialiste d’influence marxiste-léniniste. C’est également à cette époque, le 8 juillet 1955, qu’il fait la connaissance d’un étudiant de médecine argentin: Ernesto Guevara.

Les débuts de la guérilla

Le jeune Ernesto Guevara, qui vient de fuir le coup d’État fomenté par la CIA et la puissante industrie américaine United Fruit au Guatemala, partage les mêmes idées marxistes et révolutionnaires que Fidel Castro. Rapidement, de leurs interminables discussions naît une amitié forte. Sans hésiter, Guevara se porte alors volontaire pour embarquer avec les 81 guérilleros à bord du Granma, un yacht au sein duquel embarque le «Mouvement du 26 juillet» avec la ferme intention de rentrer au pays pour renverser la dictature.

Ce débarquement a lieu le 2 décembre 1956. Mais la météo exécrable déjoue les plans de Fidel Castro et le bateau s’échoue. Sur les 82 guérilleros partis du Mexique, seuls douze d’entre eux échappent aux tirs des soldats de l’armée nationale et parviennent à se réunir dans la Sierra Maestra, une chaîne de montagne difficile d’accès où la guérilla prend position.

Quelques jours plus tard, le 16 janvier, la première offensive castriste est donnée contre le détachement militaire de La Plata: la guérilla a débuté. Elle durera 25 mois.

La révolution cubaine

Un mois après cette première offensive, une interview de Fidel Castro effectuée par le journaliste du New York Times, Herbert Matthews, au cœur même de la Sierra Maestra provoque un déclic auprès d’une large frange de l’opinion nationale mais aussi au niveau internationale.

Le révolutionnaire Frank País multiplie les actions de soulèvement au sein directement de la population. Pendant ce temps, la lutte armée, elle, se poursuit. Les volontaires, de plus en plus hostiles au régime de Batista, ne cessent d’affluer de toute part. Le 17 juillet, une deuxième colonne armée est constituée. Elle est placée sous le commandement d’Ernesto Guevara, surnommé désormais le «Che» en clin d’œil à son accent argentin qui le dissocie des autres membres de la révolution, et qui prend de plus en plus une place importante aux côtés de Fidel dans la révolution cubaine. Les succès militaires se multiplient et l’armée révolutionnaire continue de gagner en influence et en partisans. Raúl Castro, le frère de Fidel, et Camilo Cienfuegos, autre figure de proue de la révolution, prennent à leur tour le commandement d’une colonne armée.

Au final, le soir du 31 décembre 1958, Fulgencio Batista s’enfuit et part pour Saint-Domingue. Cuba se retrouve sans chef d’État. La révolution castriste a pris l’ensemble du pays et, déjà, les États-Unis placent leurs pions. Un juge de la cour suprême, Carlos Piedra, soutenu par l’ambassade américaine, est nommé président ad intérim.

Organisation d’un État d’inspiration marxiste-léniniste

Au lendemain de la prise de La Havane, Fidel nomme le Che procureur suprême. Ce dernier ne tarde pas à superviser des centaines de procès et d’exécutions d’agents du régime de Batista.

Sur la sphère politique, Fidel Castro comprend très vite que la seule sphère capable de prendre en main les destinés du pays est le Parti communiste. Il nationalise rapidement les secteurs clés de l’économie, de l’énergie et de l’industrie sucrière, particulièrement florissante sur l’île de Cuba. Si Manuel Urrutia, un avocat et juriste farouche opposant à Batista, est nommé président le 9 janvier, Fidel prend lui le titre de premier ministre.

Castro nomme dans la foulée le Che à la tête de l’institut national de la réforme agraire et de la banque nationale. Si Guevara n’a aucune formation économique ou politique, sa nomination s’inscrit davantage dans le but de placer l’Argentin dans une position stratégique pour affronter les intérêts nord-américains. Et dès les premiers mois de sa gouvernance, Che Guevara et la banque nationale de Cuba financent plusieurs expéditions révolutionnaires à destination de Panama et de la République dominicaine.

