ENVIRONNEMENT

Trump a «dopé» l’énergie de la COP 22 à Marrakech

Trump a «dopé» l’énergie de la COP 22 à Marrakech

Pour les États-Unis, c’est John Kerry qui s’est déplacé au Maroc. Mais c’est Donald Trump qui aura la main sur la politique climatique du géant américain./ AFP PHOTO/POOL/Mark RALSTON AFP

Le texte qui mettra un point final à la COP 22 sur le climat, ce vendredi, n’est pas encore finalisé mais, depuis Marrakech, Julie Vanderberghe, du WWF, se montre confiante, et satisfaite de la détermination qu’elle a ressentie là-bas. L’élection de Trump n’a pas refroidi la volonté d’avancer, dit-elle. Ce fut même le contraire.

Le futur président des États-Unis n’a pas dévoilé ses cartes sur le climat. Tout au plus Donald Trump s’est-il montré très climatosceptique lors de sa campagne électorale, qualifiant de «canular» ce qui se raconte sur le réchauffement de la planète. Mais si la vague qui a emporté Hillary Clinton «a été un choc» pour les défenseurs de l’environnement, cela a aussi «boosté la détermination» des participants à la 22e conférence sur le climat, qui réunit 190 pays à Marrakech, estime Julie Vandenberghe, experte du WWF.

«Ça a commencé un peu lentement mais après les élections américaines, on a vu une réelle détermination des pays pour continuer dans la voie de l’accord de Paris et pour aboutir», explique-t-elle. La Chine, par, exemple «s’est exprimée deux fois sur le sujet alors qu’elle n’a pas l’habitude de commenter la politique des autres pays».

De fait, «la volonté de la Chine de travailler avec les autres pays demeure et je crois qu’un dirigeant avisé suivra la voie mondiale et historique» de la lutte contre le réchauffement, avait encore déclaré jeudi Xie Zhenhua, le négociateur chinois. Et de nouvelles ratifications du Traité de Paris depuis le début de cette 22e COP, le 7 novembre (dont celle de la Grande-Bretagne, grand allié des États-Unis) ont apporté du baume au cœur des négociateurs qui voient porté à 111 le nombre de pays ayant ratifié le texte.

Combien pour l’adaptation?

Pour le Professeur Jean-Pascal van Ypersele, climatologue à l’UCL, lui aussi présent à Marrakech, le principal résultat positif de cette COP22 est également «l’affirmation très forte de la communauté internationale qu’elle veut vraiment aller de l’avant avec la mise en œuvre de l’Accord de Paris, quelle que soit la politique menée aux USA par le futur président Trump.»

À la veille de la clôture des débats, les chefs d’État, de gouvernement et les délégations présentes ont appelé «à l’engagement politique maximal pour lutter contre le changement climatique, priorité urgente». Cette proclamation de Marrakech, a été «un signal politique montrant que tout le monde reste déterminé», estime l’experte climat du WWF, présente dans la délégation. Même si, dit-elle, «on attend encore les décisions détaillées», du concret sur les actions qui mettront en œuvre les volontés exprimées à Paris. Pour l’heure, «le financement reste toujours un problème», dit-elle.

La ligne de fracture entre pays développés et en développement a ressurgi à Marrakech. Trop peu d’argent est mis «pour l’adaptation» aux changements climatiques déjà sensibles, une préoccupation des pays pauvres, souligne Julie Vandenberghe. «20 milliards de dollars en 2020 pour les actions d’adaptation (systèmes d’alerte météo, d’irrigation, d’accès à l’eau potable, digues, etc.), c’est totalement insuffisant», commentait aussi Liz Gallagher, experte auprès de l’ONG 3G. Les besoins sont évalués, par les Nations Unies elles-mêmes, entre 140 et 300 milliards annuels d’ici 2030 pour les seules actions d’adaptation. «Globalement, les pays riches sont venus les mains vides à cette COP», regrettait pour sa part Denis Voisin, le porte-parole de la Fondation Nicolas Hulot.

Ambitieuse, la Belgique?

Côté belge, alors que cinq ministres se sont déplacés à Marrakech, des promesses de financement au fonds pour l’adaptation ont été annoncées, tant par la Wallonie et de la Flandre. Paul Furlan a confirmé qu’une part conséquente des plus de 8 millions de financement climatique wallon pour 2017, soit 3,25 millions d’euros, irait à ce fonds pour l’adaptation que réclament les pays en voie de développement. Et la Flandre a promis, par la voix de sa ministre de l’Environnement, Joke Schauvliege, une enveloppe de 6,25 millions d’euros.

«En Belgique comme en Europe, ils disent qu’ils veulent être ambitieux mais ils ne le sont pas», juge néanmoins Julie Vandenberghe. «Depuis 2013, il n’y a pas de plan climat, ce n’est pas normal. Il n’y a de cohérence dans les politiques menées. Or, selon le rapport de l’European Environment Agency, la Belgique est clairement un des pays qui ne va pas aboutir à ses objectifs 2020. Un mauvais élève de l’Europe.»

47 pays s’engagent à atteindre 100% de renouvelable «le plus rapidement possible»

Les États membres du «Climate vulnerable forum», qui réunit une quarantaine de pays du sud particulièrement vulnérables au changement climatique, se sont engagés vendredi à Marrakech, au dernier jour de la COP22, à mettre fin aux énergies fossiles et à atteindre 100% d’énergie renouvelable «le plus rapidement possible», soit au plus tard entre 2030 et 2050.

Ces pays d’Afrique, Asie, des Caraïbes, d’Amérique latine et du Pacifique se sont également engagés à revoir «le plus vite possible avant 2020» leur contribution nationale en matière de réduction d’émissions de gaz à effet de serre, prévue dans le cadre de l’accord de Paris.

Ils vont en outre préparer des stratégies à long terme, c’est-à-dire à l’horizon 2050, de développement bas carbone.

Lors d’une réunion de haut niveau vendredi à Marrakech, les pays les plus vulnérables ont encore convenu que «l’action climatique ne limite pas le développement, elle le renforce».

Tous les pays membres de ce «Climate vulnerable forum» se sont ainsi engagés à prendre des actions pour limiter le réchauffement mondial à maximum 1,5°C par rapport aux niveaux pré-industriels, comme le prévoit l’accord de Paris sur le climat.