Initiatives citoyennes

Carte des monnaies citoyennes: les kidnappeurs d’euros ont du succès

Carte des monnaies citoyennes: les kidnappeurs d’euros ont du succès

Selon le principe de parité, on échange ses euros contre une autre monnaie que l’on dépense localement. ÉdA Mathieu GOLINVAUX

Cinq monnaies complémentaires en circulation en Wallonie et au moins autant qui vont arriver. L’euro n’a qu’à bien se tenir!

Le Valeureux à Liège, l’Épi lorrain en Gaume, les Blés à Grez-Doiceau, le Volti du côté de Ciney, Hamois, Marche-en-Famenne, Nassogne, Rochefort…, le Talent à Louvain-la-Neuve et Ottignies: en Wallonie, cinq monnaies citoyennes ou monnaies complémentaires sont en circulation.

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«Mais le mouvement s’est nettement accéléré cette dernière année», indique Éric Dewaele, animateur chez Financité, une ASBL qui stimule et accompagne des initiatives collectives en matière de finance responsable et solidaire. Divers projets pour émettre des monnaies alternatives à l’euro sont ainsi en passe de se concrétiser dans les régions d’Ath (le Sol athois), de Namur (le Lumsou), de Malmedy (le Sou-rire), de Gembloux (l’Orneau) ou encore de Charleroi, Tournai, Verviers,…

Et ce n’est sans doute que le début d’un mouvement né chez nous quite à la crise financière de 2008 et nourri par les politiques d’austérité et la modification du rôle des banques.

«Avec une épargne à taux zéro et des crédits qui restent chers, les gens ont l’impression de mettre leur argent dans un grand panier percé, dit Éric Dewaele. Alors, ils ont envie de reprendre en mains une partie des enjeux financiers.»

C’est précisément ce que permettent ces nouvelles monnaies: le Valeureux ou l’Épi dépensé pour acheter son pain ne retourne pas à la banque et, donc, ne sert pas la grande spéculation. Il continue à faire tourner l’économie locale.

«C’est vraiment ça le principe, appuie le spécialiste de Financité. On kidnappe l’euro pour le faire fonctionner sur une base locale.»

Du côté des commerces locaux les utilisateurs y voient d’ailleurs très souvent un moyen pour sauver le secteur soumis à la concurrence sans pitié des grandes enseignes. Qui, en vertu de la charte qui fonde ces monnaies citoyennes, sont exclues de cette chaîne vertueuse que permetde créer et d’étendre ce moyen de paiement alternatif.

À Liège, par exemple, un cafetier a décidé de mettre en avant une coopérative brassicole locale qui accepte le Valeureux. À son tour, cette brasserie achète son orge à une ferme voisine de Liège qui utilise cette monnaie… «En fait, ces monnaies permettent de construire de nouvelles boucles économiques», dit Éric Dewaele.

Mais le succès aidant, les monnaies citoyennes tentent d’aller plus loin que le principe simple du “j’achète au boucher du village qui se fournit à la ferme voisine”.

Ainsi, sur base d’une parité euro/monnaie citoyenne, le change alimente un fonds de garantie. En deux ans de fonctionnement, celui du Valeureux atteint ainsi 25 000€ et les membres de l’ASBL se positionneront bientôt sur l’utilisation qui sera faite de ce pactole. Acheter une terre pour la mettre à disposition de jeunes qui veulent se lancer dans le maraîchage est une des pistes envisagées.

L’Épi lorrain, lui, a utilisé une partie de son fonds de garantie pour prendre des parts dans la coopérative Crédal. Qui en échange octroie pour un montant équivalent des crédits sociaux à des personnes en situation précaire. «La question de l’utilisation du fonds de garantie vient naturellement une fois que la monnaie est en place, explique Éric Dewaele. Cela fait vraiment partie du modèle des monnaies citoyennes.» Une manière de créer de nouvelles boucles locales. Solidaires celles-là.

Survolez notre carte interactive pour découvrir en noir, les 6 monnaies déjà en circulation; en rose, les 6 qui sont en attente.

 

+++ Pour nos abonnés : En Lorraine belge, l’Épi pour chez la bouchère
// A Liège, l'histoire éclairante du bourgmestre Willy Demeyer et «son» Valeureux Liégeois   

 

Sous-rire pour la transition

«Il y a deux ans que ma femme me tannait avec cette idée de monnaie alternative, sourit Daniel Schmitz. Et puis il y a eu le film “ Demain ”… Ça a été l’élément déclencheur.»

C’est donc au sortir de la salle de cinéma que le Sous-rire est né: la discussion s’est engagée entre quelques spectateurs et la décision a été prise de créer une monnaie qui, au printemps 2017, devrait couvrir les communes et alentours de Malmedy, Waimes, Stavelot, Vielsalm et Trois-Ponts. Aux manettes, des gens déjà sensibles ou engagés dans la transition citoyenne vers un autre modèle. Comme sa femme, bio-esthéticienne, et lui-même, pépiniériste qui a banni les pesticides depuis des années déjà.

«Il y a pas mal d’initiatives qui montrent que la région est déjà engagée dans cette transition citoyenne. Une monnaie citoyenne est un pas complémentaire vers cela.»

Le Groupement d’Achats Communs de Malmedy a d’ailleurs fourni le noyau du groupe de travail qui planche sur le Sous-rire et cette expérience facilite les choses. Si la monnaie sera en circulation bientôt, le plus dur restera sans doute à faire, sait Daniel Schmitz. Convaincre des utilisateurs. «Quand on est allé voir le maraîcher bio, il nous a dit qu’il était évidemment partant et se demandait même pourquoi ça n’existait pas encore. Mais quand on est allé dans les boutiques de vêtements, ils ne savaient même pas de quoi on parlait. Si on veut que ça fonctionne on doit avoir un maximum de monde. Mais on les aura car quand ils verront que ça marche, ils s’y mettront tous.»

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