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Obama à Berlin: «Il n’y aura pas de retour à un monde précédant la mondialisation»

Obama à Berlin: «Il n’y aura pas de retour à un monde précédant la mondialisation»

Obama clôture en Allemagne sa tournée européenne d’adieux en qualité de président des États-Unis. AFP

Le président américain Barack Obama est arrivé mercredi à Berlin pour une ultime visite à la chancelière allemande Angela Merkel, dernière étape européenne de sa tournée d’adieux après Athènes.

Pour sa sixième et dernière visite officielle en Allemagne, le président américain devait dîner avec Angela Merkel avant des entretiens jeudi avec la chancelière allemande, sa partenaire internationale qu’il a qualifiée de probablement «la plus proche» de ces dernières années. De nombreux analystes et médias voient dans cette rencontre une forme de passage de témoin, au moment où Mme Merkel se voit surnommée par ses partisans de nouveau «leader du monde libre».

Obama et Merkel défendent ensemble le libre-échange

Barack Obama et Angela Merkel ont défendu mercredi la coopération transatlantique et le bien fondé du libre-échange, dans une tribune de presse commune publiée au moment où Donald Trump est lui tenté par le protectionnisme et l’isolationnisme.

«Il n’y aura pas de retour à un monde précédant la mondialisation», ont mis en garde les dirigeants américain et allemand dans cette tribune à paraître vendredi dans le magazine économique allemand Wirtschaftswoche et dont des extraits ont été publiés en ligne mercredi.

Les deux dirigeants ont appelé Allemands et Américains à «façonner la mondialisation selon nos valeurs et représentations».

Le TTIP en toile de fond

M. Obama et Mme Merkel ont en particulier défendu le projet d’accord très controversé de libre-échange entre l’UE et les États-Unis baptisé TTIP, dont les négociations piétinent depuis des mois. Il est particulièrement sur la sellette depuis l’élection à la Maison Blanche de Donald Trump.

M. Trump n’a eu de cesse pendant sa campagne de fustiger le libre-échange, accusé de tuer l’industrie et les emplois américains.

«Il est évident que les employés et les employeurs, consommateurs et agriculteurs allemands comme américains, profiteraient de (l’accord) TTIP», plaident le président américain et la chancelière allemande dans le magazine allemand.

«Nous sommes plus forts quand nous travaillons ensemble», écrivent également M. Obama et Mme Merkel, à la tête des premières puissances économiques mondiale et européenne.

«Alors que l’économie mondiale se développe maintenant plus rapidement que jamais et que les défis mondiaux n’ont jamais été si grands, cette coopération est plus importante que jamais», soulignent-ils.

Barack Obama est arrivé mercredi soir à Berlin pour la dernière étape de sa tournée d’adieux à l’Europe. Il doit y rester jusqu’à vendredi.

Obama appelle à «un changement de cap» dans la mondialisation

Vendredi, les deux responsables participeront toujours à Berlin à un mini-sommet avec les dirigeants britannique, italien, espagnol et français, avant que le président américain ne s’envole pour le Pérou.

Au moment où l’Europe traverse une crise de confiance, et à l’approche d’une série d’échéances électorales – dont l’élection présidentielle française où la candidate d’extrême droite Marine Le Pen devrait jouer les premiers rôles – le président américain martèle à chaque occasion l’importance du projet européen.

«Sentiment d’injustice»

«Aujourd’hui, plus que jamais, le monde a besoin d’une Europe démocratique», a-t-il souligné dans son discours aux Athéniens mercredi après une visite de la majestueuse Acropole, qui surplombe la ville. «C’est ici, il y a vingt-cinq siècles, qu’une nouvelle idée a émergé: demokratia», a-t-il rappelé, sous des applaudissements nourris.

Les inégalités criantes, à la fois entre pays et au sein même des pays, nourrissent «un profond sentiment d’injustice», a dans le même temps mis en garde M. Obama.

Dans un discours parsemé de références à ce que la Grèce «a donné à l’humanité au cours des âges», le président américain n’a jamais nommé Donald Trump, qui lui succédera le 20 janvier à la Maison Blanche, mais il a multiplié les références et les piques indirectes à ce dernier.

«Comme vous l’avez peut-être remarqué, difficile de faire plus différent que le prochain président américain et moi-même», a-t-il lancé dans un sourire.

Insistant sur la frustration que pouvait générer le fait de voir «des élites […] vivre selon des règles différentes, ne pas payer d’impôts, accumuler les richesses», il souligné combien ces contrastes s’étalaient désormais en pleine lumière.

L’augmentation des disparités sociales, associée à une meilleure prise de conscience de leur existence même, est «un mélange explosif», a-t-il mis en garde, exhortant à s’assurer que les bénéfices de la mondialisation «soient partagés plus largement et par plus de monde».

Réaffirmant sa foi dans une combinaison de démocratie, droits de l’homme et économie de marché, le président américain a reconnu que l’exercice démocratique, «comme toute affaire humaine» était imparfait, parfois «lent, frustrant, confus».

Dernier grand leader américain

«La démocratie peut être compliquée. Croyez-moi, je le sais!», a ajouté celui qui s’apprête à quitter la Maison Banche après deux mandats au cours desquels il s’est heurté à une véritable guérilla parlementaire de la part de ses adversaires républicains.

Mardi, à l’issue d’une rencontre avec le Premier ministre Alexis Tsipras, il avait reconnu avoir été «surpris» par la victoire de Donald Trump. Et avait souligné que ce dernier avait réussi à capitaliser sur «la méfiance vis-à-vis de la mondialisation, la méfiance vis-à-vis des élites et des institutions».

Une impressionnante file d’attente s’était formée en milieu de journée devant l’immense centre culturel Stavros Niarchos, inauguré cette année et conçu par l’architecte italien Renzo Piano, où M. Obama a prononcé son discours.

«C’est fantastique d’être là», s’enthousiasmait Anaïs Karayanis, lycéenne de 17 ans. «Il a beaucoup de choses à nous apprendre, de conseils à donner. Pour Trump, je serais venue aussi mais par simple curiosité, car je ne le soutiens pas».

Betty Kazakopoulos, sexagénaire travaillant dans les relations publiques, est ravie d’avoir l’occasion d’écouter Barack Obama, «un homme que j’estime, peut être le dernier des grands leaders américains».

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