Deux visions pour une révolution

À mesure que les deux hommes exercent le pouvoir, leur vision de la révolution commence peu à peu à se différencier. Si Fidel Castro fait preuve de davantage de pragmatisme, Che Guevara de montre plus idéaliste.

À la tête de la banque nationale, le Che multiplie les attaques contre les intérêts nord-américains. Il nationaliste les raffineries de pétrole et négocie un accord commercial avec l’Union soviétique. Le 23 février 1961, il est nommé ministre de l’industrie et entreprend de vastes réformes pour changer l’économie cubaine, plutôt capitaliste agraire, en une économie de type socialiste industrielle sur le modèle soviétique. Il fait l’apologie de «l’homme nouveau», sorte d’archétype socialiste du travailleur qu’il s’efforce d’être et de représenter. Son exercice du pouvoir au service de la révolution se teinte plus que jamais d’un certain romantisme.

Pendant ce temps, Fidel Castro lui continue d’œuvrer sur la sphère politique pour unifier le pays et trouver des alliés puissants sur la scène internationale.

En décembre 1964, il entame une tournée internationale, depuis la tribune des Nations Unies où il adresse un discours à l’assemblée générale contre la politique étrangère américaine, jusqu’à Alger, trois mois plus tard, où il déclare dans ce qui sera son dernier discours officiel en tant que représentant du gouvernement castriste de Cuba: «Il n’y a pas de frontières dans cette lutte à mort. Nous ne pouvons pas rester indifférents face à ce qui se passe dans n’importe quelle partie du monde. La victoire de n’importe quel pays contre l’impérialisme est notre victoire, tout comme la défaite de quelque pays que ce soit est notre défaite.»

Car à son retour sur l’île, le Che disparaît de la vie publique. En réalité, Guevara a le sentiment que son action au sein du gouvernement de Fidel a atteint ses limites et il préfère reprendre la route, non sans garder des liens étroits avec le dirigeant cubain.

Le Che s’engage alors sur différents fronts, mène différentes guérillas: au Congo, au Mozambique et en Bolivie. Toutes se révèlent de cuisants échecs et il trouvera la mort lors de cette dernière, abattu par l’armée bolivienne avec l’aide de la CIA.

Naissance d’un mythe

Après la mort du Che, Fidel Castro contribuera énormément à faire définitivement passer la figure du rebelle communiste à la postérité. De nombreuses écoles sont baptisées à la gloire du «Commandante», tandis que l’impact de son image sur l’ensemble du continent latino-américain l’a élevé au rang d’icône.

Fidel Castro continue de souffler sur les braises. Son action politique s’inscrit continuellement dans cette lutte vis-à-vis des intérêts nord-américain et dans l’émancipation du peuple cubain et, plus généralement, latino-américain.

Même après la mort de son complice révolutionnaire, Fidel continue de soutenir les révolutions sur le continent latino-américain, soit sur la sphère des relations internationales, soit directement par l’aide militaire.

L’héritage de Fidel et les révolution bolivariennes

Si Cuba s’est révélé le pire souci des États-Unis après l’URSS durant la guerre froide, Fidel n’a pas arrêté sa lutte à la fin de celle-ci. Figure de proue de la gauche radicale latino-américaine, le «commandant en chef» n’a jamais cessé de s’opposer au géant américain tandis que, depuis le début des années 2000 et son retrait progressif de la vie politique et internationale, d’autres leaders latino-américains de gauche radicale ont porté son héritage: Hugo Chavez au Venezuela, Evo Morales en Bolivie ou encore Rafael Correa en Équateur.

Ses ennuis de santé l’ont obligé à mettre un pas de côté en 2006, cédant le pouvoir de façon temporaire à son frère, Raúl Castro. Ce dernier prend définitivement la tête de l’État cubain le 24 février 2008.

Bien que retiré des affaires courantes, Fidel était resté depuis un personnage éminemment influent à Cuba. Son décès a d’ailleurs entraîné une vague immense d’hommages à travers le monde pour celui qui était considéré comme l’un des personnages les plus influents du XXe siècle, et même pointé du doigt par certains comme le dernier grand ennemi des USA.

Crédit photos: AFP, Reporters