COLFONTAINE

Une sphère explosive à 280 000 euros pour percer les secrets des nanomatériaux

Une sphère explosive à 280 000 euros pour percer les secrets des nanomatériaux

La sphère explosive du Labo Nano: elle doit permettre d'en savoir plus sur les risques d'explosivité des nanomatériaux Ugo PETROPOULOS

L'Institut scientifique de service public vient d'inaugurer le "labo NANO". Un laboratoire qui doit permettre d'en savoir plus sur la dangerosité des nanoparticules et sur leurs propriétés inflammables et explosives. L'objectif: mieux protéger les travailleurs et l'environnement.

Un jour, Hervé Breulet, directeur de la cellule des risques accidentels de l'ISSEP (Institut Scientifique de Service Public), va voir sa directrice générale pour lui demander une faveur. "Il m'a parlé d'une sphère explosive qu'il voulait insérer dans un laboratoire. Je l'ai d'abord regardé avec des yeux ronds", se souvient Bénédicte Heindrichs, directrice générale de l'ISSEP.

L'investissement nécessaire? 280 000 euros pour la petite sphère d'une capacité de 20 litres et 100 000 euros de plus pour sécuriser le laboratoire et protéger les chercheurs qui y interviendront. Car dans ce labo on va quand même jouer avec le feu. Finalement, 18 mois plus tard, le laboratoire risques "NANO" consacré à l'étue de risques accidentels des nanoparticules et des nanomatériaux est inauguré par le ministre de l'environnement Carlo Di Antonio.

Ce labo et sa boule explosive, c'est le coeur du projet Nanogra mené par l'Institut Scientifique de Service Public dans son implantation de Colfontaine. Nanogra doit permettre d'en savoir plus sur les nanoparticules qui font beaucoup parler d'elles  mais dont on sait finalement peu de choses.

Les nanoparticules sont partout

Si elles existent depuis la nuit des temps, les nanoparticules sont beaucoup plus présentes aujourd'hui. De plus en plus d'ouvriers y sont confrontés de par les processus industriels, mais toute la population est concernée, ces particules de 300 à 3000 fois plus petites que l'épaisseur d'un cheveu ont essaimé dans beaucoup de produits manufacturés.

Des raisons suffisantes pour que l'on s'intéresse à leurs impacts, ont estimé les chercheurs de l'ISSEP. A terme, l'objectif du programme Nanogra est de délivrer un avis indépendant sur les risques associés aux nanoparticules. Ce sont les risques d'explosion ou d'incendie dans les entreprises qui produisent ou utilisent des nanomatériaux, les risques toxicologiques pour les travailleurs exposés et les risques pour les consommateurs qui utilisent certaines gammes de produits contenant des nanomatériaux.

Ces investissements dans la recherche des nanomatériaux illustre la politique de l'ISSEP: travailler pour l'administration et le gouvernement wallon, en établissant des normes de sécurité et en les faisant respecter. Mais aussi travailler pour les citoyens et les entreprises privées. "On est une des seules administrations wallonnes à travailler pour le privé", précise d'ailleurs Bénédicte Heindrichs.

Maintenir un service scientifique public

Et ce sera amené à continuer, voire à s'amplifier. Actuellement, l'ISSEP, c'est un budget de 24 millions d'euros pour l'année en cours, dont 85% dépendent de la Région. Et depuis quelques années, l'institut scientifique subit un amaigrissement budgétaire. D'où l'importance de développer de nouvelles activités et de rester à la pointe pour rester crédible. Néanmoins, l'ISSEP est rassuré sur la volonté politique de maintenir l'outil : le ministre Carlo Di Antonio a confirmé qu'il était "primordial" d'avoir un institut scientifique de service public en Wallonie. "Avoir un service scientifique public est un atout économique pour la Région" a-t-il déclaré.

Mais il faut rester à la pointe. Le labo "Nano" va dans ce sens. L'ISSEP anticipe en quelque sorte les futures normes auxquelles pourraient être astreintes les nanoparticules. "Notre fond de commerce, ce sont les directives européennes", confie Bénédicte Heindrichs. "Quand une nouvelle directive s'annonce, on se prépare et quand l'obligation est là, on est au point. Pour les nanoparticules, on sait qu'il y aura un encadrement plus important, alors on anticipe". Pour proposer des réponses adéquates quand il faudra se conformer à de nouvelles normes.

L'ISSEP en quelques mots

L'ISSEP, pour Institut Scientifique de Service Public, fête ses 25 ans cette année. Cet institut se distingue par sa transdisciplinarité. Là où les labos de recherche sont généralement spécialisés dans un domaine, tout se croise à l'ISSEP : étude de l'air, de l'eau, du sol, du sous-sol, des déchets...Son rôle est d'être une véritable sentinelle de l'environnement.

Il est aussi de travailler à la gestion des risques. Par exemple, "On a une boîte à feu où on peut mettre tout un salon et le faire brûler. Les scientifiques sont en mesure de dire d'où est parti le feu, comment il a pris..." L'intérêt pour le privé? Pouvoir certifier ses produits ou utiliser d'autres matériaux plus sûrs pour limiter ce type de risque.

L'ISSEP emploie actuellement 287 personnes sur deux sites, à Liège et Colfontaine. Le site borain se consacre à la surveillance des sols, des déchets et des sédiments, à la prévention des risques et nuisances et désormais à la recherche sur les nanomatériaux.

Le Labo "Nano", comment ça marche?

Tout d'abord, des inflammateurs de 5 kJ sont placés dans la sphère (il faut une charge de 10 kJ pour déclencher une explosion. Le nanomatériau testé est ensuite injecté, la sphère est ensuite confinée et le vide effectué. On injecte ensuite de l'air comprimé à 21% d'oxygène et c'est parti pour l'explosion. Les données sont ensuite analysées.

"Les données obtenues sont indispensables aux industriels pour déterminer les process et les mesures de sécurité adéquates", explique Tiécoura Sinaba, responsable du laboratoire "Nano". Cela permettra d'éliminer toute source d'explosivité et d'inflammation: les étincelles, l'électricité statique, etc.